jeudi 22 septembre 2011

1240. quiproquo d'adieu


...les salades gourmandes, les hôtels de province, il en a jusque là, il l'a dit, Hervé, il l'a dit texto, dit et répété, vous imaginez ? quand on en arrive là, évidemment... 
Bah, l'appétit lui reviendra...
...je me consolerai avec ses cédés...
...d'autres avant lui ont fait les dégoûtés, beaucoup d'autres... 
...et en écoutant Radio Variétés...
...on les entend partout des siècles et des siècles après leurs adieux, ils reviennent toujours, croyez-moi...
...vous êtes sûre ?
...ils reviennent toujours, je vous dis, le naturel et le printemps, ils y reviennent tous, les soucis et le refoulé...
...pour vous c'est du flan ? il continuera, vous pensez vraiment ?

Albin sursaute, tourne et tourne, se retourne, pousse la porte de la boulangerie. 

Il n'arrêtera jamais... ma main à couper... tournée d'adieu ça sonne comme une promesse d'ivrogne, quand on a ça dans la peau...
Monsieur Albin ! bonjour ! ça fait bien longtemps qu'on vous avait vu, puisque vous êtes là, tenez, éclairez-nous, ces adieux...
Définitifs.
Définitifs ? Mais alors, ces petites histoires dont vous avez le secret, désopilantes à qui plus plus, c'est terminé ?

Albin sait, non, sait ne convient pas, Albin sent qu'il va mourir, ne sait pas exactement quand, ni ou ni comment, ici ou là, dans une minute une heure un siècle, étouffé ou noyé, assassiné peut-être, quelle importance tout ça, mourir, mourir à coup sûr, mourir et continuer de faire une vaisselle mécanique, sans broncher, mourir et d'un coup s'arrêter, s'éloigner de l'évier, se rapprocher du canapé, bouger un peu, déglutir, toussoter, juste un peu pour se faire remarquer, après tout il en a bien le droit, il va mourir, non ? la femme sans se retourner tendrait sa main vers lui il s'assiérait près d'elle, au fait qu'est-ce qu'elle fait là ? elle regarde la télé d'accord mais c'est qui ? qui est-elle ? il ne la connaît pas ne se souvient pas d'elle, sa femme ? sa mère ? il est certain de n'avoir pas de sœur et elle lui tient la main tout en fixant l'écran et lui souffre, souffrir, souffrir encore, continuer de souffrir, mourir, qui peut s'imaginer réellement mourant, sentir comme il le sent à cet instant le néant à l'œuvre, dans son corps, dans sa tête, son corps entier, partout, mourir et plus de vaisselle, de main, de canapé, de télé, rien, souffre, souffre et se tourne, se tourne et se retourne dans un sens, dans l'autre, sursaute et se réveille, assis dans le sofa devant la télé, la main dans sa main à elle et n'en revient pas, sauvé ! ce n'est pas possible ! sauvé ! sauvé ! il ne mourra pas ce n'était qu'un rêve, un cauchemar, sauvé et se demande ce qu'elle fait là, elle regarde la télé et le gros attorney dit coupable en faisant résonner son maillet, de sa main gauche elle essuierait une larme, la droite tenant toujours celle d'Albin, qui est-elle ? se demande-t-il, sa main à couper hurle l'attorney, un coup sec du maillet tranchant sépare définitivement son corps, son corps à elle, de la main qui tient celle d'Albin, qui est-elle d'abord ? sa mère ? sa sœur ? Albin sait qu'il n'est pas marié, alors ?

Plus d'histoires ? Pas le moindre aphorisme brillant ? 

En littérature, deux façons de montrer l'inanité de la parole intime, 1. se contenter de faire agir les personnages, 2. donner dans le monologue intérieur ; la seconde est de loin la plus efficace.

L'idée de la mort aurait gâché son existence si pour le distraire il n'y avait pas eu les bonnes vieilles rages de dents.

Vous ne serez donc plus journalier ?
Bah, journalier c'est comme tout, comme le reste, ça n'a qu'un temps...

La larme à l'œil elle avait dit adieu à sa main droite coupée avant de se raviser, de la retirer de la braguette d'Albin, de la remettre au bout de son poignet et de lever son verre en entonnant Ma plus belle histoire d'amour c'est vous, plus qu'une éponge Spontex, qu'un rasoir électrique, un artiste a besoin de ces mille preuves d'amour et puis entre nous, le coup des adieux, un moyen comme un autre de relancer les ventes, vous serez d'accord, bien cuite la baguette monsieur Albin ? Albin qui ne dit rien, ne répond pas, ne fait que prolonger sur elle un regard soupçonneux, ce serait donc la boulangère ? à voir.  

vendredi 2 septembre 2011

1239. tournée d'adieu (9)


Pour Julio (saison 4)

cliché
Ça pour y coller il y colle, au cliché, toute une vie sur papier glacé, textes et musiques et pas seulement, attitudes et mimiques et tics, interviews, vidéos, photos, reportages en tout genre, le restant, toute une vie sur papier glacé rien qui dépasse, toute une vie sur papier journal rien qui chatouille grattouille, un peu d'amour papier velours et d'esthétique, papier musique, laissez glisser, papier glacé, les sentiments, papier collant, toute une vie sur papier glacé papier journal cédé pellicule dévédé et rien qui chatouille grattouille dépasse, rien.

Avec le cliché, trois manières, 1. ses jambes à son cou et à pieds joints dans le cliché fuyard, 2. tomber lourdaud dans le plus pomme et s'imaginer singulier, 3. s'y couler en douceur, de bon gré, on n'échappe pas au lieu commun, seul terrain de manœuvres, d'existence, de jeu, seule façon d'être soi en n'étant personne et tout le monde à la fois, pas d'autre manière de consister, on a beau faire, beau chercher, que ce soit en, ou à, ou dans, sans le moule on n'est rien qu'une moule.

aptères
Le cliché, qu'on s'y avachisse ou qu'on lui résiste c'est toujours lourdement, toujours qu'on le subit ailleurs là-bas ici, pesanteur, partout la lourdeur : il nous écrase on l'aplatit. 

jeu
Peu pour le prendre à la légère, fatalité plus que consentie, désirée, comme un jeu. On ne choisit pas son cliché autant alors s'amuser avec, jouer à faire comme si, si l'amour était éternel, le cliché itou, soi-même éternellement mélancolique au son d'un boléro dansant, dolent sur un pas de rumba plutôt lent ; et le sourire, naturellement.
 
ingénieux
Julio profond comme un technicien de surface.

génial
Ah la grâce, cette allure et son élégance, Julio c'est la perfection et dans la perfection, si le mot n'était pas usé, trop servi pour tant de fabricants poussifs d'anecdotes et machins chouettes choses, on dirait le génie.

artiste
À la légère il s'y coulerait docile, à la coule, dans le cliché qui le moule de partout le fait, Julio, oh légèreté profonde ! et faut pas croire qu'elle va de soi il la cultive l'entretient veille sur elle, légèreté de tous les instants, ah tout glisse ! voix de velours et sourire d'ange, mots doux et tendre orchestration, Albin en passe, des trucs qui glissent.

superficiel par profondeur
Julio chanteur de fond à fleur de peau. 
Léger à fond Julio chante en mineur.

contre-révolutionnaire 
Dès qu'on le perd de vue l'instant n'est plus l'instant, n'est plus la légèreté, présent avenir et passé confondus, sorti de soi l'instant n'est rien que ce temps dru, pesant, de glace, il enserre il étouffe on voudrait tant s'en extirper, s'extirper de soi-même paralysé, alors, angoissé par l'horloge son tic-tac, que le train-train tourmente et la peur de rater celui de l'Histoire, trop pressé de changer le vieux monde on dirait Julio ? un ringard ! on le sait même pas qu'on a viré prisonnier craintif.

Changer le monde, Julio ? Il ne veut même pas changer la chanson, alors le monde.

trans et train-train
Un univers où rien ne vaut que fade inconstance, faux airs aventureux, simulacre de neuf, spectacle d'autre monde, effacement, confusion, mélange des genres et lui. Lui dans tout ça, son image démodée, Don Juan à contre-pied contre-courant émergeant, roc viril à l'ancienne. 

(À l'ancienne, vraiment ? viril ? cet air fragile et l'œil inquiet, Don Juan ou conservateur mou ? macho périmé, pommadé, épilé, la moumoute gominée ? cool réactionnaire ou suavement subversif ? quoi qu'il en soit pas si roc que ça, on entend dire, objecter çà et là.)

finale
Je n'ai pas changé, son credo. N'y voyez pas une affaire personnelle, vanité, pur ego. 
Parce que bien sûr, des rides et des kilos en plus, des cheveux en moins, le savoir, faire en sorte que toujours beau Julio le rêve ne s'abîme pas de trop.
 
Jésus se sacrifie pour tous dans la douleur, Julio dit je n'ai pas changé ça vaut pour toi, pour lui, les autres, modèle aussi mais sacrifice néant, souffrance zéro, la larme à l'œil c'est pas pour de vrai, Julio roucoule doux et se la coule douce, fiesta mojitos mousmées, mer de corail et vahinés, ce vieux rêve d'immobilité il nous le chantonne, ce vœu de durée il l'exauce il le rythme au poil, la permanence dans le plaisir ou bien l'inverse, ça c'est de la musique de la vraie musique quand on entend ça on en prend un coup ça se commande pas, pour sûr on ne dit rien et on écoute bien, c'est le même final aussi génial, ta ga da tsoin tsoin.

Et toi non plus tu n'as pas changé, le deuxième volet du message, du couplet. 
Les jours de rage de dents, Révolution, insomnie, peine de cœur, Coupe du monde, gueule de bois, indignation, Albin mille ans tenté d'y croire, à l'éternel retour du même. Rien n'a changé ni lui. Ni Julio.

ps
D'abord on nous dit la mer, regard lointain, ligne bleue, l'horizon et la mer, rien que la mer. 
Et puis tout le contraire le lendemain la mer n'existe pas, il y a les vagues un point c'est tout, les fixer tout près ici maintenant et voilà. 
Nous ballottés. Mal de mer.
Un jour encore, un autre, on se dit que bien sûr, les vagues, mais toujours et partout la mer ; où l'on ne voyait que les vagues s'étale la mer, où l'on ne voyait que la mer roulent les vagues. Également.
Également mais pas vraiment égales. Des vaguelettes, en vérité. Leur sens noyé elles ne font plus le même dégât, ce sens qui les lestait, sacré barda.
On ne prend le parti de rien ni de la vague, ne lui donne pas la parole, clapotis, murmure, écume, douceur, dentelle, furie, parfum, elle l'a déjà.
Distinguer maintenant l'huile de la tempête, la rebelle la docile et le fracas du souffle, plutôt coton, pas vraiment égales ? une question de forme, de frémissement, ce bruit pour rien et puis la sensation, rien d'autre, rien de plus, chante et danse avec le vent la même éternelle chanson, la même éternelle chanson balance et change avec le vent.

dimanche 28 août 2011

1238. albin dimanche d'adieu


pioche dominicale 1
Allongé sur son lit, fixant le hublot ruisselant, le père de Léonce oubliait et néanmoins pestait : il avait, très précisément, rêvé du paquebot s'approchant de Pointe-Noire sous un ciel sans nuage, s'était vu, à l'instar de Brazza sur la petite photographie de 1905 si souvent regardée, debout, à l'avant, tandis que le bateau pénétrait, avec la force et la majesté sereines de l'éléphant, les eaux bouillonnantes, chargées de limon, du Congo, avait imaginé les hippopotames somnolant au pied des fougères arborescentes, les cris stridents des singes cachés dans les feuillages humides de la forêt vierge, les crocodiles baillant sous les bananiers, les montagnes couvertes d'arbres centenaires, qui s'ouvriraient puis se refermeraient sur eux comme une mâchoire, au lieu de quoi ce fichu rideau de pluie tiède lui cachait la côte, réduisant son horizon à un mur ou plutôt à une cloche assourdissante, putain de flotte. Elle finit cependant par s'arrêter aussi soudainement qu'elle s'était abattue sur l'océan. Le père de Léonce éteignit sa cigarette et sortit sur le pont, découvrit tout autour du paquebot des dizaines de pirogues d'où montaient les voix des Noirs venus aider au débarquement des premières marchandises. Pointe-Noire, ville plate, à peine surgie de terre, s'étirait sur plusieurs centaines de mètres, piquée ça et là de rares maisons coloniales et de hangars en tôle, à ce qu'il lui sembla plutôt miteux, devant lesquels s'agitaient des silhouettes noires allant et venant des bâtiments au rivage, du rivage aux bâtiments, qui portaient en équilibre sur la tête d'assez volumineux paniers. Le déchargement terminé, les pirogues reprenaient aussitôt la direction du bateau, chevauchant la houle au milieu des paquets de mousse jaunâtre dont la course molle se terminait sur le sable éclatant du rivage, où ils s'agglutinaient.
Frédérique Clémençon, Colonie (Minuit)

pioche dominicale 2 (pas de tournée d'adieu sans vieux succès)
Passé le jasmin, par delà les roses, acanthes, hortensias, au fond du jardin crèche un isolat sans histoire, cette peuplade tranquille Albin vit avec elle en sympathie et plus encore, mieux que potes lui et les Jivaros sont symbiotes, en même temps qu'eux le régénèrent Albin leur fournit l'occasion de garder la main, en ces temps policés les traditions se perdent, ils ne pratiquent quasiment plus.
Aujourd'hui réduction, Albin se fait ratatiner la carafe tranquille, c'est qu'ils le jouent, le jeu, les Jivaros, se mettre au goût du jour, évoluer, la réforme, tout ça, ils savent donner le change sous leurs airs premiers, alors adieu paupières cousues, crâne désossé, les yeux les dents pour les anacondas, le tsantsa emballé dans une toile et hop, au fond d'une jarre, sans oublier le trou, auparavant, le lien passé dedans et tontaine et tonton, attachée la tête atténuée, les jours de fête, autour du cou, fini tout ça, les méthodes aujourd'hui seraient plus ceci, moins cela, ils savent donner le change, pareils à eux-mêmes sous les habits neufs, jupe en coton pour les garçons, pour les filles tunique et cordon, bijoux, couronnes de plumes pour tous, les recettes d'aujourd'hui ne seraient plus ceci, plus cela, tu parles, rien de nouveau même au fond du jardin, en réalité radicales autant, en vérité plus cruelles encore : si elle reste ce qu'elle fut, l'objet décoratif qu'on préférera petit, creux, rabougri, vide et percé, elle ne se portera plus autour du cou de l'ennemi les jours de fête, la tête on la garde nuit et jour sept jours sur sept au bout du sien.
Albin, billet 934

mardi 23 août 2011

1237. tournée d'adieu (8)


Pour Julio (saison 3) 

Enfance 
La fonction crée l'organe, l'habit fait le moine, le cliché modèle l'homme et l'homme occupe son temps à polir le cliché, bricoler l'archétype dans lequel son corps mou craintif tant bien que mal se loge, comme un pagure dans la coquille abandonnée, qu'il déforme en s'y conformant et réciproquement, coquille qu'il fera sienne ou ce sera l'inverse, le père de Julio en porte une sous le short, quand il cavale, au stade, le dimanche, une efficace coquille de protection, on peut être à la fois passionné de football et soucieux de ses attributs, son fils héritera des mêmes attachements.
 
Allez, à toi, cours, allez, plus vite que ça ! le petit Julio admire son papa qui tape dans la balle comme un vrai champion, vas-y, saute, plus haut, plus haut ! il faut dire que dès l'enfance papa se rêve en nouveau Bata, Augustin Sauto Arana, dit Bata, né le 11 mai 1908 à Baracaldo, banlieue de Bilbao, Pays basque, meilleur buteur du championnat d'Espagne 1930-1931.

Rien ne dure ni l'enfance, on grandit, le corps n'en finit pas de s'étirer dans le même temps l'ambition s'amenuise, comme si de la croissance, il n'y en avait pas pour deux. À la fac, d'autres courent plus vite, feinte de corps et petit pont, il faut se rendre à l'évidence jouent mieux, papa plus tard s'en remettra au petit Julio pour la réalisation de son rêve et dans dix ans Puskas, Di Stefano, Gento, Kopa, mis sous verre par ses soins, dribbleront d'une cloison à l'autre de la chambre d'enfant transformée c'est selon en Stade Barnabéu, en musée, pour l'instant papa fait médecine et déchante.

Avant de chanter, Julio à son tour tâtera du ballon, pareil que papa mais en mieux, beaucoup mieux, junior au Réal, s'il vous plaît, le Réal Madrid, la prestigieuse équipe des Gento, Puskas, Kopa, Di Stefano, comme pour venger papa devenu entre temps gynécologue, resté amateur de balle ronde attentif aux siennes, on n'en est pas là. 


Le petit Julio, quand il se retrouve seul à la maison, sort en cachette de sa cachette la précieuse pile de romans photos sentimentaux, Nous Deux ou son équivalent, dont sa mère se repaît en secret d'un mari qui n'y voit qu'inepties plus ou moins naïves, pornographiques à l'occasion, pornographiques il exagère ce mari jaloux, coureur de jupons, puritain à ses heures et amateur de foot, le papa de Julio, donc

Dans les magazines, le petit Julio découvre tout en vrac l'amour et son mystère, ses espoirs, sa souffrance, ses illusions, le désir et l'émoi sous son short d'apprenti footballeur.



Bientôt footballeur pour de vrai et pour faire plaisir à papa, papa qui dès son plus jeune âge l'a inscrit à l'École de football du Réal, a déménagé la petite famille pour l'appartement certes moins cossu mais dont le balcon ouvre sur le Stade, j'habite pour ainsi dire au Stade Barnabéu fera négligemment Julio pour épater les filles et rendre les garçons jaloux, le voilà déjà en gardien talentueux dans l'équipe junior du Réal Madrid, alors les filles, vous pensez. 



Et puis l'accident, tragique accident, la paralysie qui du moins le mène à sa coquille, la seule, sa coquille à lui, pauvre bernard l'hermite égaré un temps dans le sport. Après avoir tenté de venger, d'époustoufler papa en courant en sautant sans répit dans sa cage, presque immobile maintenant, main sur le cœur, voix de velours, émouvoir maman, l'enchanter en chansons, un refrain suave et la larme, au bord de ses yeux clos, et son visage, radieux, éclairé du même sourire d'ange que jadis, lorsqu'elle lisait Nous Deux, à travers elle émouvoir la Femme, serrés collés soudés sa coquille de crooner romantique et lui ne feront qu'un désormais, Nous Deux ou son équivalent. 

À suivre...

dimanche 21 août 2011

1236. albin ouiquende d'adieu


Pour Julio (saison 2) 
 
1. 
pioche
Dans conquête il y a quête. Chercher la Femme, le voilà le Graal d'un Julio qui n'a rien de Casanova, n'accumule ni ne collectionne en vain, chercher la Femme, la chercher encore et toujours à travers ses multiples avatars : sa conquête est la quête éperdue de Don Juan, elle relève du pur mysticisme. 
Un vrai julot, Julio ? Sans doute. Mais pas que.
Albin (billet 1235)

2.
D'accord, il n'était pas un inconditionnel de Julio, et après ? ça lui donnait des droits, peut-être ? mais les droits, les devoirs, pfftt, il les écartait d'un revers de la main, ça veut dire quoi, les droits, le mérite, le toutim, des fantaisies de bien-pensants, des caprices de dames patronnesses qui rêvent que plié au carré, lisse et bien tassé, tout rentrera dans l'ordre et leur morale, pareil pour des regrets qui n'ont aucun lieu d'être, ni le conditionnel, on pourrait sans remords supprimer celui-là et les autres, rien que pour commencer, ce serait déjà ça, ça soulagerait la langue, mais c'est une autre histoire, il s'égarait, donc pour en revenir aux droits et à Julio c'était même pas la peine, papa, de poser ce genre de question, il l'avait dit, c'est tout, et les mots et leur sens et l'ordre des syllabes, ni plus ni moins du flan, il estimait, de l'arbitraire, il faisait chaud, le flash d'information de Radio Variétés nous invitait à boire alors on buvait, alors on objectait, c'était pas rien, le sens, le prurit du synapse, l'érection du neurone, les mots c'était la terre, c'était le sel et ses cellules à lui, sa colonne vertébrale, les mots c'était lui, quoi ! et jusqu'à faire valoir l'émotion qui au commencement était, il se souvient ? rien d'autre à l'origine, il l'avait oublié ? et puis la poésie, morbleu ! la poésie, quand même, les fulgurances, les orgasmes de l'âme, tss tss tss, qu'il sifflait dans le soir, entre ses incisives, il voulait rien savoir, bernique, la seule, la vraie question, la question qui valait c'était est-ce qu'il sonne bien et s'il est bath le commentaire que lui, Bob, avait fait, à la lecture du précédent billet d'Albin, dans conquête il y a quête et quéqué dans quéquette, Albin qui se promettait en silence d'attaquer fissa l'enfance de Julio histoire d'amadouer Bob l'iconoclaste, la nuit tombait, l'air brûlait encore, sur Radio Variétés le flash d'informations prônait la vigilance, parlait de canicule, les choses suivaient leur cours, un drôle de cours qui surprenait Albin, finalement elles sont pas si mal faites, les choses, Bob d'une certaine manière joue son rôle à lui, Albin, en quelque sorte il prend la relève vu que lui-même a soudainement viré midinette, vu que lui-même fait du Broutin, du Madame Marcel, et se dit, à l'un de ces moments, ces rares moments où il incarne Albin, bah, quelle importance après tout qu'on soit Bob, Broutin, Madame Marcel, Albin, quelle importance qu'on se mélange un peu si le manège continue de tourner, le spectacle, il faisait chaud, très chaud, cet air du soir, sueur, charogne, suif et moiteur, terre éventrée, brûlure, piqûre, cramé, ces grains de peau que le temps torréfie, tout mêlé, pour un peu on respirait l'Afrique, les mots quoi qu'il en soit trouvaient prétexte à succéder aux mots, sous le feuillage on rejouait la guéguerre, on palabrait, tout était comme il devait l'être.

À suivre...
(prochainement sur cet écran : L'enfance de Julio)

mercredi 17 août 2011

1235. tournée d'adieu (7)


Pour Julio (saison 1) 

dégaine et rengaine
La permanence c'est son credo, l'intemporel sa marque de fabrique, je n'ai pas changé voilà son leitmotiv, sa rengaine...

Je n'ai pas changé... La date de péremption ? bien sûr il y en a une, on s'en fout. Ne pas non plus nous bassiner avec ce père qui l'a ou qui l'aurait abandonné et patata. Dans le même temps se donner à voir comme ni plus ni moins une figure christique ; ou antéchristique, c'est selon.

Parce que du religieux, on peut pas vraiment dire qu'il en manque. Plus que du religieux, du spirituel -il s'appelle quand même pas Iglesias pour des prunes.

iglesias
S'appelle pas c'est sûr Iglesias pour rien, Iglesias-Églises ; ne pas négliger pour autant le prénom, Julio-Jules. À l'instar de l'ascendant en astrologie, le prénom est déterminant en onomastique. Il influe autant, sinon plus, que le nom lui-même, sur la personnalité de celui qui le porte -plus encore quand son effet unanimement admis, universellement reconnu, le prénom devient nom commun

jules
Qui dit jules dit le mec, l'amant par excellence. Un vrai julot, Julio : on ne les compte pas, ses conquêtes. 

Dans conquête il y a quête. Chercher la Femme, le voilà le Graal d'un Julio qui n'a rien de Casanova, n'accumule ni ne collectionne en vain, chercher la Femme, la chercher encore et toujours à travers ses multiples avatars : sa conquête est la quête éperdue de Don Juan, elle relève du pur mysticisme. 
Un vrai julot, Julio ? Sans doute. Mais pas que.

l'un et l'autre
Corps et conscience, innocence et péché, enfer et paradis, terre et ciel, pénitence et félicité, remords et damnation, l'autre nous hachait en menus morceaux qu'il mettait en conflit permanent, Jésus nous déchirait de l'intérieur. Julio recolle les morceaux, il nous réconcilie avec le temps et l'apparence, autrement dit avec nous-mêmes.

Il nous réconcilie dans l'artifice auquel il nous propose de coller comme lui-même y adhère ; il se réconcilie il nous réconcilie avec nous-mêmes dans la représentation, le double, le cliché. 

l'unité dans le double 
À quoi bon perdre son temps à se chercher ? Puisqu'on n'est rien autant être un autre, autant s'oublier pour être quelqu'un, autant s'inventer dans le double.

À suivre...

Une des raisons qui font qu'Albin arrête son blog, cette commande, Julio sa vie son œuvre, à laquelle désormais son Meisterstück s'attelle, ce qui précède étant les premières notes sur le sujet.

dimanche 14 août 2011

1234. albin ouiquende d'adieu (2)


pioche 2 (voir pioche 1 billet 1233)
Il aurait mieux fait de dire "hon" parce qu'il s'appelle pas Albin d'abord et puis que c'est comme pour les discours, de livrer son nom -et même un faux- c'est le commencement du déshabillage et puis on s'en sort plus, en somme, on devient facilement bêta, on s'attache et il vaudrait infiniment mieux ne pas avoir de nom et dire "hon" quand on vous le demande, ne serait-ce qu'avec les flics, ça arrangerait bien des choses.
d'après A.D.G.
(Notre frère qui êtes odieux)

art de la guerre et du jogging
Tu vois le carrefour, à quatre kilomètres, à peu près, tu es sur le chemin des Carrières, tu as celui de Miche à ta gauche, en partant d'ici, d'accord ? eh bien ce carrefour à mon retour je sais que je dois y arriver au plus tôt parce qu'à partir de là c'est chez moi, ils ne peuvent plus rien contre moi...
Qui donc ?
Comment qui donc ? Eux, évidemment, ceux qui sont à mes trousses...
À tes trousses ?
Tu ne comprends pas ? Ils me poursuivent, des guerriers à cheval en hordes vengeresses, et avec ça impies, de vrais professionnels sans états d'âme, impitoyables, s'ils me rattrapent ils me torturent consciencieusement avant de me finir à la chaux vive, c'est pour ça que je dois y arriver au plus tôt, au carrefour, c'est la frontière entre leur territoire et le mien...
Ah, je vois... C'est pour te stimuler... Tu imagines...
Albin le regarde en silence, se dit Bob ne comprendra jamais rien au jogging, que dalle à l'art de la guerre, polope à celui du discours ; décidément, ajoute Albin toujours in petto.

ignorance et félicité
Albin pense à Broutin et que les vaudevilles sont cruels : les cocus sont toujours les derniers informés. Heureusement dans la vie c'est pépère, plus coulant, plus cool comme dirait Bob, jamais les couillons ne soupçonnent qu'ils sont des imbéciles ; les intelligents moins encore, ajoute Albin tel quel et toujours in petto.



samedi 13 août 2011

1233. albin ouiquende d'adieu (1)


pioche 1

Son principe à la gueuse, gentillesse d'accord, faut ça pour le commerce, mais pas se lier. Si elle était grosse maintenant, c'est qu'elle avait trop causé avec un type, autrefois, alors de causer, ça crée des liens, à filer en striptize chaque lambeau de sa tête, on finit, c'est forcé, par être à loilpé, et quand vous êtes comme ça, tout le monde en profite, d'abord on a les mains en coquille sur le sexe cortexal, on peut plus se défendre, on se fait lapider par les fumiers. Ils vous prennent votre fric, ils veulent tuer votre jeunesse, ils vous disent des gros mots pour que vous ayez honte et que vous vous cachiez. Voilà son opinion à la grosse et puis c'est aussi la mienne et ça aurait dû être celle d'Albin, mais Albin, il a beau avoir mille ans, il est comme un jeunot, il veut tout bouffer, il sait pas que le simple fait de causer -même pour rien dire- ça peut conduire loin, c'est de la philosophie.

d'après A.D.G. 
(Notre frère qui êtes odieux)  

jeudi 11 août 2011

1232. tournée d'adieu (6)


nocturne
...murmure un jour tu ris un jour tu pleures susurre un jour tu vis un jour tu meurs chantonne voix de velours on sait qu'au bout c'est le rideau mais on s'en fout le monde est beau et puis tout qui se brouille pauvre diable perd ses cheveux vulnérable prend des rides autour des yeux misérable des kilos change de registre et pleurniche qu'il a mal que c'est sa rate qui se dilate et encore son foie qu'est pas droit et le ventre qui se rentre le pylore qui se colore le gésier anémié l'estomac bien trop bas et les côtes bien trop hautes quant à ses hanches elles se démanchent l'epigastre lui s'encastre et l'abdomen se démène le thorax aïe se désaxe et puis tout se colore de rose s'illumine et lui dans un sourire qui chante le monde est fou le monde est beau un rendez-vous toujours nouveau le monde est beau le monde est fou il promet trop pour donner tout et puis tout qui se brouille lui qui soudain se ratatine perd des kilos prend des oreilles pleurniche sur sa poitrine hélas qui se débine ses épaules qui se frôlent et ses reins bien trop fins ses boyaux bien trop gros son sternum qui se dégomme et le sacrum c'est tout comme le nombril tout en vrille le coccyx qui se dévisse et d'un coup tout en rose lui main sur le cœur a pris l'amour le seul navire où l'on naufrage par plaisir le monde est fou le monde est beau un rendez-vous toujours nouveau une symphonie inachevée qu'aucun génie n'a pu rêver vulnérable prend des rides autour des yeux misérable des kilos sursaute et se retourne le soir s'endort toujours plus tard la nuit se réveille et des heures entières voir dans le noir ses chairs dépérir pendouiller pourrir et respirer leur puanteur les sentir les entendre grincer s'effilocher se déglinguer se demander par quel miracle comment tout ça peut fonctionner tenir durer depuis qu'il est venu sur terre c'est pas rigolo entre nous il est d'une santé précaire il se fait un mauvais sang fou il a beau vouloir se remonter il souffre de tous les côtés et se demande par quel miracle comment tout ça peut fonctionner tenir durer si demain une nouvelle maîtresse nouvelle maison nouvel enfant si demain un nouveau concert nouvel album nouveau contrat demain verra-t-il s'accomplir le miracle de l'incertitude parce que ah sans l'incertitude demain douche rasage lotion crèmes massage jus de fruits pieds dans l'eau de la piscine et alors sera-t-elle chaude et bleue et pure et le soleil caché radieux ah comment sans l'incertitude murmurer là dans un sourire qu'un jour tu ris un jour tu pleures et susurrer qu'un jour tu vis un jour tu meurs et chantonner qu'on sait qu'au bout c'est le rideau mais qu'on s'en fout sans l'incertitude son tourment comment le monde serait-il beau se réveille ne sait plus s'il est Julio s'il est Ouvrard s'il est Albin Julio qui rêve qu'il est Ouvrard Albin qui rêve qu'il est Julio Ouvrard qui rêve qu'il est Albin aïe sa tête chante et chiale que mon dieu c'est embêtant d'être toujours patraque ah mon dieu c'est embêtant qu'il n'est pas bien portant mais ah l'incertitude le sourire le monde qui est fou... 

lundi 8 août 2011

1231. tournée d'adieu (5)


Résumé du billet précédent
Après avoir tâté du communisme et du cahors Albin en est à l'écriture.
C'est là qu'interviendrait Julio.


Pour Julio (de quelques raisons d'aimer Julio)

Julio est beau, éternellement beau, il n'a pas changé, il est toujours ce jeune homme étranger qui nous chantait des romances, nous inventait des dimanches et nous faisait voyager.



Julio sa grande affaire c'est pas l'amour mais la chanson d'amour, Julio en est le pape, pour lui l'amour c'est quoi ? c'est une mélodie qui chante à l'imparfait, c'est vous chercher toujours sans vous trouver jamais, ce n'est qu'un pas vers le regret. 
(Et d'ailleurs : ne lui parlez plus d'amour, parlez-lui du temps qui passe, des soleils de Singapour, des navires de l'espace.)



Julio ne veut pas changer le monde, le monde est fou, le monde est beau, un rendez-vous toujours nouveau, une symphonie inachevée qu'aucun génie n'a pu rêver.

Julio ne veut pas changer le monde, le monde Julio le fait à sa façon, coulé dans l'or et le béton, corps en cage, jeté en prison, il tourne en rond, il tourne en rond.


Julio ne veut pas changer le monde, il ne s'y est jamais senti un étranger, il y a trouvé des hivers un peu froids mais la chaleur d'un monde où les liens sont étroits, de la musique à partager, l'amour du bon vin et il croit, l'impression d'être le bienvenu chaque fois.


Julio ne veut pas changer le monde ? cette blague, objectez-vous tout ressentiment dehors, son monde il est doré... 
tiens donc ! vous vivriez dans une bonbonnière des bimbos partout et dans la piscine, vous ? rien que pour ça, chapeau Julio !


Julio s'il se suicidait ne le ferait pas par dépit mais par amour, amour du monde, amour de la vie, de sa vie, un jour il rit un jour il pleure, un jour il vit un jour il meurt, départ mouchoir, retour velours, histoire d'amour, un jour ça va un autre non, un jour lilas un jour flocons, c'est ça la vie, le monde est beau le monde est fou, il promet trop pour donner tout, on sait qu'au bout c'est le rideau mais on s'en fout, le monde est beau. 

Julio comme tout le monde perd ses cheveux paie des impôts prend des kilos, pauvres diables que nous sommes, vulnérables, misérables, nous les hommes, c'est sa vie, ce millier d'instants fragiles qui s'envolent et s'éparpillent au jardin des souvenirs.

Julio ni ne croit ni ne croit pas à ce qu'il chante, il est ce qu'il chante, donnez lui un peu de rêve, donnez encore et toujours, donnez pour calmer sa fièvre, il est un mendiant d'amour.


Julio n'écrit pas de ces chansons à textes, Julio ne veut pas nous faire croire qu'il est plus intelligent qu'il paraît, il n'est pas un homme, il est le roi de l'illusion, au fond, qu'on lui pardonne, il est le roi, le roi des cons.


Julio ne fait pas de la belle musique, dites-vous ? Il fait mieux : de jolies mélodies. 

Julio ne fait pas de tournée d'adieu.

Julio depuis ses débuts ne fait que sa tournée d'adieu.
 
(À suivre...)

dimanche 7 août 2011

1231. albin ouiquende d'adieu


jogging 1
Midi caniculaire. L'œil mi-clos Albin court, Albin coule. Plutôt titube et se liquéfie, au bord du malaise. Lève la tête, ouvre les yeux : dans le soleil éblouissant son ange veille. Albin rassuré sourit. Juste au-dessus de lui, vol plané circulaire, l'ange tranquillement se dégourdit les serres. 

taf
L'échelle double en bandoulière, au bout de la main un seau plein d'encre noire le Meisterstück trempé dedans... le quotidien d'Albin, poète en bâtiment.

l'anti-Albin
J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.
Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau...

Tout mon contraire, pense Albin mille ans oublieux.

impersonnel
Albin qui travaille d'arrache-pied à son anéantissement : hier encore il crevait les yeux de son miroir ; hier à peine.

jogging 2
Midi quinze sous la canicule. Albin en eaux zigzague, l'œil mi-clos, sonné. Ouvre grand les yeux. Les anges en nuées s'engouffrent également dans sa bouche, dans son nez.

vendredi 5 août 2011

1230. tournée d'adieu (4)

Résumé du billet précédent
Après avoir tâté du communisme et du cahors Albin en est à l'écriture.


le communisme et le cahors 
d'accord
mais l'écriture ?

1. l'habit fait le moine


2. vin de messe en calice modéré 
le cahors fait le curé

cahors et toucher le fond
(bu jusqu'à la lie le cahors mène à dieu)  
le fonds commun

3. commun communisme on y vient
apparatchik Albin ?
niet ! plutôt lumpen
ni classe ni patrie
de l'humain la lie

de toutes les classes banni
haro sur le cancre
hallali

4. le communisme et le cahors
 d'accord
on l'a déjà dit 
mais l'écriture
l'écriture pourquoi 

(déjà dit
déjà lu
déjà lie)


5. les mêmes raisons 
fonds commun & dissolution    

le langage aussi est ce fond que l'on touche
fonds commun
les mots en vrac ne veulent rien dire
gloup einfühlung areu
régression


c'est celui qui dit (le mot) qui l'est
hop !
oublié celui

le meilleur dans les mots :
faire écho à ce que l'on est
un des leurs        



dans l'écriture le sujet pffftt
disparu
noyé dans le langage 
mot parmi les mots
fantôme 

6. the show must go on
le fantôme fait sa tournée d'adieu*


être là où l'on n'est pas
ou bien c'est l'inverse


7. c'est là qu'interviendrait Julio

(À suivre...)



*Pas de tournée d'adieu sans vieux succès :

1027. bref retour au sujet


à coup sûr
À l'affût permanent du kairos, toujours prêt à saisir au vol la mythique touffe, le sujet n'a qu'une obsession : nous épater pour nous prouver son existence.
Pour rien au monde il ne raterait l'occasion. L'occasion de nous les briser.


le sujet son petit manège
Tu as vu maman, regarde ! J'ai encore attrapé la queue de Mickey !

mémoire et talent
Prenons Mozart. On a retenu de lui qu'il était solidaire d'Haïti et qu'il vomissait Sarkozy.
Ce que l'on retiendra d'Albin ? Rien.

juste une illusion 
Le sujet est à l'écriture ce que le prolétariat est à l'histoire : un acteur pour certains, pour d'autres un obstacle. En vérité une invention. Une illusion qui bloque le carafon.

abolissez abolissez il en restera toujours quelque chose
Seule attitude raisonnable, leur disparition. Abolition et du sujet et du prolétariat ! voilà son mot d'ordre, Albin milite pour les grands soirs et les matins qui chantent : le soir vote sa disparition, le lendemain sa renaissance.

pub
Disparition dans les caboches, abolition dans la représentation. Dans la réalité le sujet n'est rien.
Pour pallier son inexistence il s'invente et se vend. Vend du vent.

sujet com objet
La part du budget consacré à la promotion d'un produit est fréquemment la plus importante et de loin du prix total de ce produit. Pour un objet valant 10 €, on paiera 9 € de communication. Et ce n'est pas fini. La part, ou valeur, de l'objet, toujours plus tend à se réduire. Jusqu'à sa disparition totale : on communique déjà sans complément d'objet. 
   
sujet à photogénie
Comme il n'existe pas, le sujet se montre. Montre un corps, le cliché d'un corps. Nu, vêtu, pensif, plein d'intentions, bourré d'arrière-pensées, en bonne ou en mauvaise compagnie, un corps qu'il nous ferait bien prendre pour un sujet. Comme toute chose définie, délimitée, coupée des liens de sa circonstance, le corps est la représentation d'un fragment de réel mort. Le sujet est la représentation de cette représentation. Le cliché en est l'image.

imaginaire
Ce qui n'a jamais été ? Il en restera forcément quelque chose.

mercredi 3 août 2011

1229. tournée d'adieu (3)


tribulations

Passé de mot à moi Albin vivrait mille histoires qui le font le défont le hissent en haut Santiano de son affiche à lui et patatras ! mille histoires qui en fait n'en sont qu'une, tragique et désopilante à la fois, chante et déchante hop sur le cul ! toucher le fond le ridiculise...

...à ce propos garde au fond de soi confuse la nostalgie de ce temps hors du temps où il n'était rien, rien qu'un mot...

...pour le retrouver tâte à tous les plats que les mille histoires qui en fait n'en sont qu'une font passer à portée de son bec, son long bec (et encore, rien du tout comparé à son cou, ah quel cou ! comme si quelqu'un lui avait tiré dessus !) : 
cassoulet, mort plus ou moins subite, frugalité, promiscuité, métamorphose, érémitisme, perversion, cahors, consumérisme, transgression, poésie, six cent soixante-six mysticismes en vrac dont Héros fondateur, yoga, petite reine et Grand Véhicule, stages estivaux de kabbale et jogging, communisme estampé...

...tour à tour pratique ou simultanément :
onanisme
flatulence
ivresse
viol de cafards 
procrastination
usage immodéré de bombe insecticide Baygon
rêverie
strangulation de parents et voisins 
empoisonnement des proches et moins proches
découpe d'amis cousines cousins
insurrection
sieste prolongée...
 
...de tous les plats que les mille histoires qui en fait n'en sont qu'une font défiler sous son gros pif Albin fait son miel mais toujours affamé... 

...entre deux chaises toujours avide tourner autour tourner à vide en alternance en continu...

...émergence ou effacement, saillie et platitude, construction et déconstruction, personnage ou mot, appelle ça un jour comme il veut déjà le lendemain, ce lendemain qui vient toujours un peu trop vite...

...quoi qu'il en soit toujours le même vœu même rêve même prière : que les vagues soient qu'elles soient la mer...

...tournée d'adieu vaches sujet personnage, deux exemples au hasard...

...régresser à coups de cahors, ivresse, état dionysiaque, perdition, fonds commun, du vin au divin : tournée d'adieu retour à dieu... 

...révolution : renouer avec le communisme primitif via le prolétariat comme sujet, négatif de la société, auto-abolition vers une classe universelle...

...la poésie troisième exemple et sa patrie le mythe des origines, toujours retrouver après le voyage, se retrouver, toujours boucler la boucle qui n'en serait pas une, plutôt ellipse et ce retour au même qui ne l'est plus, toujours s'oublier toujours refaire surface pour mieux se noyer sans parvenir jamais parvenir à quoi... 

...refaire surface recommencer et réfléchir juger s'interroger...

...calculs états d'âme et tribulations... 

...évaluer les causes de l'échec ses effets ses conséquences et simultanément se demander un échec vraiment ? si c'est une expérience une réussite le nombre d'or pourquoi et l'âge de l'apprenti maçon...

...ou pas.

Actuellement en est à l'écriture.

(À suivre...)

lundi 1 août 2011

1228. tournée d'adieu (2)


Dit autrement (Glissement)

1. Albin est un mot.

2. Isolé, le mot ne veut rien dire. Associé à certains mots prend un certain sens. Associé à d'autres mots prend un autre sens. 

2.1. Idem pour tout mot associé à Albin ou à tout autre mot.

3. 1. Le mot reste le mot.
3.2. Le sens n'est pas dans le mot mais dans sa circonstance. 
3.3. Le lien crée le mouvement et donne un sens.
3.4. Le mot n'a de sens (éphémère) qu'associé.

4. Le mot est un signe vers un autre mot qui est lui-même un signe, etc.

5. L'ensemble des mots (qui n'ont pas de sens) constitue un langage.

6. Le langage ne constitue pas pas un tout cohérent.

7. Lié aux mêmes mots (voir billet précédent) Albin se fige.
7.1. Albin se prend pour un personnage.

8. Albin est un moi. 

(À suivre...)