samedi 4 juillet 2009

615. le papier assurément

(publicité)

Vous écrivez avec vos tripes ?


Confiez-nous vos productions !


éditions lotus

vendredi 3 juillet 2009

614. le rêve d'albin (4)

Albin sursaut sur son lit réveil en tailleur assis frotte énergiquement dans la glace les gros yeux globuleux de Broutin qui le fixent incrédules.
Stupides ?

jeudi 2 juillet 2009

613. le rêve d'albin (3)

Madame Marcel, aillant le pain rassis, ce que j'aime chez Monsieur Broutin c'est que quand il écrit il ne s'adresse pas à tout le monde ou à n'importe qui...

Bob regarde Albin.

Madame Marcel, enfournant le quignon dans le corps impeccablement vide du poulet, ...mais à la part de moi qui diffère des autres.

Quelque chose comme écrire pour personne et plaire à son père traverse Albin confusément.

Victor Tchernomyrdine s'est assoupi.

mercredi 1 juillet 2009

612. le rêve d'albin (2)

Victor Tchernomyrdine en Pythie :
De B à B
25 bien comptées

Et là pour Albin tout s'éclaire.
Bob : Tu comprends maintenant ? J'attendais d'être sûr avant de t'en parler.
Madame Marcel, séparant délicatement la poche de fiel du foie : Oui, c'est étonnant.
Albin, à Bob : Bon sang ! Broutin ne s'est pas contenté du B de son nom, il s'est approprié les 25 autres lettres de l'alphabet ! Voilà pourquoi tu nous disais qu'il se chargeait de la besogne...
Bob : Exactement.
Albin : Comment te sont venus ces soupçons ?
Bob : Le charabia. Poétique ici, là philosophique, ailleurs aphoristique en journal en billets, libre ou protégé par Service Gardiennage Défense Logorrhée, sous toutes les formes imaginables le même charabia blogué. Qui d'autre excelle autant à ne rien dire confusément, interminablement...
Albin : On en est tous là, tu ne crois pas ?
Madame Marcel, extirpant un à un des espèces de santons du gésier ouvert : Et voilà le Petit Poucet !
Bob, ne répondant pas : ...derrière blogàC -C pour Çuici ici, là pour Cellà-, derrière D philosophe, E griffonne, F gribouille, G rimaille, H ratiocine, I pinaille, J écrivaille, partout Broutin gribouille griffonne rimaille ratiocine écrivaille pinaille, sous les pseudonymes planqué.
Albin : D'après toi il en a beaucoup ?
Bob : Des pseudonymes ? Jusqu'à Z des centaines pour chacune des lettres de l'alphabet...
Albin : Des centaines ?
Bob : Des centaines, des millions, peut-être davantage...
Albin : Grands dieux ! Seul le A d'Albin serait épargné...

Victor Tchernomyrdine en Pythie :
De B jusqu'à B
26 recomptées
Dernier confondu dernier démasqué
Broutin
, journalier

à suivre...

mardi 30 juin 2009

611. le rêve d'albin (1)

Bob, Madame Marcel, Victor Tchernomyrdine, Albin, Broutin en Arlésienne.

Albin fait part à Bob de la suggestion par qui ne sait plus à lui faite: après le A d'Albin le B de Broutin poursuivre en explorant les lettres de l'alphabet patronymiquement libres, vingt-quatre.

Victor Tchernomyrdine en Pythie :
Nous avions prévu pour le mieux d'agir
Comme d'habitude avons fait pour finir

Bob répondrait, énigmatique :
Si Broutin lui-même s'en chargeait ?

Madame Marcel, les mains sanguinolentes dans les entrailles du poulet s'étonne, Monsieur Broutin qui est la modernité même n'aurait pas encore son blog ?

Bob ricanerait.

Victor Tchernomyrdine en Pythie :
Avons étudié
A fond le dossier
De A jusqu'à B

Albin regarde Bob et cherche, dans les boutades de la Pythie, il le sait, la vérité toujours s'exprime, alors que peut bien signifier de A jusqu'à B ?

à suivre...

lundi 29 juin 2009

610. vanité avec adjectifs, politique et morale

démonstratif
La preuve que les politiciens sont des menteurs ? Vous leur dites qu'ils sont des menteurs et eux aussitôt non, ce n'est pas vrai.

concessif
Albin se verrait bien politicien, son père avait d'autres ambitions pour lui, le rêvait terrassier, veut bien faire un geste mais pas plus, n'ira pas plus loin dans la concession, égoutier c'est son dernier mot.

accusatif
Politesse, retenue, courtoisie, prévenance, discrétion, tout en lui trahit son éducation anarchiste.

morbido-curatif
seul remède efficace
au tourment qu'elle cause
la mort

dimanche 28 juin 2009

609. albin dimanche

Pioches entremêlées aux antipodes aqueux

Par une nuit d'hiver la première tasse humecte mes lèvres et mon gosier
La deuxième rompt ma solitude un ami arriva
La troisième nous bûmes non pas du vin mais du thé fouille mes entrailles mises à nu
et y débusque mille volumes d'étranges idéogrammes la bouilloire siffla
La quatrième suscite une légère sueur
Le charbon de bois rougeoya et tout le noir de ma vie se dissout à travers mes pores
A la cinquième tasse je suis purifié une lune éclatante brilla au-dehors
La sixième m'expédie au royaume des Immortels
La septième je sens seulement un souffle de vent frais gonfler mes manches la lune elle-même
Ah, je ne saurais en absorber davantage !

Laissez-moi chevaucher cette douce brise et m'envoler loin d'ici !

La lune elle-même

N'avait rien de spécial

Mais -ah les fleurs du prunier !

Peut-être deux fillettes de cahors, qui sait trois clavecins de ce jaune du Jura...

samedi 27 juin 2009

608. clair matin

Herbe coupée, foin, champignon, sous-bois, amertume et vigueur, le bouquet du thé vert matinal le plus simple déleste, purifie des idées des opinions bouffies, seuls trois mots au bout du nez.

vendredi 26 juin 2009

607. bestioleries en R

R1.
du roquet
l'intelligence aiguë
casse la tête
sans toucher l'esprit

R2.
l'interminable caravane de facteurs
passe et repasse
le monomaniaque cauchemar
du roquet

R3.
du roquet
l'intelligence
atteint rarement le niveau
du mollet

R4.
quand la bouche ment
cinquante-six rangées de sourires
disent la vérité
du requin

R5.
a quitté le navire
l'aventure et le large
pour le trouble bourgeois des eaux-vannes
le rat

jeudi 25 juin 2009

606. sujet libre (2) : autoportrait en pagure

Ne fermez pas la porte le blount s'en chargera, peut-on lire sur la plaque émaillée, ce serait sa devise, devise d'un occupant faisant corps avec des lieux que personne à part lui ne fréquente, une devise et des lieux à usage exclusif.
A la fois porte et blount ainsi que le poète l'a recréé, le mollusque et sa belle énergie à se renfermer dans une coquille avec laquelle, malléable, il ne fait qu'un, souple s'y conforme, prend le moindre pli.

Panne de blount définitive, la coque ouverte à tous les vents tous les courants. Vivant il ne la quittait pas, mort il lui colle encore, elle aura été sa demeure elle demeurerait sa sépulture mais rien ne dure, l'occasion fait ici comme ailleurs le larron.

En quête de gîte et de couvert, avide de mots, un être au ventre mou, creux de l'absence, vide et liberté, vient violer le tombeau, s'y fixer à la place du constructeur défunt qu'il déloge, dont au passage il n'oublie pas de se nourrir.

Intérieur cossu, volumes avantageux, spirales et recoins richement revêtus de nacre, autant de rayonnages : ses dix mains aussitôt s'affairent, Albin pagure aménage l'endroit en bureau douillet.

mercredi 24 juin 2009

605. sujet libre (1)

Quelques pistes :

1. texte (ou sujet) libre : un temps prisé dans les écoles, obligatoire et donc improprement nommé, l'appellation sujet libre lui conviendrait mieux, ou sujet absent, puisqu'il n'en propose aucun, un texte libre de sujet, un sujet libre de contraintes.

2. sujet : du latin subjectum, "ce qui est soumis, subordonné à".

3. libre : du latin liber (comme le mot livre) ; sans contrainte extérieure.

4. ermite
parfois compris comme mode de vie visant seulement à échapper aux contraintes sociales l'érémitisme est un mysticisme : dans le cadre strict de l'obéissance au magistère, recherche de la liberté de se fondre en Dieu soit de renoncer à sa liberté.

5. bernard-l'ermite
crustacé à l'abdomen mou ; libre et inconsistant donc vulnérable ; à la recherche de la rigidité d'une coquille sans laquelle il ne saurait vivre.

6. bernardin
religieux de l'ordre de Saint Benoît (bénédictin, cistercien, trappiste)
"La Trappe est l'ordre le plus rigide qui ait été imposé aux hommes." (Huysmans)
"Il fit vœu de quitter le monde et se retira à la Trappe". (Nerval)

7. capuchon
a) large bonnet formant la partie supérieure d'un vêtement, et que l'on peut rabattre sur la tête. Capuchon des bénédictins.
b) bouchon. Capuchon de stylo.

à suivre...

mardi 23 juin 2009

604. pannes en tous genres

1. panne
graisse sous la peau du cochon.

2. panne
rôle insignifiant dans une pièce.

3. panne
arrêt de fonctionnement momentané.

4. panne
partie plate d'un piolet.

5. panne
bande de nuages près de l'horizon.
(source : petit Robert)

Dialogue
Regarde...
Où ça ?
Là-bas... C'est Albin !
Albin ? Il joue toujours les utilités ?
Les utilités... Façon de parler !
Qu'est-ce qu'il tient dans sa main ?
On dirait un bâton d'alpiniste...
Un bâton d'alpiniste, tu es sûr ?
Sa pioche est cassée, peut-être.
Ou il aura abandonné les profondeurs pour s'en prendre aux brumes et au ciel, ça leur arrive parfois, ça les démange.
Le bâton d'alpiniste, de toutes façons, c'est comme une petite pioche en plus léger.
Il s'est empâté, tu ne trouves pas ?
Au fait, dis-moi, tu sais quel est le comble du pinacle ?

lundi 22 juin 2009

603. e = mc2



tout n'a qu'un temps

L'espace, un moment de la platitude ; le réel une bulle d'espérance.

dessous
Sous Albin escargot Albin feuille etc.

intériorités
Dans Albin feuille Albin mot dans Albin mot Albin coquille dans Albin coquille Albin escargot etc.

mouvement et poésie
La bulle chue sur le plat de la feuille et crève.

profondeurs
Au réveil haleine et par tous les pores de sa peau Albin fume empeste le soufre : encore une nuit à pratiquer le diable.

langue qui rouille...
Albin la nuit forge ses mots
et au petit matin
plus rien.
L'enfer c'est bien, le dire...
ah le dire...



dimanche 21 juin 2009

602. albin dimanche fade et plat

pioche dominicale
Pour composer un poème,

autrefois comme aujourd'hui,
Il n'y a que de créer du plat et fade
qui soit difficile.


Ce qui est foncé s'épuise et devient sec,
Ce qui est fade, au contraire, s'approfondit par degrés.


La mélodie fade, le rythme réduit, les sons peu nombreux.


samedi 20 juin 2009

601. samedi inconsistant

Albin et Broutin
On les croit l'un de l'autre différents ils sont indifférents l'un à l'autre.

Broutin écrivain
Rien ne se passe, lui ne peut se passer d'en faire toute une histoire.

Albin parleur
Albin est un langage qui pour être s'épuise à ne rien dire.

vendredi 19 juin 2009

600. vendredi maigre

filet maigre
et maigre filet
caractères maigres
et maigre billet

jeudi 18 juin 2009

599. du bon usage des vraies valeurs

vivacité
De la patte avant gauche s'éponge le front, soupire, le lièvre s'est mis en tête d'inculquer une bonne fois pour toutes les vraies valeurs à la tortue : 1. vitesse 2. vélocité 3. promptitude.

opportunisme
Plus loin le paon montre à la taupe, mais non pas difficile du tout, comment à point nommé déployer sa queue en éventail, ne jamais rater l'occasion de se pavaner.

végétalisme
C'est le trois mille quatre cent cinquante-septième mouton qui s'attelle à la conversion au régime herbivore du loup qui tient son ventre, éructe.

mercredi 17 juin 2009

598. mélodie de la ville (d'un texte l'autre)

1.
Des rues, Nicholaï apprit la mélodie de cette ville que les Occidentaux s'étaient appropriée. Il vit les jeunes et arrogants blancs-becs anglais dans leur pousse-pousse tirés (sic) par des boys cadavériques rongés de tuberculose, suant sous l'effort et la malnutrition, bâillonnés de masques de gaze pour éviter d'incommoder leurs maîtres européens.

(extrait du roman Shibumi, de Trevanian, traduit par Anne Damour, éditions Gallmeister, 2008)

2.
Des rues, Nicholaï apprit la mélodie de cette ville que les Occidentaux s'étaient appropriée. Il vit les jeunes et arrogants blancs-becs anglais dans leur pousse-pousse tirés par des boys cadavériques rongés de tuberculose, suant sous l'effort, mal nourris, bâillonnés de masques de gaze pour éviter d'incommoder leurs maîtres européens.

3.
Des rues, Nicholaï apprit la mélodie de cette ville que les Occidentaux s'étaient appropriée. Il vit les jeunes et arrogants blancs-becs anglais dans leur pousse-pousse tirés par des boys cataboliques rongés de tuberculose, suant sous l'effort, mal nourris, bâillonnés de masques de gaze pour éviter d'incommoder leurs maîtres européens.

4.
Des rues, Nicholaï apprit la mélodie de cette ville que les Occidentaux s'étaient appropriée. Il vit les jeunes et arrogants blancs-becs anglais dans leur pousse-pousse tirés par des boys cataboliques rongeant des tubercules, suant sous l'effort, mal nourris, bâillonnés de masques de gaze pour éviter d'incommoder leurs maîtres européens.

5.
Des rues, Nicholaï apprit la mélodie de cette ville que les Occidentaux s'étaient appropriée. Il vit les jeunes et arrogants blancs-becs anglais dans leur pousse-pousse tirés par quelques boys cataboliques rongeant des tubercules, puant sous l'effort, mal nourris, bâillonnés de gaze pour éviter d'incommoder leurs maîtres européens masqués.

6.
Des rues, Nicholaï apprit la mélodie de cette ville que les Occidentaux s'étaient appropriée. Il vit les jeunes et arrogants blancs-becs anglais dans leur pousse-pousse tirés par quelques boys cataboliques mal nourris rongeant des tubercules, puant sous l'effort, bâillonnés de gaze incommodante pour imiter leurs maîtres européens masqués.

7.
Des rues, Nicholaï apprit la mélodie de cette ville que les Occidentaux s'étaient appropriée. Il vit les jeunes et arrogants blancs-becs anglais dans leur pousse-pousse tirés par quelques boys cataboliques mal nourris rongeant des tubercules, puant sous l'effort, ballonnés de gaz incommodants pour imiter leurs maîtres européens masqués.

8.
Des rues, Nicholaï apprit la mélodie de cette ville que les Occidentaux s'étaient appropriée. Il vit les jeunes et arrogants anglais empestant du bec dans leur pousse-pousse tirés par quelques boys cataboliques mal nourris rongeant des tubercules, puant sous l'effort, ballonnés de gaz incommodants pour imiter leurs maîtres européens masqués.

9.
Des rues, Nicholaï apprit la mélodie de cette ville que les Occidentaux s'étaient appropriée. Il vit les jeunes et arrogants anglais puant du bec, pétant dans leur pousse-pousse, tirés par quelques boys cataboliques mal nourris rongeant des tubercules, empestant sous l'effort, ballonnés de gaz incommodants comme pour imiter leurs maîtres européens masqués.

10.
Des rues, Nicholaï apprit la mélodie de cette ville que les Occidentaux s'étaient appropriée. Il vit les jeunes et arrogants anglais puant du bec, pétant dans leur pousse-pousse, tirés par quelques boys cataboliques mal nourris rongeant des tubercules, empestant sous l'effort, ballonnés de gaz incommodants comme pour imiter leurs maîtres européens musqués.

mardi 16 juin 2009

597. autoportrait à la plume

Tourne et flotte, suspendue, file et virevolte et monte oui monte, dans l'atmosphère claire et calme elle s'élève, fixée à l'invisible oiseau, à son imperceptible empreinte, monte et redescend, formes et dessins, avance, monte et redescend, signes et caractères, revient, recommence, retour en arrière, redescend, recommence en lignes et points, descend mais à son rythme on dirait, élégance ou chichi, à coup sûr esbroufe, tranquillement jouerait, faire la nique à la gravité, différer la chute, direction la surface dans laquelle tôt ou tard elle se fiche, plume légère comme un soc.

Se fiche et n'en reste pas là. La surface aussi a sa profondeur, la plume l'explore, trace un sillon irrégulier, tourne et flotte, suspendue, file et virevolte et monte et redescend, appuie, laboure, en creux l'improbable portrait s'émousse sous l'or du Meisterstück au profil d'oiseau, plume légère comme un soc, blanc du ciel inexorable danse, pleins et déliés, blanc pelucheux de la page du calepin.

lundi 15 juin 2009

596. A, B, C (s, s, s)

A.
sa faiblesse est sa force
Jamais aussi fort quand il ne l'est pas et file entre les doigts ses propres doigts et se dérobe, insaisissable, pendant que glisse à la surface lisse le canard, n'ayant ni forme ni consistance à lui il les a toutes, épousant les berges au plus près et le fond, creux et bosses, aspérités, là à l'instant paisiblement le canard berce et pourtant, capable en un instant de charrier rochers arbres et idées, de creuser évidences et rives, insouciant du feu, jamais aussi fort quand il ne l'est pas se dérobe et fuit, vers le bas toujours, c'est sa force, prêt à tout emporter sur son passage et le canard, jamais aussi fort lorsqu'il est en eau, entraînant tout et le canard de plastique jaune, Albin soi-même jeté dans la bonde avec l'eau du bain, jamais plus fort que lorsqu'il prend son bain, aussitôt plus d'Albin, glouglou, fluide et fuyant, glouglouglou, métamorphosé.

B.
syllogisme à peu près à perpète
...donc toute règle souffre son exception y compris celle-ci donc toute règle ne souffre pas son exception y compris celle-ci donc toute règle souffre son exception y compris celle-ci donc toute règle ne souffre pas son exception y compris celle-ci...

C.
sortir du bureau
Le bureau lui est indispensable mais parfois, lorsqu'il y est trop longtemps enfermé, ce n'est pas qu'il y étouffe, pas du tout, qu'il est pris d'un furieux désir d'évasion, non, ce n'est pas, à peine un léger manque de recul et alors, pour avoir du bureau une autre perspective, porter sur lui un regard frais, Albin ouvre un livre au hasard dans le rayonnage, Le Bureau du roi du Marquis de Noailles, Le Bureau du XXI° siècle de Jeremy Myerson, Le Bureau des rêveries de C.J. Gignoux, Le Bureau des gaffes en gros de Franquin, Le Bureau des atrocités de Charles Stross, Le Bureau de Jean Claverie, Le Bureau de Claude Sérillon, Le Bureau chez soi de Sarah Gavenin... parmi ceux-là et quelques autres, Albin en a une étagère entière à cet effet plus dans un vieux calepin trois quatre notes éparses, il projette un ouvrage global sur le thème, dans le genre Le Bureau d'Albin de A jusqu'à Z, a également en vue toujours sur le sujet des opuscules spécialisés à destination d'un public ciblé, Mille ans d'histoire du Bureau d'Albin, Le Bureau d'Albin raconté à ma fille, Petite philosophie du Bureau d'Albin, Les mots du Bureau d'Albin, Le Bureau d'Albin pour les Nuls...

dimanche 14 juin 2009

595. anche albin dimanche albin dimanche alb

sérigraphie
Procédé de dilution de l'illusion par sa mise à plat répétée.


pioche dominicale

Si vous voulez tout savoir sur Andy Warhol, v
ous n'avez qu'à regarder la surface de mes peintures, de mes films, de moi. Me voilà. Il n'y a rien dessous.
Andy Warhol

samedi 13 juin 2009

594. double (2)

éthylique 2
Boit pour se dédoubler s'oublier.

chimique
L'original se dissout dans le double.

optique
Albin : diplopie ou vue de l'esprit ?

éthylique 3
Et pour Albin ce sera ?
Un double.

vendredi 12 juin 2009

593. double (1)

arithmétique
2 = 1 + 1
Deux abolit un.

métaphysique
Albin trompe sa solitude avec son double.

éthylique 1
Boit pour se dédoubler se mesurer.

métrique
Se mesurer à l'aune d'un étalon original : faire de son double une unité de mesure.

jeudi 11 juin 2009

592. le contrepet adverbialement

Incidemment Christophe Colomb découvrirait l'Amérique par les Indes inexplicablement Albin entreprendrait d'expliquer justement à Bob comment précisément ce philosophe contemporain selon son expression exactement fut curieusement conduit à passer par la Chine pour lire le grec Bob cavalièrement l'interrompt présentement arriverait par la zone susdite pédestrement répète pédestrement lourdement sourit idem laissant Albin silencieusement mais néanmoins résolument anéanti ou peut-être grandement consterné difficilement dicible.

mercredi 10 juin 2009

591. glorieuse incertitude du sport et diététique

...alors toujours d'accord fait Bob au bout du fil je passe te prendre 6 heures demain matin le vélo d'intérieur c'est gentil mais zéro question oxygène rien ne vaut le grand air pour la santé les performances le toutim tu as tout préparé tu es bien sûr rien oublié casquette vêtement de pluie boyaux on sait quand on part pas quand on revient et puis c'est pas toujours facile on en verra des vertes et des pas mûres des hauts des bas n'oublie pas l'en-cas et les remontants caféine antalgiques on en verra des hauts des bas-reliefs des rondes bosses n'oublie pas gouge fermoir néron burin ciseau gradine pointe et pic on verra des rondes bosses des bosses plus ou moins rondes des creux de la vague n'oublie pas planche et palmes on en verra du swell pointbreaks et déferlantes ni trop long ni trop court le leash combi lycra détendeur et masque et tuba des creux des crêtes des vallées des sommets de la route droite et des pentes fortes 3 500 bornes 21 étapes 7 de montagne 3 contre la montre n'oublie pas poches de sang patch de testostérone insuline EPO hormone de croissance... il ne sait plus s'il va rouler sa bosse, simplement exister, se la couler parfois douce parfois dure, faire de la randonnée ou de sa vie une œuvre d'art, suivre un stage Terre & Bois, sculpture, à moins que ce ne soit surf, plongée, courir le monde ou le Tour de France, décidément le cassoulet le soir ne lui vaut rien Albin tourne et retourne dans son lit un coup dans le rêve un coup dans la veille, un coup à dégrossir sa statue de sable, un coup en apnée un coup dans le Tour et quel coup de pédale et quel tour ! un tour complet dans le présent un demi-tour dans le passé carrément trois petits tours dans la postérité et puis s'en va il faut dire qu'elle ne lésine pas, Madame Marcel, épaule d'agneau, échine et poitrine de porc, confit de canard plus couenne de porc, plus graisse de canard, sans parler du cahors...

mardi 9 juin 2009

590. sur un plateau

...sacré beau ciel bleu aujourd'hui, et toi comment ça va, tu as repris... ça ne mange pas de pain ces petits échanges, beau temps, comment ça va, on le sait mutuellement qu'on n'a rien à se dire, rien d'autre que ces clichés sur le temps la santé ils se ramènent d'eux-mêmes du tac au tac questions réponses on connaît ça par cœur en roue libre tranquille, peinard dans la bordure, c'est reposant.
Avec ce client-là on croit on pense avoir quelque chose à se dire mais quoi ? on ne sait pas, on ne sait pas vraiment quoi alors on cherche on cherche on cherche, jusqu'à l'originalité c'est à dire du côté des stéréotypes moins courus, l'actualité du sport, par exemple, chacun en fait autant il faut surprendre l'autre et s'expliquer, flinguer en mettant tout à droite, le grand braquet, 55 x 11 au moins et ça fatigue, et ça creuse, gare à la fringale.
Et puis ça monte d'un cran deux dents et davantage, dans le raidard on étale sa culture, plus qu'à dire on a quelque chose à prouver, encore plus haut, souffle court on pédale à se faire péter les varices, quasiment dans le rouge, gaffe.
Pour finir on se retrouve seul ; et là, pour se surprendre c'est pas de la tarte ses tics on les sait ad unguem et le connu c'est bien connu trop connu effraie plus que la nouveauté on met la gomme uniquement pour se fuir, fuir le temps, on met la grosse, 58, contre la montre il faut bien ça, devant l'armoire-miroir de la chambre Albin après des mois d'interruption attaque péniblement, vélo d'appartement, première scéance, tout en échangeant avec Bob trois quatre mots sur le portable, sacré beau ciel bleu aujourd'hui et toi comment ça va tu as repris le vélo ? ça sent son Tour de France c'est pour bientôt bien sûr que je le sais oublié ? tu plaisantes à ce propos si je te dis Briançon-Aix les Bains 58 tu me réponds quoi ?

lundi 8 juin 2009

589. faire et ne pas être (1)

Ce qu'Albin est...

manœuvre : 1. il exécute avec sa main des travaux n'exigeant pas de connaissances professionnelles spéciales.
2. il est un ouvrier sans spécialité (qui n'est pas sans rappeler l'homme sans qualités.)
3. Fig. Travail de manœuvre, qui ne demande aucune initiative, aucun talent.

terrassier : 1. prépare le terrain -mais pour quoi ?
2. fait avant (pré) ; fait avant de faire à proprement parler -mais de faire quoi ? (La fabrique du pré).
3. creuse ; parfois paraît fugitivement en creux.

journalier : 1. espèce d'ouvrier agricole travaillant à la journée (Albin creuse -le sillon de- sa parole dans le champ du langage).

Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'oût :
Creusez, fouillez, bêchez ; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse.

2. il (se) fait quotidiennement (bien chié, Albin ?)

...se confond avec ce qu'Albin fait.

dimanche 7 juin 2009

588. albin dimanche

pioche dominicale
Sous le haut gaillard, elles adorent trouver l'enfant... bref neuf dixièmes de gorille et un dixième d'orphelin leur font tourner la tête.

Dieu ne pouvait pas être partout alors il a créé la mère.


Tout le monde ne peut pas être orphelin !


american dream
Prenant, l'un la mer pour l'Inde, l'autre pour son père ou bien c'est l'inverse son père pour sa mère, Cristóbal Colón sur son hippocampe en cheval de Troie Albin chocolat, quatre cinq six Albin aux cerises, sept huit neuf dans un panier neuf, dix onze douze treize à la douzaine yes Albin you can Albin va se battre Albin prend sa canne, maman tu m'as vu ? et pêche un mérou.

samedi 6 juin 2009

587. de la fragilité des certitudes (qui est quoi)


Un humain qui a passé les cinq premières années de sa vie avec des chiens ne parle pas : privé du verbe il est privé de tout ; sans univers il n'est plus rien.
Un chien passe sa vie entière auprès des humains : il ne lui manque que la parole.


L'humain qui passe les cinq premières années de sa vie avec des chiens ne parle pas.
Le chien qui passe sa vie entière près des humains ne parle pas.
Deux anges passent.


Le chien qui passe sa vie près des humains aboie.
Un humain qui vit ses premières années en compagnie de chiens aboie.
La caravane repasse.


trop c'est trop
l'ange en reste sans voix*
crotte !
le chien aux abois
jusqu'au dernier chameau la dernière goutte
de la dernière outre
l'avale et la boit
et rote
(aaarrrhhh !) :
la caravane ne passe pas.

(*) sans voix et sans sexe
perplexe

vendredi 5 juin 2009

586. kiprokov

Tout en changeant ses escarpins pour des ballerines qu'elle range dans le placard du débarras Madame Marcel ressasse une histoire de chiens pendant qu'à petits pas pressés vers le bureau Albin demande s'il s'agit encore et toujours de la peluche qui bave et n'avance pas il veut parler du gros chien de Broutin.
Vous n'avez pas lu cette histoire de chiens russes ? fait Madame Marcel et déjà s'affaire en cuisine.
Ah c'est donc ça, Charikov, fait Albin et s'installe au bureau.
Je ne sais pas où exactement mais en Russie.
Je l'ai lue il y a longtemps, la nouvelle de Boulgakov.
Cinq ans et elle n'est pas sortie une seule fois, cinq ans avec pour seule compagnie des chiens.
Cœur de chien, c'est le titre, l'histoire d'un bâtard reccueilli par le professeur Filip Filippovitch...
Elle mange à même le sol, vous imaginez !
...il lui apprend à manger à table, vous vous rendez compte, à table comme vous et moi...
Et elle ne parle pas, elle aboie ! C'est écrit dans le journal...
...et à lire, il lui apprend à lire, Charikov le chien lit le journal, boit de la vodka et mange à table, à ce propos Madame Marcel...
Vous me parlez ?
Vous me feriez un de ces jours un koulibiac de saumon ?
Dans le journal ils ne précisent pas ils disent comme les chiens...
Avec de la crème fraîche parfumée à l'aneth...

jeudi 4 juin 2009

585. savantes

...recueil polymorphe écrit sur plusieurs siècles en diverses langues par un nombre indéterminé d'auteurs anonymes dont le héros incarne dans ce long texte tissé de multiples fragments hétéroclites (contexte, époque et auteurs différents) tout l’éventail de l’amusante plaisanterie. Sous l’argument de la métamorphose certains ont vu pointer une parodie de certains genres littéraires...

...vaste texte, divisé en plusieurs centaines de billets composées à diverses époques, et par divers auteurs. Deux par exemple sont attribuées à Pierre de Saint-Cloud, qui écrivait au début du XIIIe siècle, une à Richard de Lison, une autre à un curé de la Croix-en-Brie, une autre encore à un trouvère champenois du XIVe siècle...

...des savants allemands qui cherchèrent les premiers l'origine du texte y virent une allusion à certains événements accomplis dans leur pays. Eckhart au XVIIIe siècle, et Mone au XIXe siècle, ont supposé que Broutin était Zwentibrouten, fils de l'empereur Arnulf et roi de Lorraine, qui fut en guerre avec un ministre nommé Albinarius, issu comme lui du sang de Charlemagne. Cette hypothèse a été combattue par Raynouard...

...remonte à beaucoup plus haut que les manuscrits qui nous en ont été conservés et qui sont du XIIIe, XIVe, XIXe, XXe et XXIe siècle. Plusieurs des fables mises en oeuvre par les trouvères appartiennent au VIIIe mais il n'y a pas trace, avant le XIIe, d'un document qui attesterait l'existence du texte dans une langue quelconque. C'est à cette époque qu'il faut placer deux poèmes latins qui paraissent avoir été composés en Flandre. Vers le milieu du même siècle, Heinrich de Glichesoere composa un Albin allemand, dont le texte n'existe plus, mais qui servit de modèle à d'autres poètes de la même nation. Enfin, dès les premières années du XIIe siècle, la tradition d'Albin était populaire en France. L'idée même d'Albin est-elle française ou germanique ? Faute de savoir répondre, on a longtemps dit qu'elle semblait être née non loin du Rhin. Jusqu'à ce qu'on en identifie une version en Inde...

...poème allégorique et satirique fort célèbre. Les héros en sont Albin et Madame Marcel. Autour d'eux se meut tout un monde qui est l'image de la société, avec sa hiérarchie, ses préjugés, ses moeurs et ses lois :
Bob, Broutin, la boulangère, le factotum, etc. sans oublier les mille métamorphoses...

Albin redécouvre ces études oubliées, pertinentes et pointues, d'il ne sait plus quels spécialistes. Le verdict du calepin retrouvé par hasard tout au fond du troisième tiroir en bas à gauche de son bureau est sans appel : son écriture d'alors était bien plus lisible.

mercredi 3 juin 2009

584. pour en finir avec l'évolution

Le mouvement n'est qu'un moment de l'immobilité dit Albin ammonite ou bien c'est l'inverse lui répond Albin escargot.

Plus spirale que cercle Albin sans cesse s'éloigne vers son point de départ.

Dire qu'Albin de métamorphose en métamorphose revient où qu'il aille d'où qu'il vienne toujours au même ou qu'il en est toujours au même point ou encore vu qu'il ne peut être en tant qu'objet singulier comparé qu'à lui-même qu'il est toujours le même ou qu'il n'y pas d'Albin revient en fait au même.

Albin est là, rien d'autre.
Rien d'autre, Albin n'y est pas.

Pour se distraire de la laborieuse écriture de son roman Années noires Albin a décidé de rédiger un Traité du Mouvement et de l'Immobilité mais roman ou traité rien ne change ça n'avance pas.


rien à voir
...ce point central de l'âme où le oui ne peut qu'être éternel...

mardi 2 juin 2009

583. albin transformiste (2)

à venir...

En deux mots :
Sur l'évolution, toujours, comme le précédent billet.

(Ne pas s'attendre à des changements notables ou modifications spectaculaires par rapport au 582. Albin transformiste (1), juste une adaptation discrète.)

583. albin transformiste (2)

matière et idée
L'évolution, soit l'idée qu'on se fait de l'évolution, procède elle-même des idées de progrès et de perfection.
Evoluer c'est aller voir ailleurs si l'on y est.
Ou encore : sortir de l'animalité.
Dit vulgairement : on est dans la merde il faut s'en sortir.
Bien chié ? demande sa mère à un Albin peu évolué.

évolution et création
L'évolution fuite en avant vers l'improbable perfection que la création libéralement nous a accordée.

La création : c'est parfait.
L'évolution : peut mieux faire.

L'évolution : remettre à demain la perfection originelle.
L'évolution création bourgeoise : la perfection se gagne on ne l'atteint jamais.

intelligent design
On va vers le parfait ce n'est pas par hasard dit le dessein intelligent qui concilie évolution et création. Insuffisant aux yeux d'Albin.
Pour les Cathares le monde visible était une création du diable. Hypothèse d'Albin : le dessein malin, processus d'involution menant les espèces vers le pire.

lundi 1 juin 2009

582. albin transformiste (1)

Quand il entend le mot évolution Albin se fige.

La coquille d'Albin fossile est enroulée en spirale plane à tours jointifs, enroulement dit évolute lorsque le recouvrement d'un tour à l'autre est faible, involute lorsqu'il est important.

Contrairement à l'évolution la métamorphose est aléatoire, réversible, n'a aucun sens ni derrière ni devant, ni passé ni avenir, no future.

Le dimanche Albin tourne en rond pour son jogging mais pas seulement : on l'a toujours connu plus cercle que spirale.

Métamorphose ou l'éternel travestissement du même.

Plus qu'une réalité aujourd'hui comme hier égale à elle-même ce qui a indéniablement évolué au cours des siècles c'est l'idée d'évolution.

dimanche 31 mai 2009

581. albin dimanche

creuser sa langue
On donne pour origine à cette expression qu'un journalier qui terrassait, levant trop brutalement sa pioche, fut pris d'un malaise subit. L'outil qu'il tenait en l'air lourdement tomba, se brisant dans la chute.

Alerté par le bruit le contremaître se précipita. Voyant les deux morceaux de pioche de chaque côté de l'ouvrier inerte il marmonna mâchoires serrées, tiens il l'a cassée. Ce fut tout : son cœur n'avait pas résisté aussi sec le chef trépassa. On la croyait aux dents scellée après le cœur c'est la pipe qui lâcha.

Tiens il l'a cassée, fit le journalier remis de son malaise au spectacle des deux bouts de pipe de part et d'autre du contremaître inanimé. Puis tout net sous le choc clabota.

samedi 30 mai 2009

580. ou encore (variante du billet 577)

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3.
les mêmes tics sur sa raideur cadavérique (du mécanique plaqué sur du mort).
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5. métamorphoses : procédé pour endimancher la rigidité.

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9. momie fantôme ou zombi ?

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Triste simulacre étriqué et creux errant dans un ersatz d'univers voilà Albin.

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Regard ailleurs, sourire lointain, la vendeuse murmure son habituel au revoir, Albin ne répond pas, dos voûté, front plissé et les yeux le nez dans la lettre de cet étudiant qui lui expose sèchement les grandes lignes de son projet de thèse Albin ou l'indigence du mensonge tout en lui conseillant de raccrocher, mille ans ! il aurait dû le lâcher depuis longtemps le calepin.

Baguette dans la main droite, dans la gauche cette lettre le nez les yeux plus que jamais dedans, la porte, l'escalier extérieur, patatras rate une marche Albin se réveille en sursaut.


vendredi 29 mai 2009

579. ou bien (variante du 577)

6. Le Beau d'Albin-écrit en aucun cas extrait ou abstrait d'un Albin réel non artistique qui serait aussi beau mais d'abord autre chose.
Le Beau d'Albin-écrit : aucune existence en dehors du texte.
Créé par le narrateur qui n'est autre qu'Albin soi-même soit Albin-écrit, Albin-écrit lui-même surtout pas Albin en personne.

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4. Ce Beau n'existait pas avant lui n'existe pas en dehors de lui qui n'existe pas en dehors du Beau ce Beau-là.
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2. N'existant pas hors Albin-écrit le Beau d'Albin ne peut être plus riche ou réel que dans le texte qui est son seul et unique contexte.
Ce Beau-là : un beau réel concret.

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Albin serait un univers en soi, objectif et complet, concret.

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Regard ailleurs, sourire lointain, la vendeuse murmure son habituel au revoir, Albin ne répond pas, pousse la porte, descend l'escalier extérieur sourire aux lèvres et les yeux, le nez dans la belle lettre de cet étudiant qui sollicite un rendez-vous, aimerait lui soumettre son projet de thèse Le Beau d'Albin dont il expose ici les grandes lignes.

Baguette à la main, lettre ouverte dans l'autre, Albin s'arrête tourné vers le soleil, ferme les yeux, après un temps croque et déglutit. Ravissement sur son visage, l'inimitable savoureux du croustillant, à petits pas pressés s'éloigne en chantonnant.

jeudi 28 mai 2009

578. P.-S.

N'en finit pas sur un ton carrément cavalier maintenant question entre autres de thèse trop difficile à avaler plus loin de cracher le morceau des sous-entendus de ce tonneau-là il en passe Albin n'apprécie pas vraiment l'ironie il a régurgité séché défroissé la lettre interminable de l'étudiant qui sollicite un rendez-vous paradoxe de qui joue avec l'incertitude et ne doute de rien paradoxe vraiment ? donc défripé puis lu le post-scriptum dans un premier temps volontairement ou pas oublié non ne l'apprécie pas vraiment il tient ce trait de son grand-oncle oursin prompt à se hérisser sa cousine anémone n'était pas la dernière à se refermer à la moindre alluvion tous deux pétris de vertus subalternes astringentes et lui n'apprécie pas vraiment surtout quand elle le vise doublée de jeux de mots miteux.

mercredi 27 mai 2009

577. du mensonge comme seule réalité

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3. rapport entre un Albin représenté (à partir d'un Albin réel) et donc nécessairement abstrait (d'un contexte) et subjectif (représentation de l'attitude ou/et de l'impression produite par Albin sur le narrateur)

et un Albin hyper-réel -l'idée que le lecteur se fait des mots, le sens qu'il leur donne.
(réalisme = exercice à trous ; le lecteur comble vides et creux)
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7. Fiction/Autofiction/Albin
Fiction, de feindre : à l'origine mensonge ; plus tard fait iminaginé ou création de l'imagination en littérature.

Autofiction : à l'inverse de l'autobiographie qui dit le vrai, mise en scène de l'auteur par lui -même dans des situations fictives.

Albin : auteur et situations fictives (sans retour au personnage).
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10. Pourquoi Albin n'avance pas dans la rédaction du roman Années noires.
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15. Le contexte d'Albin (1)
-Madame Marcel et Bob
-le septième et la boulangerie
-le présent.

16. Le contexte d'Albin (2)
Profondeur et planéité (réel et papier).
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21. Albin : le mot de cinq lettres
soit la matière (à la fois substance et matière fécale).
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25. Albin
Al-bin
Al NIB
ALL NIB
Tout et rien équivalents (tout est rien).

26. ALBIN
LBINA
L bina
Albin c'est L
Albin bina :
a) piocha
b) célébra deux (ou plusieurs) messes en même temps en deux (ou plusieurs) endroits différents.
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32.
a) création : chose en soi (indépendemment de la personnalité du créateur)
b) Albin n'existe pas donc est objectif et concret.
c) Albin s'autoproduit (n'est pas autofiction mais autoproduction)
d) Albin n'est pas Albin mais un genre littéraire.
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Albin ne serait pas l'abstraction d'un Albin existant (en dehors de l'Albin de mots et de papier) mais au contraire un univers en soi, objectif et complet, concret.
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Regard ailleurs, sourire lointain, la vendeuse murmure son habituel au revoir, Albin ne répond pas, pousse la porte, descend l'escalier extérieur dos voûté, front plissé et les yeux, le nez dans l'interminable lettre de cet étudiant qui sollicite un rendez-vous, aimerait lui soumettre son projet de thèse Albin ou le mensonge comme seule réalité dont il expose ici les grandes lignes.

Baguette à la main Albin s'arrête et se gratte la tête, roule machinalement la lettre en boule dans l'autre main, ferme les yeux.

Après un temps croque et déglutit. Désarroi sur son visage : le savoureux du croustillant ? l'inconsistant fadasse du papier ? Désespérément cherche, creuse et rien, ne sait plus.

mardi 26 mai 2009

576. variations et contrepoint

Sur Variations et contrepoint

Variation 52.

Patrick
exp(l)ose

lundi 25 mai 2009

575. écrire, dit-il (2)

Parfois il en est sûr sent qu'il a dit écrit quelque chose d'essentiel, quelque chose de crucial qui lui donnerait la clef, la clef oui de l'énigme, mais quand, mais quoi, pour le savoir macache alors cherche et fouille, se remémore, compulse et recompulse son calepin, creuse et pioche en vain pour finir renonce de toutes façons en quoi pourrait-elle consister n'en a pas le début de la moindre idée Albin de l'énigme ignore tout.

Commencer chaque phrase par telle lettre, caser dans son billet tel mot, telle citation, écrire en hendécasyllabes, vers réguliers rimés, alexandrins greffés, plus en vrac exercices de style, acronymes, virelangues, allitérations, hypertropes, antérimes, lipogrammes, il ne va pas toutes les énumérer si Albin s'impose des contraintes c'est moins pour une question de forme que pour dire autrement ce qu'il a à dire et donc, le procédé appelant le contenu, en le disant d'une autre manière exprimera forcément autre chose que ce qu'il voulait dire et ce sera du neuf, de l'inédit, de l'inouï, de l'insoupçonné...
Et puis se relit.

...sur son carnet, ce territoire dont les mots plus ou moins délimitent les contours mouvants, ainsi se définissait-il, quelques mots au crayon sur son carnet et déjà n'est plus incarné n'est plus un carnet, carnes, carmes, carmen, carmin, cardin, cardon, carton, craton, crayon, quelques mots au crayon...

dimanche 24 mai 2009

574. albin dimanche

pioche dominicale minima
La véritable nature d'Albin lui permettait d'entretenir des relations privilégiées avec les plumes aussi bien qu'avec les poils, ce qui n'excluait ni les coups de gueule ni les prises de bec.

samedi 23 mai 2009

573. écrire, dit-il (1)

Tu ne vis pas pour elle elle ne te fait pas vivre tu n'y mets pas ce que tu vis tu ne vis pas ce que tu y mets alors pourquoi interroge Bob il veut parler de l'écriture.
Albin fait pprrrt, pprrrt ou pffftt, écarquille les yeux, hausse les sourcils, pour rien, comme ça c'est tout, simplement vit comme ça, en écrivant, ou bien veut écrire qu'il vit et qu'on le croie ou qu'il y croie lui-même enfin peut-être, ne sait pas trop.

Ce goût d'écrire lui est venu quand n'en sait pas davantage ou c'est peut-être enfant chez sa grand-mère à la campagne ce vieux calepin pris dans la double feuille médiane par une ficelle fixée au clou sur une planche du mur de la cabane au fond du jardin.

Comme il n'avait pas d'imagination il se mit à écrire un roman avec beaucoup de pages, de personnages, d'aventures et de rebondissements.

Albin est ce territoire dont les mots plus ou moins définissent les contours mouvants.

vendredi 22 mai 2009

572. définitions

définition 1
Souvenirs : tranches de temps indigestes ; s'esquinter en vain à les partager.

définition 2
Albin : tentative désordonnée de dictionnaire.

définition 3
Ignorance : seul rapport possible à Albin.

définition 4
Faux pas/faut pas : trébuchements homophones.

définition 5
Spontanéité : manière de faire ce que l'on fait exactement comme on a appris à le faire quand on a oublié comment il faut le faire.

définition 6
Histoire : sorte de plaisanterie. L'histoire est le propre de l'homme.

définition 7
Invention : mode de connaissance. Le seul moyen d’approcher Albin est de l’inventer.

jeudi 21 mai 2009

571. en quelques mots

roussi
Cherche et s'agace, Albin, un goût si familier et pas moyen de mettre un nom dessus, il ne connaît que lui, que lui, ce goût de cramé du mot qui attache au bout de la langue.

justement
Rien de plus juste que le mot, personne.

au commencement
Avant de mettre un pied Albin mettait un mot devant l'autre, Albin parlait avant de marcher ; avant même de parler parlait. Avant de faire faisait des phrases.

charme
Ô miracle, l'enchantement se réalisait : chaque fois qu'il ouvrait la bouche un mot en sortait.

baveux
Livré pieds et poings liés à la langue Albin léché.

mercredi 20 mai 2009

570. beau et chaud

Bob : Combien de mots, ta réponse, tu le sais ?
Albin : Oui.
Bob : Bien sûr, tu le sais. Plus de six ?
Albin : Non.
Bob : Combien ?
Albin : 1.
Bob : Autre chose : comment tu le trouves, mon chapeau ?
Albin : 7-1-9 ?
Bob : Oui.
Albin : Tu l'as acheté hier ?
Bob : Non.
Albin : Tu en as déjà cent, des chapeaux.
Bob : 28.
Albin : Seulement ?

Bob après un temps : C'est déjà pas si mal, vingt-huit...
Albin qui s'impatiente : Mais non, tu ne peux pas répondre ça...
Bob : Excuse-moi. C'est que... je m'y perds un peu, vois-tu.
Albin : C'est pourtant simple :
A) L'un pose une question.
B) L'autre répond alternativement a) OUI ; b) NON ; c) un nombre ; d) plusieurs nombres.
C) A la fin de la série on inverse les rôles.

Il fait beau et trop chaud. Bob et Albin s'inventent un jeu pour passer le temps dans le septième climatisé.

mardi 19 mai 2009

569. le choix d'albin

à la télé ce soir

France 5 :
Transexuel en Iran.
Albin c'est elle.

M6 :
Nouvelle star.
Malgré tout pleins d'espoir, figurants obstinés refusant de croire ce qu'ils savent, ce que tout le monde sait : Albin est connu d'avance.

Direct 8 :

Albin le barbare.
Être Albin et vivre dans une serre.

lundi 18 mai 2009

568. enregistrer un commentaire sur albin journalier

Anonyme 1 a dit...
Mais d'abord, c'est quoi un commentaire ?
18 mai 2009 21: 01

Anonyme 2 a dit...
Le commentaire d'un texte c'est en quelque sorte la critique d'un texte, non ?
18 mai 2009 21: 32

Oscar W. a dit...
Une critique c'est ni plus ni moins le point de départ pour une nouvelle création et non pas la révélation par l'analyse d'un hypothétique sens caché d'un texte. La critique n'est pas affaire d'objectivité, le vrai critique n'est ni impartial, ni sincère, ni rationnel. La critique doit se faire œuvre d'art, et ne peut dès lors se réaliser que dans le subjectif.
18 mai 2009 21: 54


Charles-Augustin S-B. a dit...
Un texte est avant tout le reflet de la vie de celui qui l'écrit et peut s'expliquer par elle.
18 mai 2009 22 : 18

Oscar W. a dit...
La critique est la forme la plus pure de l'expression personnelle. Elle ne peut caractériser l'art aux moyens de canons prétendument objectifs; elle doit bien plutôt en montrer la singularité.
18 mai 2009 22:25

Marcel P. a dit...
Contre Charles-Augustin S-B et pour parler par exemple d'écrivains que j'admire, Nerval, Baudelaire, Balzac, je dirai que l'œuvre d'un écrivain n'est pas le reflet de sa vie et ne peut pas s'expliquer par elle. L'homme qui fait des vers et celui qui cause dans un salon n'est pas la même personne.
18 mai 2009 22 : 36

Anonyme a dit...
Si on revenait aux COMMENTAIRES ?
18 mai 2009 22 : 38

Jean-Paul S. a dit..

Je serais plutôt d'accord avec S-B. Il y a un lien direct entre l'écrivain et ce qu'il écrit. Un texte est synonyme d'engagement et pour cette raison la pensée et les idées de l'auteur se reflètent dans ses écrits.

18 mai 2009 22 : 48

Emil-Michel C. a dit...

Tout commentaire est mauvais ou inutile car tout ce qui n'est pas direct est nul.

18 mai 2009 23 : 16

Oscar W. a dit...
Le but premier du critique est de voir la réalité telle qu'elle n'est décidément pas.
18 mai 2009 23 : 18

Albert C. a dit...

En même temps que les secours envoyés par air et par route, tous les soirs, sur les ondes ou dans la presse, des commentaires apitoyés ou admiratifs s'abattaient sur la cité.

18 mai 2009 23 : 22

Anonyme a dit...

@ Albert C. : Je ne vois pas le rapport !

18 mai 2009 23 : 26

Georges S. a dit...

Il y a des livres dans lesquels les notes en bas de page, ou les commentaires griffonnés dans la marge par quelque lecteur, sont plus intéressants que le texte. La plupart des blogs sont dans ce cas.

18 mai 2009 23 : 30

Igor Fédorovitch S. a dit...
Le seul véritable commentaire d'un morceau de musique est un autre morceau de musique.
18 mai 2009 23 : 41

Anonyme a dit...
@ Igor F. S. : en résumé tu es d'accord avec Marcel P. ? ou avec Oscar W. ? ou avec Charles-Augustin S-B ?
18 mai 2009 23 : 48

Igor Fédorovitch S. a dit...
En quelque sorte.
18 mai 2009 23 : 59

dimanche 17 mai 2009

567. albin dimanche

pioche dominicale 1
On avait découvert son corps dans la cave d'un hôtel louche où ne fréquentaient que des gens totalement dépourvus de moyens d'existence. Le commissaire de police me demanda si je pouvais reconnaître le cadavre. Je l'apercevais par l'entrebâillement de la porte. La blessure était vraiment impressionnante. A partir de la pomme d'Adam jusqu'au dessous du nombril, il était ouvert -comme un livre.

pioche dominicale 2

Il naquit d'un zèbre, il naquit d'une truie, il naquit d'une guenon empaillée, une jambe accrochée à un faux cocotier et l'autre pendante, il en sortit plein d'une odeur d'étoupe et se mit à brailler et à siffler dans le bureau du naturaliste qui s'élança sur lui avec le dessein évident de l'empailler, mais il lui fit faux bond et naquit dans un parfait silence d'un fœtus qui se trouvait au fond d'un bocal, il lui sortit de la tête, une énorme tête spongieuse plus douce qu'un utérus où il mijota son affaire pendant plus de trois semaines, puis il naquit lestement d'une souris vivante, car il fallait se presser, le naturaliste ayant eu vent de quelque chose ; puis il naquit d'un obus qui éclata en l'air ; puis se sentant toujours observé, il trouva le moyen de naître d'une frégate et passa l'océan sous ses plumes, puis dans la première île venue naquit dans le premier être venu et c'était une tortue, mais comme il grandissait il s'aperçut que c'était le moyeu d'un ancien fiacre transporté là par des colons portugais. Alors il naquit d'une vache, c'est plus doux, puis d'un lézard géant de la Nouvelle Guinée, gros comme un âne, puis il naquit pour la seconde fois d'une femme, et faisant cela il songeait à l'avenir car c'est encore les femmes qu'il connaissait le mieux, et avec lesquelles plus tard il serait le plus à l'aise, et déjà maintenant regardait cette poitrine si douce et si pleine, en faisant les petites comparaisons que lui permettait son expérience déjà longue.

pioche dominicale 3
La fortune encore une fois, la fortune à la langue d'huile ayant lavé mes blessures, la fortune comme un cheveu qu'on prend et qu'on tresserait avec les siens, m'ayant pris et m'ayant uni indissolublement à elle, tout à coup comme déjà je trempais dans la joie, tout à coup la Mort vint et dit : "Il est temps. Viens." La Mort, à tout jamais la Mort maintenant.

dialogue dominical

Bob : Tu cherches quoi exactement, une épitaphe, un constat, un avis de décès, un faire-part de naissance ?
Albin : Je cherche une différence et dans la différence une petite place, juste une petite place.

samedi 16 mai 2009

566. dysorthographique

Coup de fil furieux d'Albin à Bob alors comme ça on ne peut même pas te faire confiance je te demande de publier deux trois messages pendant ma mort résultat tu m'oublies un H à épithaphe !
Tu dis un, toi ? Moi je dis une H.
Un ou une, tu me l'oublies.
J'oublie pas, je sucre.
Tu sucres ?
Oui monsieur.
Qu'est-ce que tu veux dire ?
J'oublie pas je dessoude, je déquille, je descends, je zigouille, je liquide, je nettoie, je trucide, j'escoffie, je bute, je ratatine, je rectifie, je refroidis, j'enlève le goût du pain, j'occis, j'anéantis, j'extermine, je massacre...
Mais pourquoi, grands dieux, pourquoi le supprimer, épithaphe sans H c'est tout simplement faux !
C'est bien ce que je me suis dit.
Je n'y comprends rien s'énerve Albin.
Le sujet du billet c'est la Mort, non ?
En quelque sorte, mais je ne vois pas...
Tu ne vois pas, tu ne vois pas... Et la Mort, tu la vois ? Tu la vois avec quoi dans la main ? Une hache ?
Où veux-tu en venir, la question n'est pas là.
Justement si. Tu la vois avec quoi, la Mort ?
Une faux, comme tout le monde.
Et voilà.
Voilà quoi ?
J'enlève la H et je fais faux.
C'est pas vrai, dites-moi que je rêve c'est pas Dieu possible, s'échauffe Albin tout rouge et hurle en direction de Bob tu vam fer le plésir de raictifier tou deux suites non sai pa vré dite moa queue jeu raive...

Compatissant Bob le suit des yeux s'interroge. Doit-il se taire, doit-il continuer de donner la réplique à Albin, doit-il jouer le jeu, doit-il lui dire la terrible vérité ?
Véritablement hors de lui Albin est-il seulement en état d'encaisser.
Bob inquiet indécis le regarde doit-il le laisser faire doit-il le laisser aller jusqu'au bout doit-il le réveiller ?
S'il rêve, Albin ? C'est peu dire. ll fait le pire des rêves du graphomane : un cauchemar dysorthographique carabiné.

vendredi 15 mai 2009

565. épitaphes (2)

Donc creuse. Se gratte la tête et creuse. Creuse et trouve, se trouve ou plutôt se retrouve, se retrouve dans sa tête, l'hiver et certains jours pluvieux de printemps c'est là qu'il crèche, Albin, chat de Schrödinger bien au chaud peinard dans une boîte crânienne de septième douillet, dans sa caboche un planisphère froissé en papier bible tout gribouillé plus sphère que plan Albin vit dessus, dessous, devant, derrière, d'un côté de l'autre du papier fripé qu'il appelle recto, verso, scène ou coulisse, cour ou jardin, pile ou face ou dessous des cartes, envers endroit selon son humeur, d'un côté Albin est couché de l'autre il est debout, ici vivant, là mort, vu qu'il est tête en l'air plus qu'à son tour il marche sur elle et ne sait plus s'il est ici ou là, couché, debout, ou mort ou vif, s'interroge et gratte sa grosse citrouille en forme de planisphère froissé pas très plane plutôt sphère cabossée, gratte sa tête de papier tant et tant qu'il la défroisse et se retrouve dans son carnet de moleskisne noir, Albin court tous les jours dans son calepin d'un mot à l'autre, sur le papier un coup il est l'un un coup l'autre et va et vient de ligne en ligne de l'élastique jusqu'au signet et du signet à l'élastique, l'été sort tous les jours et longtemps, plusieurs fois s'il vous plaît, se perd dans une couleur, la lumière le dissout, l'avale, le boit, l'incorpore, le métamorphose en rayon il revient noir, nuances de noir sur le blanc uni du calepin, goutte au bout du stylo, carrément plume et gratte et creuse, transperce, Albin écrit toujours en noir nerveux dans son carnet troué et se retrouve d'un côté de l'autre du papier qu'il appelle recto verso scène ou coulisse cour ou jardin pile ou face ou dessous des cartes envers endroit selon son humeur, d'un côté Albin est couché de l'autre il est debout, ici vivant, là mort, vu qu'il est tête en l'air sur elle il marche et ne sait plus où il en est et s'interroge à ce propos Madame Marcel si vous passez par chez Rivière n'oubliez pas...
Quoi donc ?
Noir standard, c'est ça.
Vous dites ?
Mes cartouches, quoi d'autre...

à propos
Se rappelle ces petits matins, bien mouru Albin ? en trois mots sa mère remet les pendules à l'heure.

jeudi 14 mai 2009

564. épitaphes (1)

1. Ci-gît ci-vit l'Albin de Schrödinger
2. The right Albin at the right place
3. Toute une vie pour trouver la sortie
4. Quelle est l'épreuve suivante ?
5. Je reviens tout de suite
6. In the right place at the right eternity
7. Ceci n'est pas une tombe
8. Tout ça pour ça

9. L'éternité comme il aura passé sa vie : dans un trou

Albin se gratte la tête, ça ne rend pas, griffonne sur son calepin :

10. De l'inconvénient d'être mort comme on a vécu, à l'improviste, comme on est né.

se gratte la tête, creuse, cherche encore...

mercredi 13 mai 2009

563. toujours recommencée

Ça t'est déjà arrivé plusieurs fois...
C'est possible.
J'en ai deux en mémoire, au moins deux...
C'est possible répète Albin distrait et pianote sur son clavier.
Possible, possible... Tu n'as que ce mot-là à la bouche s'agace Bob. Et lit :

Billet 17
Donc Albin kaput. Sous l'air bravache il l’appréhendait, comme on redoute un rendez-vous galant, un retour de guerre, finalement n’est pas mécontent. Du moins dans l’ensemble. La fin, pas vraiment nickel, faut le reconnaître, la toute fin, la fin proprement dite. Laisse à désirer. Ses proches insistaient, évidemment que cela se fait, bien sûr qu'il le faut, partir comme un voleur tu n’y penses pas, pas mutique qui veut, pas le moment de flancher, meurs en bavard comme tu as vécu, brise une fois encore la loi du silence, un dernier mot, pour la route. Bon ça va, d’accord, Albin qui se creuse la cervelle, pas la tête à ça. En plus le thème du jour, la mort, ne l’inspire pas. Ni bon ni mauvais ni pire ni meilleur qu’un autre rien que... Tout ce qu’il trouve à dire, suspendu. Le critique, sa moue dubitative, Albin qui se prend lui-même à douter, a-t-il ou non su jusqu’au bout garder la pose, doit-il s’en réjouir, le déplorer, dans l’artifice ne fait-on pas que cultiver sa nature et les racines de pissenlit entretiennent-elles l’énurésie, autant de questions sans réponses pour l’éternité. De là comme un regret, cette impression d’inachevé. Tu sais, confie Albin à un ami, je crois quand même l’avoir ratée, j’aimerais revivre ma mort. Patience, répond l’ami compatissant.

Billet 41
Indifférent aux arguments, il s’émerveille et tend le cou, Albin, naïf devant la graine ailée qui tourbillonne à l’angle droit de son immeuble, maintenant, et toujours son mouvement subjugue, ramène loin dans le temps, en culottes courtes Albin ravi se dresse sur la pointe des pieds pour la prendre dans sa main, la graine tournoie, s’échappe, esquive, n’en finit pas de tourner, la tête d’Albin tourne, tire sur le cou, tourne, Albin pour ne pas perdre de vue la graine et l’attraper s’étire de tout son long sur les orteils, se penche davantage, perd l’équilibre et chute, passant par la fenêtre de l’appartement confortable, de beaux volumes, trois pièces aménagées avec un goût certain, plus un bureau, qu’il occupe dans le plus haut des quatre immeubles d'une résidence cossue, au septième étage, l’avant-dernier.

Alors... Qu'est-ce que tu en dis ? Possible ?
Tu connais ma propension à l'oubli, fait Albin négligemment, deux fois, trois fois ou mille, quelle importance, qu'est-ce que ça change...
Qu'est-ce que ça change, qu'est-ce que ça change... Ça change que tu pourrais prendre les anciens au lieu de te casser la tête, de toutes façons tu ne crois pas à l'originalité, n'est-ce pas...
Tss tss fait Albin qui ne mange pas de ce pain-là et publie en guise de message :


PAS DE BILLET D'ALBIN CE JOUR
POUR CAUSE DE RÉDACTION D'ÉPITAPHE
CONSÉCUTIVE Á SON DÉCÈS


mardi 12 mai 2009

562. ô temps

À ces ergotages sur le temps il n'a jamais compris qu'on en consacre autant, Albin, le temps, l'immortalité, l'éternité, le temps minuscule, le Temps majuscule, le temps sidéral, le temps mystérieux, le temps profond, le temps tragique, le temps glouton avec lequel tout décidément fout le camp, le temps cruel, impitoyable, le temps complice et généreux, bienveillant, le temps craint que faux cul l'on flatte, celui fatal qui fuit, effrite et corrompt, celui qui nous prend qu'on traverse, qui nous dissout qui nous enserre, celui qui passe et nous repasse, tout ça comprend pas, Albin, tout ça connaît pas, ces enfantillages, à chaque souffle à chaque gorgée Albin vit son premier et son dernier instant c'est le même, le seul, à chaque souffle à chaque gorgée Albin vit son premier et son dernier instant c'est le même, le seul, à chaque souffle à chaque gorgée Albin vit son premier et son dernier instant c'est le même, le seul, Albin est là, présent, Albin est le premier le dernier des Albin et tous les autres et pas seulement, le premier le dernier des vers, des escargots, des arbres et des étoiles, des cafards, des grains de sel et de poussière, le premier le dernier des songes, le premier le dernier des couillons, Albin est là, présent, pas de montre au poignet n'en a jamais porté n'a jamais rêvé d'encadrer, d'apprivoiser ou de domestiquer, encadrer qui ? apprivoiser quoi ? de faire ami-ami, avec qui ? avec quoi ? à chaque souffle à chaque gorgée Albin vit son premier et son dernier instant c'est le même, le seul, à chaque souffle à chaque gorgée Albin vit son premier et son dernier instant c'est le même, le seul, Albin est là, présent, Albin est le premier le dernier des Albin et tous les autres et pas seulement, le premier le dernier des vers, des vers, des verres, des escargots, des arbres et des étoiles, des cafards, Albin est le premier le dernier des mots de son calepin, le A d'Albin le Z de zython et puisqu'on parle de bière prend la canette dans le frigo, la décapsule, la septième ? la huitième ? la septième la huitième tout à la fois la première et quoi qu'il en soit l'avant-dernière, boit une gorgée et dit, plutôt déclame, le Temps c'est moi, à pas lents titubants vers la chaise et puisqu'on parle de bière prend la canette dans le frigo, la décapsule, la septième ? la huitième ? la septième la huitième tout à la fois la première et quoi qu'il en soit l'avant-dernière, boit une gorgée et dit, plutôt déclame, le Temps c'est moi, à pas lents titubants vers la chaise et puisqu'on parle de bière.

lundi 11 mai 2009

561. réchauffé (reliefs de samedi)

Déplacement en Inde et à Singapour du Président qui y aurait blâmé les conciliabules.

Il n'est grand teint que deux saris.

Au cours d'un voyage à Lourdes ou au Vatican le même aurait condamné le socianisme et tel consistoire.

Il n'est banc teck que Luxury.

Fin du séjour. Sur le tarmac le Président n'aurait cessé de dénoncer cette idiosyncrasie qui...
Laiton, betteraves, concubine, mollets, chalet, il veut bien. Mais conciliabules, consistoire, socianisme, idiosyncrasie...

Il n'est bon bec que pharisien

Albin sceptique décide de 1. vérifier ses sources, 2. rendre à chacun ce qui lui revient, à Lui le Verbe, à César le peu qu'il en reste, trois miettes aux autres à partager, 3. ne pas péter plus haut que son lexique, Albin préfère avant de s'excuser -auprès de Qui ?

Il n'est bon bec que de Paris.

dimanche 10 mai 2009

560. albin dimanche

Jogging, sur le chemin du septième douillet, au retour de la boulangerie Albin mille ans parfois s'entraperçoit, parfois Albin mille ans s'entrevoit mais toujours de loin, toujours de dos, mille ans précisément parce qu'il ne se voit pas, Albin, le pourquoi de sa longévité, mille ans parce qu'il ne se connaît toujours pas en dépit du stupide élan dominical, se voir, savoir, jogging et pioche, courir après soi, creuser après quoi, que, donc Albin mille ans pioche, creuse un puits profond à la recherche d'un mot un seul qui lui ressemble et dans lequel il pourrait moins se contempler que souffler un peu, rassuré sur son compte, se voir, savoir, ce mot qui lui ressemble, ou à l'image duquel, il doit bien exister, grave ou farfelu, interminable ou bref, caressant, incisif, sourd ou léger, cassant, étonnant, précieux, décisif, banal, familier, simple et rare comme une sœur jumelle, donc pioche, où ? dans sa tête sa poitrine son derrière, partout creuse, Albin, et sur son crâne son cœur son cul il poussera quoi ? des belles de nuit fleurs de lune ipomées alba, des fleurs blanches malodorantes de cotoneaster ou pyracantha, de datura stramoine aux feuilles de charogne, des chatons qui chatouillent, des orties qui grattouillent, des fleurs de l'ombre, fleurs du mal en papier crépon, en origami, des fleurs de rhétorique, fleurs de Tarbes sur Albin fleur de nave ?

samedi 9 mai 2009

559. navritudes

Il n'est bon bec que de Paris.

Au congrès des industriels fabricants de tubes pour applications techniques et décoratives, profilés de plancher, fournitures diverses, le Président aurait à plusieurs reprises fait clairement allusion au laiton. Albin adresse toutes ses excuses à la bonite et au germon, à l'albacore...

Il n'est blanc-bec que de Tari.

En visite dans une exploitation agricole du Nord, selon des témoins dignes de foi le Président aurait fait référence aux betteraves. Albin exprime sa compassion aux navets, radis, rutabagas, blettes et autres raves.

Il n'est blanc sec que de Bari.

Invité à donner son avis sur l'union libre le Président chantonne en évoquant certaine concubine. Albin fait aussitôt savoir qu'il regrette à Omara Portuondo.

Il n'est blanc sein que de Marie.

Finale de la Coupe de France : le Président fait un commentaire confus sur les mollets des joueurs rennais et guingampois. Albin s'excuse auprès des Bretons pour le baragouin.

Il n'est blanc-seing que de marri.

En déplacement à Chamonix le Président déclare sans tabou qu'il préfère appeler un chalet un chalet. Albin dans un communiqué exprime son émotion à Sylvestre, Félix, Garfield, Farah Pahlavi, Philippe Geluck.

Il n'est bon seau que d'embouti.

vendredi 8 mai 2009

558. être et mal de dents

Que n'est-il pas venu dans un monde où l'on ne se demande pas à tout bout de champ pourquoi on y est, où tout naît disparaît périssable, un monde où sévit... non, ça ne rend pas, recommence... que n'est-il pas venu dans un monde où l'on ne se dit pas pourquoi on n'est pas là, où rien ne naît ne vit, rien périssable, un monde où ne sévit pas... ça ne rend pas non plus, recommence... que n'est-il venu dans un monde où l'on ne se demande pas pourquoi on n'est pas là, où rien ne naît, ne vit, rien périssable, un monde où rien n'advient ni la rage de dents qui rend les idées fixes et nébuleuses...

Comment viendrait-on au monde là où rien n'advient, s'interroge Albin et poursuit, si l'on ne se demande jamais pourquoi on y est, ou pourquoi on n'y est pas, c'est qu'assurément on n'y est pas, on n'est pas dans un monde qui d'ailleurs n'est pas, qui ne peut pas être, et lui, lui il y est, il est bel et bien là et il souffre, d'autant qu'à la rage de dents s'ajoute un sacré mal de tête.

Se sent seul. Un monde où l'on ne compte pas. Rien ne compte que l'on compte et recompte. Seul et désemparé. Inutile. Pour se donner une contenance, faire mine de, compte sa solitude, les raisons d'il ne sait trop quoi ou ses doigts, machinalement lève le pouce, l'index, le majeur, l'annulaire, l'auriculaire, oublie ses dents, contemple attendri ses cinq doigts et sourit, comme on sourit à des amis. Soudain moins seul. Sait qu'il peut compter sur eux.

Moralité
Mal de dents n'est de bon conseil ni de tête
Ne remettons pas à demain
Finalement nature est bien faite
Et ma main :
Elle a cinq doigts
En voici deux en voici trois
Le premier ce petit bonhomme
C'est le pouce qu'il se nomme...

jeudi 7 mai 2009

557. autoportrait au bulletin informatif

...jingle, bonsoir à tous, propositions sur la diversité, situation ambiguë dans les prisons, un cadre de TF1 licencié pour sa prise de position contre le projet Hadopi, après le journal...

une table étroite, pieds métalliques dorés ondulés, plateau de verre dépoli et dessus l'ordinateur portable allumé

...roman Golden Gate entièrement écrit en vers et Le téléphone sonne avec pour thème l'Europe posez vos questions au 01 45 24 7000 ou sur francinterpoincom, la bourse en baisse de 0, 97%...

dans l'écran du portable la fenêtre de publication du message 557 intitulé Autoportrait au bulletin d'informations

...long week-end du 8 mai 140 km de bouchons Pont-l'Evêque Nationale 7 le temps demain soleil contrarié...

à travers la baie vitrée les hauts lauriers roses balancés par le vent

...plus de 140 propositions sur la diversité SOS racisme pas d'accord Président confie Cyril Graziani propositions en deçà bruit pour rien...

un chat noir miaule et se frotte contre le jean gris

...plan social Caterpillar ouvriers mécontents voté contre délégué au CE lever sanctions CGT Cohen Teillard France Bleu Isère...

la cloche de l'église sonne six coups

...Jeunes Agriculteurs Valenciennes devant Carrefour prix de vente prix d'achat grandes surfaces double étiquetage listes UMP européennes...

un verre de senchi citron fumant posé à même le parquet à bâtons rompus

...grippe A 3 nouveaux cas 18h 09 jingle Inter soir Eric Delvaux...

le chat s'allonge sur le parquet à droite de la table tout près des pieds

...cadre TF1 Jérôme Bourreau Christine ou Christiane Albanel journal 13 heures absurde Assemblée Verts PS protestent 18 h 11...

un coup de tonnerre violent les lauriers balancent de plus belle

...civils pakistanais fuient talibans rognent vallée après vallée Islamabad de la Varène Californie violents incendies crédit moins cher Banque centrale 18 h 13...

sur l'écran de l'ordinateur le message d'un blog :
Créer sur Internet, c'est différent de mettre simplement du texte en accès ou de créer du flux. Créer sur Internet, c'est mettre en relation des informations éparses, des connaissances séparées, et fabriquer avec de la fiction. C'est compliqué à faire, et généralement les créations littéraires sur Internet sont décevantes. Il faut penser la chose différemment du texte papier et...

...CAC 40 en baisse à 3252 points Nasdaq -1, 95 ou 75 % Société Générale déçoit Antoine Verlain...

sur l'écran de l'ordinateur une boutique en ligne et cet article sur le gu zhang mao jian subtil thé d'altitude légèrement corsé qui a ce parfum de terre mouillée après l'orage que recherchent les Chinois

...soleil capricieux Joël Collado orages températures en baisse...

retour à la fenêtre de publication du message 557 sur l'écran du portable, le titre a changé, Bref autoportrait au bulletin informatif, il est suivi des lignes qui précèdent

...c'était le journal 18 heures 15 dans un instant au Parlement européen...

le bruissement des feuilles d'un Petit Robert et sur l'écran successivement un tableau d'artiste intitulé Autoportrait grimaçant puis la fenêtre de publication du message 557 augmenté des lignes qui précèdent avec pour titre Autoportrait au bulletin informatif publié tel quel

mercredi 6 mai 2009

556. tentative d'épuisement d'albin de retour de la boulangerie

...une porte qui grince, s'ouvre et sonne, la vendeuse au revoir et merci bonne journée, sourire lointain discret, regard ailleurs, la même porte qui grince, se referme et sonne, deux marches, des miettes, des moineaux qui s'écartent à peine, des Reebok Pump Torch, deux coups de klaxon, un brin d'herbe entre les carreaux disjoints, une fourmi qui court dans tous les sens, des Converse All star noires, une étiquette ronde marquée T 42, un entourage d'arbre en fonte oxydée, une vitre épaisse d'éclairage de sol, un carreau ébréché, des mégots, du lichen, une papillote froissée de Carambar, une canette de Minute Maid également froissée, une plaque d'égout PONT A MOUSSON NF B 125 NF P98-312 EN 124, des Pataugas dont un aux lacets défaits, une capsule de Coca, une mouche, un carreau ébréché, un chewing-gum aplati, une grille d'arbre en fonte ronde, les pieds de chaises de bar tubes alu, du gravillon noir, une capsule de Coca, un coup de klaxon, deux Kleenex en boule, trois fientes de pigeon, des chevilles blanches fines sur deux escarpins gris Minelli, un sifflet, des mégots, une plaque de téléphone FORINCO, des mocassins beige usagés, une grille d'arbre carrée en acier, des bas de jeans effilochés sur Paraboot boueux, un coup de klaxon, une odeur de brûlé, un gobelet de plastique éventré, l'ongle incarné d'un pouce qui déborde du nu-pied, un parfum vulgaire, un tract du PS, une grille d'arbre carrée en acier, deux prospectus publicitaires déchirés, une pièce ancienne de 10 centimes incorporée au goudron, des mules à pompons roses, du lichen, une odeur de friture, des santiagues râpées, une plume d'oiseau, une grille d'arbre ronde, des cannes anglaises bleues, deux tickets de caisse, cinq feuilles mortes, des espadrilles de toile marron, trois coups de klaxon, huit roues de vélos, des mégots, un coup de klaxon, six roues de cyclos, une grille d'arbre endommagée, deux vers de terre desséchés, des charentaises, une forte odeur de tabac blond, la voix du factotum, éraillée, on est allé chercher sa petite baguette bien cuite Monsieur Albin...

mardi 5 mai 2009

555. tentative d'épuisement d'albin sur le chemin de la boulangerie

...une porte cochère, un balcon fleuri, une grand-mère, une petite fille à l'air songeur qui mange une glace, un platane, des moineaux des pigeons mêlés qui s'écartent à peine en se disputant un quignon de pain, trois coups de klaxon, des mégots par terre, un platane, une sirène, un couple silencieux, une jeune femme qui pousse un landau, un platane, trois adolescents cagoule du sweat shirt noir relevée, cinq coups de klaxon, une contractuelle, un platane, un groupe de collégiens bruyants, un sifflet, un garçon affairé, des consommateurs de tous âges à la terrasse du Cosmopolitain, un chat, un platane, un avion qui passe, l'affiche d'un film avec Depardieu, une 206 Peugeot 5 portes qui démarre et fume, un gros homme moustachu qui transpire, un kiosque à journaux, un platane, un parfum de marque au passage d'une femme élégante, deux coups de klaxon, la devanture d'un marchand de cycles et des Piaggio à l'intérieur, le Casino, un platane et collées dessus une affichette de l'UMP, une autre d'un Front d'on ne sait trop quoi partiellement lacérée plus des annonces immobilières, un deuxième chat qui court se réfugier sous une voiture, un gros chien sale, un jeune homme en costume pressé, un platane, un taxi Mercedes gris bleu en deuxième file, une odeur de friture, un vieillard pas lent hésitant cigarette aux lèvres, un platane, une publicité pour un abonnement à Canal, un enfant qui court, trois coups de klaxon, deux amoureux qui s'embrassent et rient, un cycliste, une porte qui grince, la même porte qui s'ouvre et sonne, bien cuite s'il vous plaît, la vendeuse oui monsieur, sourire lointain discret, regard ailleurs...

lundi 4 mai 2009

554. rêve et raisons

Des raisons Albin en a mille, oui mille, mais finalement, hein, finalement qu'est-ce qu'elles valent les unes et les autres sans la plus petite référence, mille par rapport à quoi, sans origine qu'est-ce qu'elles signifient, mille à partir de quoi, des raisons Albin en a mille et il n'en a pas, zéro.

Albin rêve. Il est escargot. Dans la rosée flâne, un arrêt par-ci un arrêt par-là, à n'en plus pouvoir se goinfre et s'empiffre et puis s'assoupit. Rêve qu'il est Albin e
t bave à petits pas glissés du couloir vers la chambre et s'endort. Rêve. Il est escargot et il rêve.

Lit et relit sans cesse son calepin, Albin. Souvent découragé en tournant les pages : il s'y passe toujours la même chose. Souvent impatient de tourner les pages, curieux de découvrir s'il s'y passe toujours la même chose.

Des raisons Albin n'en a pas, zéro, un zéro à partir duquel, zéro de référence, du solide, une base, une origine sur quoi bâtir, d'où tout vient tout va tout découle et il en trouve une, cent, mille, des raisons, Albin, des raisons de quoi d'abord.

dimanche 3 mai 2009

553. albin dimanche : trottiner

détente dominicale
Aujourd'hui c'était la reprise. Après de longs mois de relâche retour sur le chemin forestier pentu. Jogging dominical avec les potes, Bob et tous les autres. Aujourd'hui c'était la reprise Albin l'avait oublié. Quand il arrive il est trop tard, c'est pratiquement la fin. De la hauteur, par la vitre entrouverte de la Fiat Panda, il peut les voir, en contrebas, dans le lointain. L'allure heurtée de celui-là de dos lui est familière qui se déhanche, se malmène, s'arrache et prend un mètre, puis deux, puis dix, accélère encore, termine loin devant les autres épuisés.
Albin la larme à l'œil dans la Panda, ému de se voir finir aussi fort, là-bas, ému de constater qu'en dépit de l'hiver, de l'inactivité, il n'a rien perdu, rien, de sa foulée, belle il ne dirait pas mais tellement efficace.

pioche dominicale
Il y a des coureurs qui ont l'air de voler, d'autres qui ont l'air de danser, d'autres paraissent défiler, certains semblent avancer comme assis sur leurs jambes. Il y en a qui ont juste l'air d'aller le plus vite possible où on vient de les appeler. Albin, rien de tout cela.
Albin, on dirait qu'il creuse ou qu'il se creuse, comme en transe ou comme un terrassier.

samedi 2 mai 2009

552. lendemains

déchéance
Quand on a été le premier une journée entière quelques heures plus tôt, quelques heures à peine, on s'accommode mal d'être le deuxième, serait-ce du joli mois de mai.

cycle et chaîne
Albin à petits coups de pédales pressés. Il a plu. Le ver de terre se traîne du bord vers le milieu de la chaussée. Le soleil revient. La stupide bestiole ne va pas tarder à se dessécher.
Hésite et puis non : s'arrêter, difficilement la prendre entre ses doigts, délicatement la mettre sur le bas-côté comme il le fait parfois Albin n'a pas le temps. Fait juste un écart, pour l'éviter.

La route mouillée, le manque de visibilité, lui trop rapidement lancé, impossible pour le Renault Premium 19 tonnes d'éviter Albin. La Volvo S 80 rouge métallisé qui le suit percute contre lui. Crissements, bruits de ferraille. Et le silence. Plus un souffle.

Un oiseau se pose sur la roue avant gauche du camion renversé. Tourne la tête dans tous les sens, par à-coups vifs. Volette jusqu'au pare-chocs de la voiture. Mêmes gestes de la tête. Mêmes regards inquiets. D'un coup d'un seul fond sur le ver. Dans le bec et hop, direction le vélo d'Albin. Á peine est-il en contact avec le maillon qu'il s'élance.

Le ver se tortille au bout de son bec. Lui, sur la haute branche, secoue frénétiquement ses pattes l'une après l'autre. Albin graissait toujours avec le plus grand soin la chaîne de son vélo.
Et des nuages encore, encore la pluie.

réconfort
Toutes ces péripéties lui ont donné soif Albin avale un grand verre d'eau et se dit boire quand on a soif il n'y a rien de meilleur, c'est comme manger quand on a faim, dormir quand on a sommeil, et fait tout haut la vie, ah la vie, la vie tout de même, à petits pas joyeux vers le couloir.

vendredi 1 mai 2009

551. exercice solitaire de la pioche

Parfois sur le chemin de la boulangerie Albin fait une halte au casino voisin, entièrement rénové dans le style Art déco, une vraie splendeur, parfois c'est chez Wanda et ses sirènes, juste en face, sont pas mal non plus, aujourd'hui aurait bien pioché dans leur jardin.
Porte close.

Pandémie crise ou jour férié, ils ne manquent pas les prétextes pour annihiler les rapports.

Direction le chantier, que reste-t-il d'autre.
Pioche en solo.

jeudi 30 avril 2009

550. rédemption (2)

Et les fidèles autour, regard fiévreux dans un visage grave, des fidèles partagés entre espoir et angoisse.

Parfois sur le chemin de la boulangerie Albin fait une halte au casino voisin, entièrement rénové dans le style Art déco, une vraie splendeur, prie in petto la chance d'être au rendez-vous.

mercredi 29 avril 2009

549. rédemption (1)

Le vaste espace. Incroyablement haut. Majestueux.
La lumière qui filtre, à travers le verre coloré.
Tout ici invite à l'humilité.

Silence et verticalité. Profondeur du silence que les formules rituelles nourrissent, scandées par les officiants en tenue.
Ici plus d'actualité, plus de soi.
Le bienfaisant oubli.

Albin recueilli. Une foi que le doute écorche.
Prières secrètes.
Il lui fallait bien ça pour dissiper les miasmes
de la veille.

Ici les vraies valeurs.
Tout se joue ici. Dans ce lieu hors du temps, hors du monde.
Tout se joue, à tous les instants
le Grand Jeu, à qui perd gagne, jeu de hasard c'est à dire d'adresse ou mieux de grâce, grâce de Dieu, grâce des gestes, avoir la grâce est une question d'attitude et de talisman, rechercher l'attitude favorable, le signe qui force les mondes, voilà le but, et pour cela croire à tous les miracles en se mettant dans un état de réceptivité entière, pour cela être pur, avoir fait le vide en soi, remettre à chaque instant tout en question, ce sont des instants éternels que nous cherchons partout, c'est en de tels instants que nous absorbons tout, que nous avalons Dieu pour en devenir transparents jusqu'à disparaître.

mardi 28 avril 2009

548. hadopi

Du dianxuqin il n'en joue pas Albin. D'accord c'est une image le dianxuqin, on l'aura compris, rien qu'une métaphore. Le dianxuqin instrument monocorde pour suggérer qu'il raconte toujours son histoire sur le même ton avec toujours le même petit bonhomme ou quasiment, Albin. Elle n'est pas bonne. L'image n'est pas bonne. Comparaison pour comparaison, et sans renier les chinoiseries, il aurait mieux valu qu'il joue du 簫, simple flûte en bambou à encoche. Du xiao oui, juste du xiao. À peine.
Et encore. Une référence au 豎笛, ancêtre vertical rudimentaire du 簫, eût été plus juste. À la rigueur pour faire état de son rabâchage simplet aurait-il pu tenter quelque chose comme, à côté de vous Madame Marcel, qui pratiquez le contrepoint et l'harmonie, à côté de vous péniblement je m'essaye au shùdí. Peut-être aurait-il pu risquer qu'il est shùdí. Identifié à l'instrument élémentaire, carrément. Un léger souffle, un son menu, comme un filet répétitif, Albin.
Et puis non. Fausse humilité. Suffisance en vérité. Rudimentaire ou pas le shùdí reste une flûte et une flûte produit quoi sinon de la musique. Albin fait du bruit.

Alors quoi ? Un tuyau ? Un conduit un tube un tuyau ? Un conduit un tube un tuyau dans lequel l'air passe, souffle et hop, du vent, voilà ce qu'il serait Albin. Et quelques os humeurs et chairs autour, bien sûr, sans quoi pas de tuyau.
Trop statique ? Manque d'âme, de moteur, un tuyau ? Disons une pompe. Une pompe qui aspire et refoule l'air ambiant, air du temps, lieux communs. Ça rentre ça sort et ça continue, ça circule.
D'ailleurs pompe ou tuyau, xiao ou shùdí, la question n'est pas là mais ici : une pompe un tuyau un bambou ont-ils des droits sur l'air qui les traverse et lesquels ? D'auteur non, ils n'en sont pas. Pas vraiment. Ne créent rien qui ne soit déjà.

D'un autre côté l'air qu'il respire il ne le recrache pas tel quel le tuyau. Même si c'est un peu, rien qu'un peu, pas beaucoup, il le transforme, du seul fait que l'autre a transité par lui. Alors un droit de passage peut-être ? droit de circulation ?
Et quand il sort c'est plus ou moins de la musique, malgré tout. Un petit air. Parce qu'il lui donne comme une empreinte à l'air qu'il respire, son empreinte, ce que pompeusement certains nommeront style, d'autres parfum, Albin préfère odeur, plus modeste, et d'odeur on le sait l'argent qu'il soit des droits n'en a pas, droits de quoi, d'expulsion ?

Rétention ? Droits ? Libre diffusion ? Albin comme d'habitude hésite. La nuit porte conseil on verra demain. Pour l'instant rien, la gratuité et se sent lourd, ce soir, le koskera d'hier ? le cassoulet de l'avant-veille ? que tout ça librement circule, ses flatulences et ses flactuosités il en fait profiter tout le monde à petits pas sonores odorants et se demande, est-on propriétaire de ses vents ?

lundi 27 avril 2009

547. merluza koskera ou riz glutineux

Où donc ?
Là, par exemple.

Dans l'eau bouillante ? Des asperges, tout simplement.
Des asperges fraîches, déjà ?
On en trouve depuis quinze jours, vous savez. Celles-là étaient lisses, compactes, bien fermées à la pointe, je n'ai pas hésité. Fraîches et soigneusement épluchées nettoyées ne vous inquiétez pas, si un seul grain de sable craque sous vos dents...
Des asperges, tout simplement... Voyons voir... Et là, sur l'autre feu, nous avons quoi ?
Là ? Des petits pois. Les premiers. Petits, fermes et brillants, magnifiques.
Ah les petits pois,
les petits pois... un légume très tendre... écosser... le goût de l'enfance. Et dans le plat de terre, Madame Marcel, nous avons quoi dans le plat de terre ?
Un peu d'huile d'olive où je fais revenir ail émincé, laurier, persil haché...
Dans la petite casserole des œufs durs, je suppose... Et sur la planche, vous faites quoi sur la planche ?
Pendant que tout ça cuit je farine les darnes de merlu pour les saisir dans la persillade mais attention, à peine, juste un soupçon...

Parfait, parfait répète Albin et se dit quatre
feux en même temps et elle qui simultanément s'active, horizontalité, verticalité, profondeur, tout y est, et à voix haute, plus je vous regarde et plus je me dis vous êtes une artiste, Madame Marcel...
Moquez vous... C'est plutôt vous qui...
Oh moi, Albin, Albin, toujours Albin et rien qu'Albin sur un vieux calepin à bout de souffle, je ne me moque pas du tout, Madame Marcel, moi à côté je joue laborieusement du duxianqin...
Qu'es aco ?
Une calebasse, une tige et une corde, duxianqin, 独弦琴 en chinois, rien qu'une corde vous imaginez ?
Une seule corde ? Ça doit être drôlement ennuyeux. Et vous en jouez du...
Du 独弦琴 ? Même pas. Une manière de parler pour dire que je rabâche toujours la même petite histoire, sur le même ton toujours, toujours avec le même petit personnage, unique ou presque, tandis que vous, là, au piano, vous composez, vous variez, vous pratiquez le contrepoint, l'harmonie...
N'exagérez rien. Qu'est-ce qui vous prend ? Vous êtes fatigué ? Vous avez une petite mine ce matin.
Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit.
Ce n'est pas une raison pour me flatter ainsi, la recette n'est pas compliquée du tout, tout le monde en est capable, poursuit
Madame Marcel qui ajoute dans un sourire, même vous, vous arrosez les darnes de merlu avec un demi-verre de vin blanc et le bouillon, vous incorporez asperges et petits pois plus 200 grammes de moules et autant de palourdes bien grattées, vous laissez mijoter à feu doux un quart d'heure, cinq minutes avant la fin de la cuisson vous tranchez les œufs durs dans leur longueur, vous disposez le tout harmonieusement et voilà, c'est tout, dans 20 minutes vous passez à table.

En vérité je n'ai pas très faim fait à voix basse Albin à pas lents accablés dans le couloir et se dit finalement j'ai toujours préféré l'estampe aux tableaux pompeux, la platitude à l'esbroufe, le monotone aux flonflons, en fait je me sens lourd, le cassoulet d'hier soir sans doute, et je ne digère pas les œufs, les asperges, les moules et les petits pois,
j'échangerais bien tout ça pour du riz glutineux, savoureux, digestible, recommandé contre les affections gastriques, facile à préparer avec ça, on le lave et hop, dans une casserole avec de l'eau froide, à feu moyen jusqu'à ébullition en remuant bien pour éviter que ça colle, de préférence avec une spatule en bois, quand l'eau est entièrement absorbée on verse le riz gluant dans le panier percé d'une marmite à vapeur et on fait cuire, environ 30 minutes, à la vapeur bien sûr, finalement j'ai toujours préféré la fadeur chinoise à ces chichis bien de chez nous.

dimanche 26 avril 2009

546. albin dimanche

Le dimanche Albin pioche et parfois tombe sur rien, rien du tout, parfois un mot tout petit mot parfois comme aujourd'hui une phrase entière.
Prête à l'emploi.
Numérotée.

136
La jeunesse tient la bêche. Ah ! qu'on ne l'en dessaisisse pas !

samedi 25 avril 2009

545. interrogatives

On est samedi 25 avril pourquoi cela plutôt que ceci se dit Albin ?
Les jours pairs c'est l'inverse.

Toutes les choses ont un pourquoi dit sa mère, Maître Eckhart avant elle l'avait écrit, et puis attend. Albin la regarde en silence. Demandera-t-il pourquoi se demande-t-elle ?

Que cela soit cela comment cela se fait-il ?
Et pourquoi cela ?
Pourquoi pas ceci ?
Que ceci soit ceci comment ceci se fait-il ?

Mais Toi, quand viendras-tu ? s'interroge le poète et plus loin :
Ou bien, quoi ?
Jamais ? Non ?
Dis, Gros lot, où veux-tu donc tomber ?

vendredi 24 avril 2009

544. comme d'habitude

Caillou arbre ou poussière ou escargot cafard étoile ou ver de terre de métamorphose en métamorphose Albin se démène et peaufine le prochain Albin qui affûte et fourbit calepin et crayon en vue d'un Albin nouveau aux petits oignons qui ne manque pas de faire le maximum pour l'Albin futur meilleur supérieur plus beau plus grand plus fort plus abouti plus tout ça ainsi de suite un père veut toujours mieux pour sa progéniture.

Ce faisant produit reproduit les mêmes gros pifs exactement dans les trente-huit mêmes petites têtes assurément sur le même corps chétif que les mêmes tics déforment évidemment et la nième version d'Albin est pareille au poil près à la première qu'on aurait bien du mal à reconnaître dans le tas.

Mille exemplaires à l'identique ni pire ni mieux qu'un autre : juste égal à lui-même un seul et même Albin ne peut être en être autrement.

À propos
Nous avions projeté de faire pour le mieux et finalement nous avons fait comme d'habitude.
Виктор Степанович Черномырдин
Premier Ministre de Russie de 1992 à 1998
actuellement ambassadeur de Russie en Ukraine

jeudi 23 avril 2009

543. variations et contrepoint

Sur Variations et contrepoint

Variation 51.

Broutin au petit train

Patrick

mercredi 22 avril 2009

542. le mouton noir et le loup blanc

Lui qui continue qui en rajoute à la tribune, moutons noirs et moutons blancs ne seraient pas également traités, faux ! s'insurge un loup bondi sur l'estrade, prouvez-le ! fait l'orateur noir, l'autre l'avale tout net, sans mâcher, un loup blanc réputé pour sa modération, son chic pour détendre l'atmosphère, sa courtoisie et même son élégance, au sortir de l'en-cas éméché c'est peu dire ; bourré.

Déglutit, dit sans conviction les loups blancs sont des moutons noirs comme les autres, rote à plusieurs reprises, bruyamment, rote encore et s'éloigne, la bouche est maintenue fermée par la main gauche, l'autre soutient le ventre, à petits pas pressés vers les coulisses, moyennement applaudi.

Moralité
Mastiquez, mastiquez !
Il empeste toujours bouche close.

mardi 21 avril 2009

541. de la diversité des relations entre les loups et les moutons

À la tribune un mouton noir s'en prend à la prétendue agressivité des loups, aux injustices par eux commises envers ses frères, injustices ? agressivité ? réprobation dans l'assistance et lui qui continue, cette terreur qu'ils feraient régner Dieu sait quoi encore, protestation indignée des loups qui se lèvent, se regroupent au buffet voisin pour mettre au point la contre-offensive autour d'un en-cas. La moitié des moutons restés dans la salle applaudit à tout rompre, l'autre a rejoint le buffet par l'entrée de service, déjà s'affaire en cuisine.

Les loups alpha, bêta et jusqu'à gamma des meutes de notre territoire ont perçu en moyenne en sus des prélèvements normaux un bonus évalué à 9 tonnes sous la forme de méchoui, brochettes, tajines ou brut cru, pas si mal pourrait-on penser au seul vu des chiffres, pas si mal ? insuffisant, très insuffisant pour les inciter à rester sachant qu'on leur propose mieux, beaucoup mieux beaucoup plus ailleurs, les loups n'oubliez pas c'est pour chacun de vous un emploi assuré, surveillant le jour, vigile la nuit, de nombreux débouchés dans les métiers de bouche outre que leur présence exalte dans une communauté par nature disons plutôt frileuse les vraies valeurs que sont le courage, la compassion, la solidarité dans l'épreuve, sans compter qu'elle donne à la vie ce piquant, l'intensité que la menace permanente du danger exacerbe, en définitive une vie hors du commun, l'aventure pour tous et tout le temps, imaginez un peu, rien qu'un instant, ils désertent vos bois, vos prairies, imaginez le morne de votre existence, ouh que non les moutons terrifiés préfèrent ne pas imaginer, comprennent et acquiescent, à l'unanimité votent une augmentation du bonus.

C'est une victoire inespérée pour les moutons, une première, personne avant la réunion n'aurait osé l'envisager, le texte établissant le principe du respect mutuel a été adopté par tous, absolument tous, les loups inclus jusque là plus qu'hostiles, à la hauteur de l'évènement exceptionnel un repas convivial de fête en ce moment
clôture la cérémonie, au menu côtelettes d'agneau tartare, filets de selle d'agneau gratinés, ragoût d'agneau au lait, rognons d'agneau, chachlik de mouton, navarin de mouton, mouton au vin, Ossau-Iraty, Roquefort, Azeitão, Ricotta, Gaztanbera, cottage cheese, tomette de brebis, tiramisu rose agneau, trifle agneau mascarpone, gelée de mouton aux fruits rouges, crumble d'agneau...

lundi 20 avril 2009

540. unique

Bleu léger apaisant c'est un carré parfait. La flèche en son milieu exactement s'élève, droite et blanche, large et équilibrée, pure. Le ciel est clair. Le soleil disparaît au-dessous d'un horizon droit bas. La prairie à perte de vue et pas une maison. Pas une habitation, pas un hangar. Pas un animal, pas un arbre. Personne, rien. La route qui défile, plate et rectiligne dans le jour persistant. Tous les kilomètres, environ, flèche blanche sur fond bleu, le même panneau.

À propos
D'un côté le Christ roi étend ses bras, de l'autre la ville au petit matin, ses lueurs peu à peu s'estompent. Le pont du 25 avril reliant Almada à Lisbonne et cette inscription, sur le panneau routier :
outros destinos.

dimanche 19 avril 2009

539. albin dimanche

Il dit faisons-le à notre image, comme notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre.

Il le crée à son image
À son image Il le crée

Il vit ce qu'Il avait fait : cela était-il très bon, simplement bon, médiocre ou carrément nul ?
Il y eut un soir et il y eut un matin : sixième jour.

Il conclut au septième jour l'ouvrage qu'Il avait fait et, au septième jour, Il chôma, après l'ouvrage qu'Il avait fait.

Et puis se ravise.
Pioche à la recherche d'un peu d'argile, reprend son stylo, son calepin.
Sans espoir pour sa créature,
certain au fond de soi que le mal est fait le septième jour Albin quoi qu'il en soit entreprend de retoucher Broutin.

samedi 18 avril 2009

538. genèse

Vous n'allez quand même pas me dire que vous croyez à ces sornettes, il n'y aurait ni histoire ni évolution, Dieu l'aurait créé tel qu'il est d'un premier jet et à jamais...
Non, bien sûr, je n'irai pas jusqu'à nier quelques retouches, modifier deux trois points de détail oui, Madame Marcel, je l'avoue, je l'ai fait, mais pour l'essentiel...

vendredi 17 avril 2009

537. afable

s'amuse bien
paresse et gambade
le lièvre lambin
pirouettes escapades
et la tortue passe
passe et repasse le temps dans sa carapassoire
la tortue passe
un objectif et droit devant
lui indifférent s'offre à tous les vents
la tortue passe et rien
rien ne passe il ne se passe rien
c'est elle qui en fait toute une histoire.

jeudi 16 avril 2009

536. trois fois rien

Remplace un piquet, en ajoute un autre, consolide la clôture, en relevant la tête s'essuie le front d'un revers de main et se demande ce qu'il peut faire de plus pour le préserver, son cheptel, la prairie à perte de vue et pour la seule nuit passée sept de disparues, qui peut les lui voler, dans quel but, hier c'était vingt-quatre aujourd'hui qui sait, demain ? il préfère ne pas y penser comme il aime mieux ne pas savoir ce qu'il en restera dans quelques mois à ce train-là, quelques mois ou quelques jours, quelques heures, combien en moins, parties, combien en stock qui sont sa vie.

Astrologie, politique, religion, philosophie, Albin essaie tous les moyens, les plus saugrenus, pour mettre un peu d'ordre dans ses deux idées qu'il prend obstinément pour le monde.

À Madame Marcel en colère qui cite Darwin et s'offusque, la vague créationniste son magazine favori la craint en couverture et n'a pas tort, elle vire au tsunami dans le dossier spécial intérieur, Albin conseille quand un accès de fièvre progressiste la met hors d'elle de penser à Broutin, un remède efficace contre l'idée d'évolution et de progrès.

mercredi 15 avril 2009

535. esclavage moderne

Ils sont plutôt bien traités et d'ailleurs, à ce propos, puisqu'on en parle, le lieu commun d'une maltraitance systématique à leur égard est une légende, ont droit à ce qu'ils aiment et sans compter, argent, honneurs, argent, honneurs, argent, en échange somme toute de menus services, donc normalement tout devrait rouler mais voilà, il arrive qu'ils se prennent au jeu et souvent, plus souvent qu'à leur tour, croient naïvement avoir un vrai pouvoir et se piquent d'arrêter la durée de la sieste, d'abolir rétablir la peine de mort envers les cafards, de décider du nombre et de la place des adjectifs dans la phrase négative, de fixer la couleur, le poids, le temps de cuisson de la baguette alors Albin contraint de destituer voire de couper des têtes après quoi tout rentre dans l'ordre derechef concentré sur l'essentiel, l'état de l'avenue et du trottoir qui mènent du septième douillet à la boulangerie, pas les moindres nid de poule, ébréchure, goudron entamé ou fondu, il exige l'impeccable et sur ce point est intraitable, Albin, en outre il tient depuis toujours la paperasse en horreur, a toujours détesté gérer, administrer, visser les boulons les mains noires de cambouis et préparer le café, donc tout ça leur demande de le faire à sa place, les comptes et les cahiers à jour, le réglage des manettes, grosso modo voilà la chose, bien entendu le lieu l'époque les convenances on ne parlera pas d'employés les concernant encore moins houla ! d'asservissement de sujétion de servitude et pourtant, du maire au Président via les ministres et conseillers de toutes catégories tous à sa botte, et même s'il a du mal, de plus en plus de mal à trouver du bon personnel politique, sérieux et qualifié, on ne dira pas qu'il s'alarme, l'esclavage n'est pas prêt de finir pense Albin et sifflote à petits pas légers dans le couloir.

mardi 14 avril 2009

534. nini papa cancan



Billet 526. NI PIOCHE NI
Commentaire signé
Le concierge d'Albin :
"Après les ni-ni, à quand les quand-quand ? "

Pourquoi pas aujourd'hui ?

Des cancrelats Albin en a connu des quantités,
d'ailleurs, d'ici, du Cambodge, de Fécamp, du Vatican et des Balkans, d'Astrakan et même de Caen à la cantine de son canton où ses petits pélicans et toucans plutôt cancres becquetaient, mordicant cantharide sur cantharide tout en gardant cancres bien éduqués leur quant-à-soi, il en a vu passer des cancrelats marquants, du genre peccant, délinquants, trafiquants souvent clinquants, parfois piquants, toujours indifférents au qu'en-dira-t-on, aux cancans, se souvient aussi, moins fréquent, de ce carcan, cancrelat anglican ardent comme un volcan pas mal convaincant, prédicant claudiquant au son d'un cantique bancal car il boitait dans son manteau de bouracan, pendant que d'autres à la jolie cambrure, sans crainte de la candidose forniquant, à la lueur du candélabre -un minimum de candelas, cantilène cantabile à plein tube-, sur le boucan ne lésinaient pas loin de là, certains bâfraient, antennes enfouies dans le cantal et dans la cancoillotte, ces deux-là s'affairaient les mains dans le cambouis et plus loin, dans un grand champ de canche, dorant le mou aux cambrousards crédules le voilà qui propose quatre cantres pour un sou, celui-là, et trois cantaloups à l'encan au pied du pont cantilever coruscant proche du bois d'Orcan, inconséquents un cancrelat vizir et son caïmacan rubican craignant la cambriole se sont barricadés dans la cambuse, manquant d'air, suffoquant, candidats candides à l'asphyxie mais bon, asphyxie noyade ou corde ou quoi ou quand, qu'importe le moyen le moment quand l'heure de la fin sonne, finalement pélicans et toucans après avoir croqué en quantité les cantharides cantinières n'en firent qu'une bouchée des bestioles, et place nette, du taf en moins pour les cantonniers cantonaux, non ? bouffant avant de lever le camp les cafards cambriens, post et pré-cambriens, modèles anciens et plus récents, jusqu'au quantième ? jusqu'au dernier, saupoudrés sans compter de craquant sucre roux candi, du Cambodge de Fécamp des Balkans d'Astrakan et du Vatican ah il en a connu un max un quantum, Albin, des cancrelats, et même de Caen, ça vous épate ? et même de Coin-lès-Cuvry en Lorraine, ça vous en bouche un pas vrai ?

lundi 13 avril 2009

533. intermède au miré




dur
frais battu en neige au lait brouillé en meurette au jambon frit mimosa côché à repriser au miroir au bacon primordial en gelée à la liqueur gdlisvz


poché plein comme un à la neige crâne de marcher sur des couvé tondre un sur le plat va te faire cuire un en conserve étouffer dans mollet fouetter des du jour


sortir de
EEEGGG
à la coque gober un

de Pâques



dimanche 12 avril 2009

532. albin-broutin dimanche

La vie d'un homme est une suite de pioches fortuites, et si aucune d'elles n'est exactement similaire à une autre, du moins ces pioches sont-elles, dans leur immense majorité, si indifférenciées et si ternes qu'elles donnent parfaitement l'impression de la similitude. Le corollaire de cet état de choses est que les rares pioches prenantes connues dans une vie retiennent et limitent rigoureusement cette vie. Nous devons tenter de construire des pioches, c'est à dire des ambiances collectives, un ensemble d'impressions déterminant la qualité d'un moment. Si nous prenons l'exemple simple d'une réunion d'un groupe d'individus pour un temps donné, il faudrait étudier, en tenant compte des connaissances et des moyens matériels dont nous disposons, quelle organisation du lieu, quel choix des participants, et quelle provocation des événements conviennent à l'ambiance désirée. Il est certain que les pouvoirs d'une pioche s'élargiront considérablement dans le temps et dans l'espace avec les réalisations de l'urbanisme unitaire ou l'éducation d'une génération piochiste. La construction de pioches commence au-delà de l'écroulement moderne de la notion de spectacle.

Pour venir à bout de leurs différends, du moins y tendre, Albin et Broutin décideraient de faire pioche commune le dimanche, fondant à cet effet l'Internationale Piochiste, I.P. en abrégé, promise à un certain succès qui sait avant retour des vieux démons qui tôt ou tard toujours reviennent et nos piochistes de mutuellement s'exclure scission après scission ira-t-on jusqu'au bout de l'extrême l'autodissolution* ?
May be, quizas, ptêtbenkoui mais kanmêmpa peut-être, un jour sans doute qui vivra verra ou bien l'autre.

* extrême, mon cul ! solubilisation-solution-dissolution/déstabilisation-résolution-scission et ainsi de suite va la dialectique.

samedi 11 avril 2009

531. interlude au miroir

Pris d'un bref accès de confiance en soi Albin y aurait zieuté, voulait, aurait voulu, aurait pu se faire face n'était-ce, ah sa timidité, déjà elle a repris le dessus Albin n'ose pas, baisse les yeux, se détourne du miroir.

à propos
à propos 1. Se brosse les dents, se rase, se coiffe,
vérifie soigneusement son visage sa silhouette dans la glace, sourire satisfait. L'instant d'après se retrouve en ville et sursaute, effrayé : l'inconnu vient droit sur lui, inquiétant dans la façade miroir du grand magasin.

à propos 2. La porte intérieure vibre, se déverrouille. Également vitrée elle donne sur un second hall plus spacieux. Albin la pousse, foule un revêtement ficelle assorti aux parois. Dans le miroir qui couvre entièrement le mur de droite un reflet consterné rajuste et défripe, glisse une main dans les cheveux, sourit à Albin qui se force un peu pour en faire autant. Ils s'ignorent en faisant quelques pas dans la même direction, se séparent au bout du hall. Dans l'ascenseur se retrouveront face à face.

à propos 3. Se reconnaître dans la pupille d'Albin, le reflet ne doute vraiment de rien.

vendredi 10 avril 2009

530. broutin vs albin

Divergent aussi sur l'engagement du poète que l'autre est l'un non plus, Broutin en René Char, Broutin et sa voix d'encre, infatigable résistant, héraut portant haut l'honneur des poètes tandis qu'Albin se la coulerait pépère au Mexique avec devinez qui ? Benjamin Péret, partisan lui aussi mais de la non-intervention ? Péret qui de Mexico parle a contrario de déshonneur des poètes, de régression, de compromission ? perdu ! filles ardentes et tequila Albin goûte une semaine d'aventures mexicaines avec Luis-Mariano Eusebio Gonzalez, Mexico Mexiiiiiiiiicooo...

jeudi 9 avril 2009

529. albin vs broutin

Tout les sépare, chacun sa personnalité et deux visions du monde aux antipodes, il fait beau et chaud pour Broutin ? Albin of course affirme le contraire, exactement, la nuit d'Albin précède le jour de Broutin qui fait naturlich l'inverse, à peine Broutin entend-il mordicus appeler un chat un chat qu'Albin lâche les siens qu'il appelle ses chiens, Broutin parle pour ne rien dire et Albin, Albin c'est dans le but de ne rien révéler, Albin voit rouge dès que Broutin dit noir, et pique, alors que, dans le même temps Broutin coud de fil blanc, Albin graphomane noircit son calepin de broutilles, trois fois rien, Broutin ses cris métrique et prosodie en vers sur son écran s'écrit se veut poète Albin non plus.

mercredi 8 avril 2009

528. mouton, rhume et discrimination

delicatessen
Un être d'exception Albin l'a bien connu, un de ces êtres doux, délicats, qui refusent de juger, d'enfermer l'un dans un cliché, de figer l'autre dans un stéréotype et croient au changement, parient sur le travail sur soi, le progrès, sous prétexte qu'Untel aurait mangé son frère devrait-on le bannir sans lui donner sa chance ? il répétait chacun peut devenir meilleur et quant à lui était parfait, rondeur, souplesse, tendreté, flaveur, jutosité, saveur, quand il traînait son existence de loup Albin oui vraiment l'a aimé, ce mouton-là.

rime à quoi
Rhumes à répétition, méchante irritation et cette toux, grippes et bronchites, sinusite aiguë sans parler des moustiques et autres ptérosaures qu'il avale le dimanche en faisant son jogging, asthme chronique, broncho-pneumopathie obstructive, hypertension artérielle pulmonaire, allergies diverses et puis non, stop, mieux vaut en rester là on n'en finirait pas, ne lui procure c'est évident que des désagréments demain Albin arrête de respirer.

même pas juste
PDG de Gazprom ou même de Gaz de France ? Prince de Madrid ? Roi de pique ? Directeur du FMI ? Chef-d'œuvre de tous les temps ? Ambassadeur de Grande Garabagne à Mildendo ? Frédéric François ? Premier homme sur la Lune ? Recordman des records ? Ministre de la Défense d'Argutie ? Dieu ? Vainqueur du Tour de France 56 ? Marcel Proust ? Premier de cordée ? Number one au Top 50 ?

Il a beau chercher, rechercher, lire et relire et rechercher, pas l'ombre d'un Albin c'est sûr il ne figure pas dans la liste ou dessous le mérite pourtant aussi peu que l'un et pas moins que l'autre n'est rien de tout ça c'est certain se demande pourquoi et depuis le temps qu'on nous en rebat à quand la discrimination positive et enfin Albin PDG de Gazprom et de Gaz de France, Prince de Madrid, Roi de pique, Directeur du FMI, Chef-d'œuvre de tous les temps, Ambassadeur de Grande Garabagne à Mildendo, Frédéric François, Premier homme sur la Lune, Recordman des records, Ministre de la Défense d'Argutie, Dieu, Vainqueur du Tour de France 56, Marcel Proust, Premier de cordée, Number one au Top 50...

Et Premier Rôle, Premier Jour du Mois, Premier Plan, Premier Bal, Premier Baiser, Premier Abord, Premier Amour, Premier Pas, Premier Empire, Premier Cycle, Premier Point...
Premier Lieu, Premier Venu...
Albin Petit Nicolas, Britney Spears, Frank Ribery...
Albin Ravel, Albin Petitpas...

Albin Premier et II et III...
Albin etc.

mardi 7 avril 2009

527. papa

Né d’une pomme et d’un dictionnaire, d’un lombric et d’une graine ailée, d'un hérisson et d'une toupie, d'une chenille et d'un grain de poussière, d'un arbre et d'une étoile et ce n'est pas tout, d'une jupe à carreaux et d'un réverbère, d'un charançon et d'une java, d'un soupirail et d'une orthèse, d'un belvédère bien balancé et d'une variable aléatoire, d'un caramel et d'une cravache, d'une facule et d'un ballast, d'un fac-similé et d'une facturette, d'un bec de gaz et d'une triode, d'une otarie et d'un bonzaï qui ne se rase qu'une fois par mois et pond chaque midi un haïku excepté mardi où c'est le matin qu'un aphorisme doublé d'une petite maxime font comme qui dirait la paire et tant bien que mal se complètent :
1. le carré nage, le rond point.
2. l'O rond prend l'eau du rond dans l'eau.

lundi 6 avril 2009

526. ni pioche ni

N'a pas ni une ni deux creusé de tombe ni pour son corps ni pour son âme ni deux ni trois ni le plus petit trou pour ses mots ni entamé le ciel avec ni la musique ni du côté du monde ni de sa représentation rien creusé nenni rien non plus ni revu les catégories ni trois ni quatre toujours les deux catégories les deux mêmes ceux qui piochent et ceux qui ceux qui ont Albin ne sait ni qui ni quoi ne sait plus hier jour de pioche Albin n'a ni creusé ni recommence hier jour de pioche Albin n'a pas pioché ni recommence hier jour de pioche Albin n'a pas pioché ni quoi ni qui Albin a oublié.

dimanche 5 avril 2009

525. albin dimanche

filial
Son père ? Le père d'Albin dirait ne me raconte pas d'histoires ? Le père de cet Albin-là né d’une pomme et d’un dictionnaire, d’un lombric et d’une graine ailée, d'un hérisson et d'une toupie, d'une chenille et d'un grain de poussière, d'un arbre et d'une étoile ?...

sophiste
Albin aime plus que tout la discussion. Des arguments de l'interlocuteur prendre le contre-pied puis le contre-pied des siens propres et continuer, alternativement prendre le contre-pied, le contre-pied du contre-pied puis du contre-pied le contre-pied et ainsi de suite animé par un seul souci, faire éclater la vérité : dès qu'elle menace la faire sauter, péter, exploser, la vérité. Ce qu'Albin plus que tout dans la discussion aime c'est que jaillisse l'impossibilité de la lumière.

félin
Et dans le noir s'endort, Albin. Ronronne au cœur de la tourmente, bien calé dans ses incertitudes

samedi 4 avril 2009

524. pas d'histoires (3)

Aversion, phobie, appelle comme tu voudras ton blocage, l'impossibilité pour toi d'apprécier les histoires, d'en raconter, surtout d'en raconter, c'est ennuyeux quand on projette d'écrire un roman, Bob demande elle remonte à quand, Albin songeur dit à toujours, enfin à l'enfance, tout remonte à l'enfance et se souvient, on est en mai, peut-être en juin, les jours rallongent et les hannetons lourds chutent empesés sur le bitume, rugueuses leurs pattes un coup irritent la paume, un coup chatouillent, déjà neuf heures du soir il n'a pas vu le temps passer depuis qu'il a quitté l'école avec ses copains, il y a Milou, Kevin, Pierre-Jean et Loïc, Loïc a les cigarettes comme promis, chourées à son père, Chesterfield sans filtre, ils les têteront jusqu'à la dernière au fond de ce dépôt désaffecté où ils ont l'habitude de se retrouver, maintenant il lui faut affronter le regard de son père en expliquant que oui, voilà, Monsieur Bourdin l'instituteur nous a gardés parce que, parce que, pour que, enfin, pourquoi il les aurait gardés Albin a oublié son alibi et bafouille c'est toujours comme ça, baisse la tête et attend, attend ces mots que son père immanquablement prononcera, ses mots favoris, s'il ne les dit pas cent quinze fois par jour, avant même que son père ouvre la bouche ces mots il les entend, Albin, les mots que son père dans un instant dira il les entend, il les entend déjà, il n'entend qu'eux, ne me raconte pas d'histoires, parfois son père dit ne me raconte pas d'histoires tu veux, parfois ne me raconte pas d'histoires s'il te plaît, parfois ajoute tu ne sais pas, il les entend encore.


Rien à voir
Un bar. Pas d'ouverture à l'exception d'une porte close. Le barman derrière le comptoir. Sur un tabouret le client, accoudé au bar.
Le barman : Une dernière pour la route ? Une petite dernière avant...
Le client : Une dernière, pourquoi pas.
Le barman : Plutôt douce ? Ou une raide, une bien raide, cruelle...
Le barman se retourne, tend le bras. À la place des habituelles bouteilles, alignés sur des étagères comme dans les rayons d'une bibliothèque, des livres.
Le client : Je ne sais pas, c'est comme vous voudrez je vous fais confiance. Une bonne en tout cas. Une bonne petite dernière avant... avant quoi...
Le barman : Justement... Avant quoi...

vendredi 3 avril 2009

523. pas d'histoires (2)

(Avant-)Hier évoque accessoirement la terrible histoire inaugurée par la lecture et l'écriture, quelques billets (plus un) auparavant dit ne pas aimer les histoires en chercher encore moins.
Anti-historique, Albin ?

Un mot inutilement rupin ; il désigne tout, son contraire et leur confusion, ce qui est réel ce qui ne l'est pas et cette impossibilité de distinguer entre les deux autrement que par l'artifice, l'Histoire sera réelle encore que, pas toujours, une histoire est imaginaire ? attention, pas à tous les coups ; même avec l'artifice ça ne rend pas ; un mot somptueusement impuissant.
Pinailleur, Albin ?

D'un rien faire un plat, pittoresque et dramaturgie sans parler du souci d'édifier, le sens toujours et encore, s'entend dire à qui veut qu'elles ne le font pas rire, les plus sophistiquées, pas davantage pleurer, progression vers la chute sans surprise, du convenu un brin vulgaire, galéjade ou roman noir toute histoire a forcément l'accent.
Snob, Albin ?

Et puis son cœur s'emballe aux douze coups de minuit quand une main sous la table en prend une autre, et puis retient ses larmes quand...
Midinette, Albin ?

À propos
S'enquiert juste pour la forme la réponse sa mère la connaît que cette philosophie de comptoir inquiète et sérieusement commence à bassiner :

Bien chié, Albin ?

jeudi 2 avril 2009

522. pas d'histoires (1)

Hier évoque accessoirement la terrible histoire qu'inaugurent écriture et lecture, quelques billets plus tôt dit ne pas aimer les histoires en chercher encore moins...

À suivre...

mercredi 1 avril 2009

521. le chien de broutin (2)

Les plus grands, vous dites vous-même qu'il a lu les plus grands philosophes, les plus grand poètes, alors vous voyez, et puis le chien n'est plus si jeune il n'est plus vraiment mince d'accord, il a des rhumatismes c'est vrai mais il est gentil, tellement gentil...
Il bave, vous avez oublié.
Une peluche je vous dis.
Il est bête au dernier degré, ça fait bien dix ans qu'on essaye de lui faire donner la même patte et rapporter le même bâton.
Un gros chien qui bave et n'avance pas, fait Albin et poursuit in petto dans le couloir à longs pas lents pesants vers le bureau, tout le portrait de son maître, humain, trop humain, il n'y a que les hommes et les chiens pour être des lourdauds rhumatisants, sédentaires ils trompent l'ennui en lisant, les meilleurs auteurs ou les plus médiocres aucune importance la bêtise s'en nourrit également, qu'un animal sauvage puisse être bête on ne l'imagine pas, cela n'a pas de sens et je me trompais quand je disais que lire n'est pas indispensable, lire est indispensable, absolument indispensable, lire est la base, la cause, le fondement de toute bêtise, lecture et écriture marquent le début d'une terrible histoire, alpha, bêta, bêtise, alphabétisation ou la bêtise à la portée de tous et on aboie, comme ce gros chien qui bave et n'avance pas on aboie...
...un chien qui lit les philosophes et fait des poèmes, dit Albin tout haut à petits pas pressés dans le couloir, j'en mettrais ma main au feu, Madame Marcel.
Qu'est-ce que vous dites encore de ce bon gros nounours ? demande une voix de la cuisine, je vous sens une humeur de roquet ce matin.


À propos
Ce n'est pas la peine d'apprendre à lire, quand l'odeur de la viande se sent à trois kilomètres. Pourtant, si vous habitez Moscou et avez un tant soit peu de cervelle, que vous le vouliez ou non vous finissez par savoir lire, et sans avoir eu besoin de prendre des leçons. Sur les quarante mille chiens de Moscou, il ne doit pas y en avoir un qui soit assez idiot pour ne pas savoir épeler le mot saucisson.
... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ...
Journal du docteur Bormental
Charikov (Bouboule) lisait. Il lisait (trois points d'exclamation). C'est le Glavryba qui me l'a fait comprendre : il lisait mais en commençant par la fin. Et je sais aussi où se trouve la raison de cette étrangeté : dans le croisement des nerfs optiques chez le chien.
.. ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ...
(Le docteur Bormental à Charikov-Bouboule, le chien) :
-Vous devriez lire un peu, proposa-t-il, sinon, vous savez...
-Mais je lis, je lis...
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-...Et que lisez-vous ?
-J'ai lu la... comment dit-on... la Correspondance d'Engels avec ce... comment diable... Kautsky.
.. ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ...
-Permettez-moi de vous demander ce que vous avez retenu de cette lecture ?
Bouboule haussa les épaules.
-Je ne suis pas d'accord.
-Avec qui ? Avec Engels ou avec Kautsky ?
-Les deux.

Cœur de chien, Mikhaïl Boulgakov, Éditions Champ Libre

mardi 31 mars 2009

520. variations et contrepoint

Sur Variations et contrepoint

Variation 50.

l'inde de
patrick

lundi 30 mars 2009

519. le chien de broutin (1)

J'ai rencontré Monsieur Broutin ce matin, il m'a parlé de son dernier livre et en l'écoutant je pensais à vous, vous qui poussez parfois la mauvaise foi jusqu'à laisser planer un doute sur son talent, il a une culture, une de ces cultures, impressionnante, il m'a parlé de tous ces philosophes, tous ces poètes, il les a tous lus...
Tous il ne faut rien exagérer mais il a beaucoup lu, effectivement, des philosophes et des poètes il en a lus, et des plus grands.
Vous voyez... Il promenait son chien.
Des plus grands, le mystère est là. Il a toujours le même chien ?
Les plus grands, vous le dites vous-même... Vous voyez...
Et je devrais voir quoi Madame Marcel ?
Puisque vous le dites vous-même...
Un vieux gros chien qui bave et n'avance pas ?
Il a lu les meilleurs, c'est vous qui le dites, non ?
Je ne dirais pas que lire est indispensable mais ça aide...
Un nounours, une vraie peluche.

(À suivre...)

Rien à voir
Sur les murs il n'y avait pas un seul miroir mais des dictionnaires accrochés ouverts, parfois entre deux dictionnaires une photographie de montagnes et rien d'autre, uniquement des montagnes que l'on pouvait fixer longuement sans qu'elles en parussent gênées le moins du monde.

dimanche 29 mars 2009

518. albin dimanche

à propos :
pioche en sixième
(livre premier)
moralité en première
(livre deux)

De mouche ou de vermisseau
Disant : regardez bien, ma sœur,
Et faisait sonner sa sonnette.
Sire loup l’eût fait volontiers !
Venez, singe ; parlez le premier, et pour cause,
Le couvert se trouva mis,
Et que la faim en ces lieux attirait
Présentait partout à ses yeux,
Qui, de leur chef, sont si puissants,
Voyons comme les dieux l’ont quelquefois payée,
Elle frappe à sa porte, elle entre, elle se montre,
Il met bas son fagot, il songe à son malheur
Et partant,
Ce brouet fut par lui servi dans une assiette
Dont le branchage, après Dieu, le sauva.
Serait bien mieux son affaire :
Les témoins déposaient qu’autour de ces rayons,
Vous oblige à baisser la tête.


Quelle chose par là peut nous être enseignée ?
Charlatans, faiseurs d’horoscopes,
Il faut se mesurer ; la conséquence est nette,
Car qui pourrait souffrir un âne fanfaron ?
Quant à vous, suivez Mars, ou l’Amour, ou le Prince ;
Toujours par quelque endroit fourbes se laissent prendre.

samedi 28 mars 2009

517. un double s'il vous plaît

Lassé de le confondre avec le premier le deuxième le troisième et jusqu’au neuf cent quarante sept mille huit cent vingt sixième passant Albin a décidé que désormais son double est noir.

Noir dira-t-on la belle affaire maintenant Albin confondra son double avec les seuls passants noirs tu parles d’un progrès.
Des dorades noires, vous en connaissez deux, vous ?

Précisons que le double d’Albin n’est pas fixé (certaines dorades mâles après quelques années deviennent femelles -pour les autres c’est l’inverse).

Idem pour la couleur et le régime alimentaire : la nuit tous les doubles d’Albin sont gris et s’entredévorent.

Qu’il succombe à son charme, voilà ce quAlbin plus que tout redoute et que son double sombre.
Suive le loup blanc comme son ombre à l’aube d'un jour sombre.

Rien à voir
Plainte en justice de la LDF contre Monsieur de La Fontaine qui confond avarice avec prévoyance et louable sens de l’économie et attribue à la famille entière -LA fourmi n’est pas prêteuse- ce trait dont il soupçonne sans preuves tel de ses membres ou bien son frère.

(Craignant que l'affaire ne grève ses finances le Bureau de la Ligue Des Fourmis en profite pour lancer au nom de ses 5 347 000 000 d'adhérents un appel solennel à ses deux généreux membres donateurs.)

vendredi 27 mars 2009

516. du banc d'espagne au blanc

Son double Albin le prend parfois pour un passant ou bien c'est l'inverse.
Un passant quelconque. Visage silhouette démarche à s'y méprendre.

Pas toujours facile de le reconnaître, son double, le premier venu lui ressemble à pas menus dans le couloir vers la cuisine qu'est-ce que vous nous faites de bon Madame Marcel, il serait midi quarante-sept.

Ce matin j'ai trouvé chez Lancelot une dorade superbe, regardez-moi ça, voyez-moi cet œil clair, je vous la prépare à la mode de San Sebastian vous connaissez ? non ? vous m'en direz des nouvelles nous en avons vu un banc en Espagne vous vous rappelez je suis allée en Espagne avec mon petit-fils aux dernières vacances un jour nous avons fait une promenade en bateau et le même soir nous sommes allés, Albin distrait, captivé par ces reflets dorés, au dessus des yeux, sur les joues, Madame Marcel l'enfourne la dorade le regarde, son œil clair transparent se trouble, vire au vitreux, du vitreux passe au blanc compact ferme, définitif, ojos de besugo ventanas del alma murmure Albin.

Qu'est-ce que vous dites ? le même soir nous sommes allés dans un restaurant, c'est du latin ?...
Les yeux de dorade sont les fenêtres de l'âme...
...et dans ce restaurant... du latin vous avez dit ?
...los ojos que parecen de perlas, antes son de besugo, que de Dama, Cervantes... œil de daurade figé fenêtre au blanc d'Espagne fermeture de l'âme...
Ne vous inquiétez pas pour les fenêtres je les ferai demain en attendant ouvrez-les plus grand s'il vous plaît...

...tout ce bruit, friture, hotte électrique, l'ail crépite dans la poêle, et les piments, sur un deuxième feu Madame Marcel tourne à l’aide d'une cuillère de bois le vinaigre qui réduit dans la casserole épaisse, tout ce bruit, ces odeurs...

...presse un citron prestement incorpore le jus au vinaigre vous savez il faut compter une bonne vingtaine de minutes encore, vous avez dit latin ? j'en étais où, ah oui nous sommes allés au restaurant et dans ce restaurant ils servaient une de ces dorades j'ai demandé la recette au chef et figurez-vous...
...de l'espagnol Madame Marcel, de l'espagnol... oculus pravus lumen perversum...

Son double Albin le prend parfois pour un poisson ou bien c'est l'inverse.

jeudi 26 mars 2009

515. crise (2)

Double. Doubler pour sentir qu'on y est mais dans quel sens. Profondeur hauteur ou surface tout y ramène et colle on n'en sort pas.
Impossible de passer à côté.

Albin écrit qu'il écrit.
Albin écrit Albin écrit.
Tautologie, profondeur à plat, mensonge le plus proche de l'idée qu'Albin se fait de la réalité, profondeur de papier.

Albin son appareil photo approchait à peine un reflet ou son ombre alors écrire.

Cette gêne en présence de ceux qui réalisent, font, croient faire.

Le choc qui se répète au-dessus de sa tête, près du plafond, cette odeur de roussi et lui, assis à son bureau lui qui se dit et moi, quelle est ma lumière.

mercredi 25 mars 2009

514. crise (1)

Apprendre à peine et oublier beaucoup sans chercher à comprendre ou pas trop, déconstruire dans la joie ce qu'il avait joyeusement construit et partir, ni s'installer ni acquérir mais partir, quitter pour s'appauvrir, Albin n'a pas attendu la crise pour en faire son mode de vie.

Enfin c'est ce qu'il dit, Albin n'a pas attendu la crise pour aller de rodomontade en fanfaronnade, ce qu'il dit par la voix de son double, d'Ulysse à Plume en passant par Madame Bovary la fiction sert toujours de caution au réel et l'englobe, le dépasse, a beau le stimuler le réel peine à imiter l'art.

On citera un film, un livre, fera référence à un personnage et la fiction toujours pour l'illustrer, lui tenir lieu de preuve, le réel est trop éphémère, illusoire, inconsistant, sans la fiction qui lui donne corps et en atteste que reste-t-il de lui ? Nib.

Albin ne saurait vivre sans son calepin. Hier encore il disait de son double de papier qu'il est un loup pour lui, comprenons-le, pour, le petit mot pour signifie tout et son contraire dans ce cas précis il veut dire son contraire c'est à dire avec, et non contre, pour ici signifie en faveur de : son double de papier c'est son loup de garde, son loup gardien, rempart et protecteur il va en éclaireur, protège Albin, pour lui affronte et pare, Albin n'a pas attendu la crise pour se précautionner contre elle.



(À suivre...)

mardi 24 mars 2009

513. 折り紙

Origami : n. m. Mise au pli. À partir de rien et pli après pli une forme apparaît plus ou moins stable et plus ou moins ressemble à du connu. SYN. Identité.

Albin est pour Albin un loup de papier.

lundi 23 mars 2009

512. école de københavn

La bave d'Albin crapaud nous en dit plus sur l'estomac et sur la bile d'Albin crapaud que sur la couleur des plumules et des pennes d 'Albin colombe.

Les lunettes d'Albin nous en apprennent moins sur le flou et l'inconsistance du réel que sur la myopie d'Albin (-11).

Ce qu'Albin lit dans son calepin s'avère il s'en rend compte très différent de ce qu'il écrit qui est autre chose que ce qu'il pense ce qu'il pense n'étant pas ce qu'il comprend ce qu'il comprend ne se révélant pas loin s'en faut superposable à ce qu'Albin se représente qui a bien peu à voir avec ce qu'il croit et moins encore, encore moins à voir avec ce qu'il voit lorsqu'il parcourt le calepin d'Albin.

Dans l'expérience célèbre des deux fentes, photons atomes et électrons ont des comportements variés selon ce qu'on leur fait subir. Qui passe par quelle fente et comment ; positions, vitesse et vibrations : des propriétés qui n'existent pas hors leur mesure par l'instrument d'Albin.

dimanche 22 mars 2009

511. albin dimanche

Une pioche pour une autre

Lui : Oui, vraiment Caribou ! Le saupiquet s'est prolongé fort dur. On a frétillé, rançonné, rerançonné, refrétillé, câliné des boulettes à plein flocons : je me demande où nous cuivrera tout ce potage !

Elle : Mais oui !... Allez-y, je vous en mouche !

Lui : Ce miroton est un bavoir qui sera pour moi toujours plein de punaises !

Elle : Oh l'autre eh !

L'autre : Allez jouer des escarpins sur leurs mandibules !

Elle et l'autre : Allez ! Allez ! Allez !

Lui : C'est bon ! C'est bon ! Je croupis ! Je vous présente mes garnitures. Je ne voudrais pas vous arrimer ! Je me débouche ! Je me lappe ! Madame et chère cheminée !...

Elle : C'est ça ! C'est ça !

Lui
: Ma douce patère, adieu et à tribord sur la moleskine...

L'autre et elle : Ma terre !

samedi 21 mars 2009

510. à trois temps (bis)

temps et relativité
Des éphémères on dit ils ne vivent pas longtemps, quelques heures, quelques heures à peine, en oubliant de préciser ça fait quand même trois cent cinquante millions d'années que ça dure.

temps et tambouille
Un peu de sucre et d'imagination voilà qu'il prend de la saveur, une autre consistance, le temps rassis n'est plus ah que voici le bon temps perdu.

temps et avenir
Demain on rase gratis : le pire est à venir pour le barbier.

vendredi 20 mars 2009

509. à trois temps

suite à donner au 19 mars
Atmosphère studieuse, discussion serrée, malgré trois divergences les syndicats se mettent d'accord sur l'après 19 mars : finalement ce sera dans l'ordre les 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30 et 31 mars.
Après on verra.

quel jour est-on ?
Aujourd'hui c'est vendredi Albin voudrait bien qu'on l'aime...

recherche
Albin au jour le jour n'est fait pour rien, ce rien lui va, vit tout comme ça, pour rien, ailleurs Broutin parle temps perdu, tout ce temps, pour rien, vocation ratée mais laquelle, pompier ? petite sirène ? ailleurs ou plus tard, ou bien c'est Broutin qui, Albin que.

jeudi 19 mars 2009

508. défilé

un groupe qui manifeste une piéride du chou revendique une baguette plus ou moins on ne sait quoi un chat gris le monument aux morts et des hommes tête nue une voiture qui klaxonne cheveux blancs parfois chauves des pigeons certains portent un drapeau des moineaux bruyants recueillis pendant que la sono diffuse L'Arbélie c'est fini des policiers L'Arbélie c'est fini est une chanson d'Hervé deux chiens dont un bâtard craintif exigent une baguette plus blanche ou plus franche difficile à dire un bonhomme sur le trottoir demande à tous les passants quel jour on est des policiers L'Arbélie c'est fini on l'entend parfois sur Radio Variétés pas souvent il fait chaud un voyageur attend le bus ce n'est pas loin de là la plus connue d'Hervé un député de gauche qu'on voit souvent dans les journaux marche en parlant dans son portable le bus passe la même voiture klaxonne une odeur de pain frais dans le bus un jeune homme au long cou porte un chapeau bizarre la même ou une autre voiture un député de gauche ou bien un type qui lui ressemble Albin franchit le seuil de la boulangerie il fait chaud on est quel jour il fait chaud quel jour on est aujourd'hui


mercredi 18 mars 2009

507. plénitude

Ici comme ailleurs, comme d'habitude Albin l'a signalé, c'est exigé, le règlement, une pratique à laquelle il se plie volontiers, ici comme ailleurs et comme d'habitude ils ont soigneusement noté son état et puis oublié, après un temps tout oublié, son état, sa fragilité, les précautions à respecter, l'ont approché, ont commencé à lui parler à lui sourire comme si de rien n'était, sont allés jusqu'à rire avec lui Albin s'est laissé prendre, à un moment donné il rit il éternue et postillonne, à part cette jeune fille et son gloussement, vite réprimé, regards réprobateurs, personne n'apprécie mais qu'est-ce qu'il y peut, ici comme ailleurs et comme d'habitude il l'a signalé, ensuite il s'est laissé prendre c'est vrai, lui, eux, tous se sont laissé prendre, lui n'aurait pas dû il a joué le jeu, aurait pu s'abstenir, d'accord, eux aussi non ? sont allés jusqu'à rire avec lui, à lui taper de bon cœur dans le dos et cette fois la jeune fille n'a pas aimé, le contact, l'odeur, la brûlure dans les yeux, éclaboussée avec les autres, personne n'a aimé ça mais quoi, Albin ne va pas non plus toutes les cinq minutes rappeler qu'il en est imprégné, imbibé, gorgé, rempli de pied en cap, qu'il transpire le formol.

mardi 17 mars 2009

506. vides au détail

Il n'y en a pas il y en a quatre ou cinq ou davantage, noirs et lourds, tombés du ciel et qui le barrent sur lesquels les oiseaux les bateaux les nuages ne se posent pas le soir venu tamisent les rêves, les sassent et les ressassent, horizons verticaux du ciel de la prison.

L'humanité ? Une abstraction. N'existe pas. Seuls ces individus singuliers sont réels et réel ce lien qui les unit : l'intrus vire l'importun qui élimine le fâcheux qui liquide le gêneur qui raye l'insupportable qui exclut le trublion qui supprime l'inutile qui expulse le fantôme efface le creux anéantit le vide...

Un mot, un train, un sentiment, un lieu commun, un visage, une odeur, un vide, un chat noir, un regard, un voyage, un courant d'air, une peau, un lieu commun, un regret, le son d'une cloche, un vide, un fruit mûr, un enfant, un rêve, un lieu commun, un paysage, un espoir, un vide, une opinion et Albin réceptacle, désert hospitalier, Albin vide étape.

lundi 16 mars 2009

505. des goûts et des couleurs

1. des goûts
Le dimanche le tiercé, un goût marqué pour les politiciens à poigne, la conviction de l'exemplarité de la peine à l'occasion liquider un violeur, un pédé, la prison est ce lieu où valeurs bourgeoises et ordre moral ne sont pas de vains mots.

2. et
Jamais le même par rapport à celui qu'il n'est plus Albin ne change pas : mouvement et relativité sont les deux mamelles de son invariance.

3. des couleurs
Les jours rallongent spectaculairement, croisé ce soir à sept heures et demie deux noirs, un blanc, trois roux, un cinnamon, un crème, un lilas, un bleu russe, un british chocolat, un abyssin fawn, dans le tas pas un seul chat gris.

dimanche 15 mars 2009

504. albin dimanche

traîne sa carcasse sur le carreau et se demande pour quelle raison et ce que Dieu le Destin la Nature ont voulu question à laquelle le Talon de Bob apporte une réponse qui vaut ce qu'elle vaut la radio dit qu'un jour je parlerai moins jusqu'au jour où je ne parlerai plus un jour je courrai moins jusqu'au jour où je ne courrai plus légèrement faux et décalé Albin chantonne le même ou un autre couplet aura-t-il seulement entendu la réponse avec tout ce vacarme gesticule sur place aura-t-il entendu le craquement près de l'évier gesticule sur place aura-t-il entendu son craquement gesticule sur place place un cafard

samedi 14 mars 2009

503. sagesses en vrac

Ni moins rusé ni moins voleur à mille ans qu’à vingt, juste un peu moins rapide Albin numéro d'écrou 12 cellule 4 326.

Le sage parle.
Le sage se tait.
Et chanter, non ? Chanter jamais ?

Albin parle pour ne rien dire :
a) tient des propos qui n'ont pas de sens ?
b) s'exprime dans le but de ne rien révéler qu'il voudrait cacher ?
c) n'a rien d'autre à dire que ce qu'il dit et n'a pas de sens ?
d) dissimule par ses propos dépourvus de sens qu'il n'a rien d'autre à révéler ?
e) laisse supposer par ses mots anodins qu'il aurait quelque chose d'autre à dire ?
f) révèle par ses propos dépourvus de sens qu'il n'a rien d'autre à révéler ?
g) le sens de ses propos est-il précisément en ceci qu'ils en sont dépourvus (et dès lors que ce manque de sens prend un sens ses propos n'en sont plus dépourvus) ?
h) tout a un sens ?
i) tout a plusieurs sens ?
j) rien n'en a ?
k) on en prête à tout ?
l) on n'y échappe pas ?
m) etc. ?

vendredi 13 mars 2009

502. genèse et solipsisme (3)

Pour tout c'est pareil. À chaque fois. Albin fixe un principe général de fonctionnement, un principe tout à fait correct -ici une ligne unique et son blocage dès que deux interlocuteurs s'y collent-, et pourtant, cela ne va pas sans problèmes. Ni ratés.

Ainsi, élargissons, après force observations Albin a-t-il déduit que son univers tourne de la manière qui suit : lui crée, pense à un personnage et voilà qu'il apparaît, sort du néant, prend vie, Bob, Madame Marcel, les autres.
Jusque là rien à dire.

Rien à dire hormis ceci : ce qui précède est aussi exact qu'incomplet, ne suffit pas à tout expliquer. Là où ça coince c'est que parfois, à son insu, contre sa volonté, Albin se retrouve sur le stade de football, dans la rue, à la boulangerie, comme téléporté, ne maîtrise plus vraiment son sujet.
Alors quoi ?

Ici Albin émet deux hypothèses :
1. reprenant l'exemple de la ligne occupée se dit qu'il y a dans sa pensée trop de hâte et dans sa création : tout se bouscule au portillon, il crée trop rapidement un interlocuteur
qu'il précipite trop vite sur son combiné soit en même temps que lui, Albin, se précipite sur le sien, l'interlocuteur et Albin appelant en même temps, blocage, la ligne est occupée.
2. la multiplication des personnages fait qu'Albin relâche son attention et du même coup la bride, ses créatures en profitant pour exercer ce qu'elles croient être leur libre arbitre, dit autrement une manière de démocratisation du solipsisme, illusoire comme toute démocratie se dit Albin qui sait qu'il tient tout ça d'une main de fer de son bureau Albin seul maître à bord et du bureau se retrouve sans savoir comment ni pourquoi dans la cuisine, Madame Marcel contrariée d'abord s'impatiente je vous croyais dans le bureau à travailler ce n'est pas encore l'heure du repas vous voyez bien que je fais le carrelage et ne marchez pas là vous allez tout mouiller la moquette et le parquet, s'impatiente un peu mais pas trop, puisque vous êtes là tenez vous allez m'aider à le déplacer le buffet, s'impatiente à peine pour la forme finalement pas fâchée de l'avoir dans les jambes depuis le temps qu'elle lui demande de l'aide pour le bouger le grand buffet se disait oui ou non il va finir par arriver et le voilà, Madame Marcel regarde Albin, lui sourit, on y va ?

jeudi 12 mars 2009

501. genèse et solipsisme (2)

Entre création et compréhension il y a hélas l'intelligence, la ligne est occupée dit le jeune homme sportif Albin comprend il y a une ligne une seule, deux personnes appellent en même temps et c'est terminé, ligne occupée, deux personnes soit lui, plus un autre que lui. Forcément un autre que lui.
Mais quel autre ?

Il ne connaît connaître c'est beaucoup dire que ce jeune homme rugbyman ou surfeur plus ou moins technicien prénommé par lui Bob (Madame Marcel, son petit-fils, la boulangère, le factotum, Broutin, sa femme et tous les autres, il ne les a pas encore créés).
Or Bob est là, à ses côtés : il ne peut pas être sur la ligne en même temps qu'Albin.
Donc qui ?
Que se passe-t-il exactement ?

À suivre...

mercredi 11 mars 2009

500. genèse et solipsisme (1)

Le troisième jour, le troisième jour croit-il cela ne date pas d'hier, Albin créa le téléphone et dans sa hâte aussitôt voulut l'essayer sans se soucier objecta-t-on de ce qu'il n'avait pas encore créé l'annuaire ni quelque ami ou vague connaissance abonnée le problème n'est pas là, Albin créa le téléphone n'est qu'une formule, une façon de parler qu'il emploie par pure commodité, en vérité le téléphone lui est consubstantiel et vice et versa, d'une manière ou d'une autre il faut bien s'exprimer non ?
Donc veut l'essayer. Coups brefs ininterrompus. La ligne est occupée fait un jeune homme surgi de nulle part aux contours flous mais quelle allure, décidée, résolument sportive, Albin ignore encore s'il sera rugbyman ou surfeur pour cette raison immédiatement le prénomme Bob.

À suivre...

mardi 10 mars 2009

499. c'est qui c'est quoi albin

Albin c’est moi.”
Madame Bovary (bis repetita placent)

Albin c’est ça, dit en montrant la coquille vide le même qui regardait tantôt le doigt, sur la lune Albin bave.

Albin, le Graal du pauvre.

Le texte promis ne viendra jamais il est déjà là. Mais dans ce cas, Albin... Albin ? Même pas un prétexte.

Qui ressemble à un autre avec cette illusion parfois d’une différence, même infime, dans le meilleur des cas Albin serait un exercice de style, pourrait, mais bon, un mot c'est déjà ça, Albin un bon mot, pas si mal, non ? un point-virgule ? pourquoi pas point-virgule, un truc, que voulez-vous dire par un truc, gribouillis ? comme vous y allez, va pour gribouillis mais dans le gribouillis peut-être une lettre, en cherchant bien, une lettre comme celle que fait le blanc, vous savez, sur les bandes du billard, ou un blanc, tiens, rien qu’un blanc, Albin, sans lettres sur les bandes du pillard nib de nib rien qu’un blanc, ni mot ni point-virgule ni gribouillis un blanc, bon ça vient tu crois pas que t’en as assez mis y a pas à réfléchir tu le joues massé et c’est tout, s’impatiente Bob on est mardi, Albin crayonne le bout de sa queue en évaluant les boules, jour de leur partie de billard français le bout de la queue s’appelle un procédé.

lundi 9 mars 2009

498. odyssée au bureau (même à quai quête)

Albin cherche la mer, le sommeil, quatorze heures à midi, Mirza, une botte de foin dans le chas d'une aiguille, le Graal, un motif d'insatisfaction, le chameau dans la botte, trois sujets d'émerveillement, une issue, les toilettes, le moyen d'en sortir, ses marques, le moyen d'y entrer, des problèmes, le chapeau dans la motte, une voie d'eau, le moyen d'y rester, des girolles, la lettre volée, les paroles d'une satanée chanson, un restaurant, les deux bouts du bâton, à s'ébattre...

Albin ne cherche pas midi à quatorze heures, la hotte du Père Noël, à briller, le salut, une idée, fortune au clair de lune, son souffle, un port d'attache, sa voie, fortune à Zanzibar au zénith et ne cherche pas d'histoires, les meilleures ne sont que de bonnes blagues à peine améliorées, à joindre les deux bouts, sa voix, à se faire remarquer, son chemin, l'âme sœur, la solution, à plaire, la gloire...

Albin cherche quoi ? des embrouilles ? des poils sur les œufs ? des poux ? la petite bête ? cherche la trace d'Albin, sa trace, Albin, sa trace, cherche Albin, cherche Albin ! Cherche !
On va le trouver, faut pas le chercher !

Ne cherche pas et trouve que ça lui va à écrire comme ceci comme cela, à voir le monde plus ou moins noir ou blanc, obstinément, résolument, frénétiquement, nonchalamment, négligemment, ne cherche pas.

L'autre : Ne cherche pas ? Chiqué ! Mon œil ! Cherche un regard...
Albin : Pis quoi plus !
L'autre : ...et dans les livres et tous les dictionnaires ces mots censés le constituer, Albin cherche les mots pour se dire...
Lui : Pis quoi encore !
L'autre : Pis hésite, Albin cherche ses mots.
Albin : Même pas vrai ! Même pas vrai !

Le chœur : Du chiqué ? Merdre alors ! (ter)

dimanche 8 mars 2009

497. albin dimanche

Sur Variations et contrepoint

Variation 49.

yapaquelesyanomamis

samedi 7 mars 2009

496. effet papillon

Défenseur qui colle au football Bob a d'autres qualités, sait s'adapter et l'intuition, sent parfaitement quand il faut le varier, le registre, ou l'à-propos plus que l'intuition si l'on trouve mieux approprié, si l'on préfère, quoi qu'il en soit clos pour l'instant le précédent chapitre, la solidarité, les autres, change de disque mais ne lâche pas prise Bob l'opiniâtre derrière Albin dans le couloir en a après les fonctionneurs, ne savent que se laisser porter, la machine, l'inertie, routine et compagnie, initiatives zéro, les fonceurs c'est quand même autre chose, ceux-là oui, se lèvent et font le monde et du neuf s'il vous plaît, toujours du neuf, Albin fait bof, fonceurs, fonctionneurs, refait bof, à son goût même les fonctionneurs en font trop, beaucoup trop, alors fonceurs ou fonctionneurs, les uns comme les autres ne pensent qu'à ça, changer, plus ou moins vite mais chambouler, pas comme les Yanomamis, rire et fumer au fond de leur hamac, fumer et rire, ne font rien d'autre les Yanomamis et puis arrêtent de rire et rêvent, rêvent le monde tel qu'il est, tel qu'il fut, qu'il sera, on entend juste un souffle, un battement, le papillon léger plie et déplie ses ailes et de fil en aiguille, atmosphère, variation, exponentielle du temps passé, paradigme, hasard modèle et météo, de papillon d'Amazonie Albin se retrouve au Japon, zéphyr comme un baiser à effleurer le nez trop long de Cléopâtre.

vendredi 6 mars 2009

495. égoïste et solidaire

Et les autres, les autres alors ! Madame Marcel lui reproche de ne penser qu'à lui, de ne parler à tort et à travers que de lui, lui, toujours et encore lui, Bob en remet une couche, les temps de crise, la nécessaire solidarité, les autres ici, solidarité là, n'ont que ces deux mots à la bouche, solidarité, les autres, les autres, solidarité, Albin ne comprend pas, lui faire ce grief à lui qui trois billets plus tôt, trois billets à peine, était un marque-page faisant corps avec pour commencer deux pages, la 46, la 47, puis tout un chapitre, ensuite un livre entier, et aussi des doigts, une adolescente, la corbeille à papier enfin, trois billets plus tôt ou peut-être quatre, lui la plupart du temps dans la confusion qui s'identifie, se métamorphose, se fond dans, se fond se confond avec, avec les éléments, les êtres et les choses, lui qui fut graine ailée, étoile, poussière, arbre et cafard, chaise et bureau, il en passe, qui sera Dieu sait qui, Dieu sait quoi, lui qui sans calepin sans ciel sans voisine sans voisin sans crayon sans les autres sans factotum sans le reste n'est rien, lui qui est Jocelyn Bouineau, Broutin, la femme de Broutin, lui qui parfois même est Albin, alors les autres, quel sens ce mot peut-il avoir pour lui, pour penser aux autres ou seulement les envisager ne faut-il pas d'abord s'en distinguer, s'affirmer soi distinct, différent, autonome, singulier et saillant, individu tellement fragile dont à juste titre on prend soin, se soucie, se soucie d'abord, avant tout, se soucie pour tout dire exclusivement, à partir de là on peut prendre la pose, uniquement à partir de là éclôt et s'épanouit la solidarité, une pensée pour les uns et puis soi, une pensée pour les autres et puis soi, Albin n'en est pas là, bien en-deçà, pas assez évolué, Albin, en-deçà de soi, pas assez policé, raffiné, civilisé, délicat, décadent, à l'écoute et attentionné, Albin est un autre, les autres sont Albin, entre égoïsme et solidarité le distinguo est trop subtil pour lui, la solidarité? les autres ? il faut être sacrément égoïste pour s'intéresser aux autres fait-il à petits pas légers vers le bureau en sifflotant.

jeudi 5 mars 2009

494. conventionnel (2)

Pendant la PARENTHÈSE où était-il passé, se demande-t-on, mais quoi, mais qui, il, Albin ? une convention facile Albin qui va qui vient, s'attarde en compagnie de Jocelyn, Jocelyn Bouineau, des éditions Millot, s'attarde en compagnie de Jocelyn Bouineau du côté des billets 452-453, une convention facile Jocelyn Bouineau ? qui déjà n'est plus lui, que par commodité on continue d'appeler Jocelyn Bouineau et n'est même plus un corps mais l'étrange, une drôle de chose à susciter l'étonnement, une drôle de chose bizarrement animée, innommable, à produire de la sidération, qui dérange, perturbe, tétanise un Albin qui n'est plus Albin, le temps s'est arrêté, une convention docile le temps, qui va, qui vient, qu'on remonte qu'on démonte et qui suspend son vol, que l'on croit arrêté et qui creuse, fait de cette drôle de chose que par commodité on nomme Jocelyn Bouineau sous l'œil glacé d'Albin comme un cadavre, presque de la poussière, rien du tout, il bouge encore un peu, c'est vrai, ignore tout de son sort on dirait, ne veut pas y penser ou il a oublié qui demande à Albin stupéfié et qui n'est plus Albin, une autre bière ?

mercredi 4 mars 2009

493. conventionnel (1)

Mais où donc était-il passé ?
(Pendant la Parenthèse on se demande où il était passé.)

On ne peut pas dire, une convention facile, il passe et va, il vient, file et suspend son vol, une convention docile, se remonte, se démonte, où était-il passé ? il était là, toujours là, au 452, au 453, les billets 452-53, n'a pas bougé, sont là, n'ont pas bougé, le bureau, lui, les sièges, Albin, Jocelyn Bouineau, Directeur de collection chez Millot, des mots, encore des mots, discussion décousue, le bien-fondé de la mention roman sous le titre, pas terrible le temps ces jours-ci, la situation du livre, de l'édition, on prend les nouvelles fraîches des alentours des uns, de l'autre, quelques bières Picon, pas bougé ou presque, et la famille ça va ? le tic-tac de l'horloge, l'aiguille, le frisson du rideau, et la santé ça va ? pas bougé ou alors à peine, ces mouvements de la tête et des bras, quelques secondes par-ci, par-là, Jocelyn Bouineau se lève, Jocelyn Bouineau n'est plus vraiment Jocelyn Bouineau et s'éloigne qu'on continue d'appeler Jocelyn Bouineau et qui n'est déjà plus du tout Jocelyn Bouineau Directeur chez Millot mais un corps, et encore, déjà n'est plus un corps mais l'étrange, une drôle de chose à susciter l'étonnement, une drôle de chose bizarrement animée, innommable, drôle de chose à produire de la sidération, drôle de chose qui dérange, et même qui perturbe, tétanise, dévisage un Albin stupéfié, Albin inquiet à mort qui entend une drôle de voix, d'où vient-elle, Albin n'est plus Albin le temps s'est arrêté, une autre bière Albin ?

mardi 3 mars 2009

492. quand

Qui que quoi dont où et comment, et pourquoi, et dans quel état, quand il est en proie aux questions standard, métaphysique, ontologique, axiologique, identité, racines, tout ce qu'on voudra, Albin se métamorphose volontiers en marque-page, eh oui, et comment ? et pourquoi ? et pourquoi pas ! en tout cas c'est comme ça.

Ou bien parle à ses chats, il en a deux, les mots pour l'un à l'un, les mots pour l'autre à l'autre, et alors ? rien d'extraordinaire à ça ? demandez donc à Bob il trouve qu'il se ressemblent comme deux gouttes d'eau et a beau faire et s'efforcer n'a jamais su les distinguer et s'étonne, comment fais-tu dis-moi pour ne pas les confondre, facile rétorque Albin, l'un est noir l'autre est noire.

lundi 2 mars 2009

fin de PARENTHÈSE

Tout ça mène à ça

Gisant sur le parquet, délaissé, une nouvelle fois abandonné, ah qu'elle le prenne, qu’elle le reprenne enfin entre ses doigts...

Ramasserait par terre en pestant le livre ouvert pages 46-47, le fermerait, le rangerait là, dans l'étagère de la bibliothèque, celle du bas.
Plus tard stopperait l'aspirateur, se baisserait pour prendre entre pouce et index le vieux marque-page et le considérant hésiterait, le bureau, l'étagère, le bureau, l'étagère, tout compte fait ce serait la corbeille à papier -également nominée, on ne l'avait pas dit ?
Reprendrait le traîneau mais pas pour longtemps,
il a beau être hyper équipé, brosse à moquette, brosse à parquet, suceur plat, suceur long, brosse à meubles, tube télescopique, effet cyclonique et donc par conséquent niveau d'aspiration plutôt correct, filtre Hepa anti-allergique, tube télescopique, si on ne le vide pas trois fois trois fois au moins en faisant le bureau la chambre et tout l'appartement aussitôt il pue, Madame Marcel une nouvelle fois proclame sa préférence pour les aspirateurs pourvus d'un sac dans le couloir vers la cuisine en maugréant.



dimanche 1 mars 2009

PARENTHÈSE 11. Alain Groux

Dernière page (11)



Tout ça mène à quoi
Va-t-il flancher ?
Tournera-t-il la page ?
Fais pas le con, Rank !
Fais pas l’imbécile !

Le moment où jamais de se réaliser
Les pages 46-47
Remonter vers elles à la force du poignet

Tombe et retombe sans fin

Se retrouve
délaissé
Gisant sur le parquet
Une nouvelle fois abandonné

Et s’étiole


Et voilà.

Et voilà ?
Pas tout à fait

samedi 28 février 2009

PARENTHÈSE 10. Alain Groux

Dernière page (10)


L’existence précède l’insistance à débusquer l’essence
Ulysse-Hadrien en crise bah
C’est de son âge non ?

Se réfugie se recroqueville dans sa mémoire d’éléphant en colimaçon qui trompe énormément
Remonte le cours d'une vie
La sienne une autre elles se valent toutes

Navigue à vue entre réel et illusion
Et illusion
Revient vers son présent
Et illusion

Passe par l’abandon
S'arrache repart
Case départ

Et illusion

Revoit ému les pages 46-47
Paradis perdu
Le chapitre II son premier livre les autres
En un clin d’œil tous ses voyages

Reproduit l'éternelle la banale expérience
Arrachement relatif éphémère

Ses rêves d’enfant
Une page une grande sa vie une oeuvre d’art qui ne fasse qu’un
Avec son existence

Clichés et compagnie

Le chapitre II son premier livre les autres
En un clin d’œil tous ses voyages
Rien sur la tristesse de l'encre
Rien sur le papier


Mais qu'elle le prenne
Surtout qu’elle le reprenne entre ses doigts



vendredi 27 février 2009

PARENTHÈSE 9. Alain Groux

Dernière page (9)



Dis-moi ce que tu lis je te dirai qui tu aimes
On n’échappe pas à son destin. Le passé, seul avenir de l’homme, toujours rattrape celui-ci.
Celui-ci c'est Ulysse-Hadrien le passé le reprit comme il l’avait laissé, entre pouce et index, lui faisant découvrir ces nouveaux univers, les livres accumulés par l’éternelle adolescente aimée des dieux au gré de ses rencontres amoureuses.

Son front plisse sur un essai ? Elle fréquente un philosophe. Fricote-t-elle avec un cuistot, là voilà feuilletant Brillat. Un dandy, et vient Custine. Plongée dans un atlas : cherchez l’explorateur.
En ce moment c’est un journaliste-écrivain.


Deux fois le même plat ?
Finis les grands voyages. Délaissé, gisant sur le parquet, une nouvelle fois abandonné Ulysse-Hadrien s’étiole (a-t-on jamais vu une adolescente amoureuse marquer les pages d’un journal, serait-ce celui de son amant).

Se morfond.
Revoit sa vie résolument ratée.
N’entrevoit pas d’issue.
(U-H toujours, évidemment.)

jeudi 26 février 2009

PARENTHÈSE 8. Alain Groux

Dernière page (8)


Il rêvait d’un autre monde
Avant d’en arriver là, deux prénoms : Ulysse, parce qu’il aime trop le deuxième nom du personnage, Personne ; Hadrien ? parce que dedans il y a rien.
C’est dire combien, certains jours, la détresse habitait le jeune Rank. C’est dire aussi sa discrétion et sa pudeur (qui dans les deux prénoms soupçonnerait le pourquoi).

Avant d’en arriver là, sensations, cette peau, ces mains adolescentes qui le touchent et le prennent, l’emportent, avec elles cette curieuse impression, comme s’il les reconnaissait.
Réminiscence, souvenir brouillé.
Trouble. Un monde fut le sien jadis dans lequel cette chair était là, présente.


Lamarck et Darwin sont sur un bateau
Duquel on l’aurait arraché.

Petit rappel d’un épisode douloureux, l’expulsion. Apparemment Ulysse-Hadrien s’est bien adapté, passant en un instant et quelques pleurs de l’avorton au marque-pages.
Bien adapté ? Pas assez vite. Subsistent en lui des traces de passé.

S’adapter n’est pas accepter de changer mais toujours se penser dans la permanence, la rupture étant l’accident que simplement on s’empresse d’effacer et avec lui l’état d’avant, s’adapter c’est tâcher d'oublier, ôter cet hiatus au plus tôt c'est tout.

Sa vie entre les pages 46-47 est son présent à tout jamais : U-H croit avoir gommé dare-dare et pour toujours le déchirement et le passé. Pourquoi pas l’avenir, tant qu’il y est.

Bien sûr qu’il se trompe.

mercredi 25 février 2009

PARENTHÈSE 7. Alain Groux

Dernière page (7)



L’émancipation à l’œuvre chez le travailleur de soi (-même)
Pour certains, U-H en est, l’émancipation en découle, un Ulysse-Hadrien bien décidé à travailler sur soi.
Ne se voit pas rester sa vie durant marque-page à sa maman. Devenir page un jour, devenir page à son tour. Et pas n’importe laquelle, une pointure, un format. Une grande page.

Une page unique ?
Tant qu’à rêver spectacle autant y mettre la dose, des paillettes à foison.


Satiété du spectacle
La vie est un genre littéraire. À qui s’y voit lâché avec un blase accidentel reste à se faire un nom de scène. Il s’en permet deux, prénoms glanés dans la foultitude de livres qu’à peu d’exceptions près l’adolescente entame comme toujours sans les terminer -changera-t-elle donc jamais.

Le même tourbillon les happe, désormais, elle et lui. Lui dont elle s’est on dira entiché partout la suit dans ses lectures, contraint et forcé.
Désormais l’univers d’Ulysse-Hadrien consiste en l’incessant voyage dans la multitude. Univers mouvant, incertain, sans but et sans limites, sans fin.

Le blasement naquit de la mobilité. A quel titre Ulysse-Hadrien aurait-il été épargné ? Libre et émancipé. Libre et trop tôt lassé de la littérature et conséquemment de la vie qui n’en est qu’un genre ainsi qu’en tout début de paragraphe il fut dit.

Mais avant d’en arriver là...

lundi 23 février 2009

PARENTHÈSE 6. Alain Groux

Dernière page (6)


Être et disparaître
Lui qui comme toute chose en ce monde essentiellement n’était rien est visiblement devenu ce que sa mère inconsciemment voulait qu’il fût.

Un marque-pages en tous points charmant. Oublié le frêle avorton. Le voilà élégant, fin, racé. En caractères gras, sur le côté face, qui lui va plutôt bien vu qu’il aime à singer comme un perroquet, à reproduire comme un papier calque à la virgule près, sur le côté face ce nom qui vite deviendrait le sien, Rank.
Il serait Rank le bien nommé.

(Reproduire, singer, les jeunes de quelque espèce que ce soit n’ont pas trouvé mieux pour se distinguer. Modèle, imitation, identification, à la bouche un cri de révolte incisif, bref, tranchant. Pour Ulysse-Hadrien c’était Rank, un mot pris mécaniquement à la page 46 dans laquelle on utilisait la photocopieuse à des fins autres que celles habituellement prévues tu comprendras quand tu seras grand fait maman (la page 46) plus tard papa t’expliquera papa (page 47) gêné ne moufte pas, mot gravé par pression sur le côté pile du tendre U-H, assimilé dans la tranche, décodé à l’endroit côté face, parfait exemple de la révolte comme expression de la continuité, de l’original comme mode de répéter, du retour du même par une voie détournée, quoi que ce soit d’autre c’est comme on voudra.)

samedi 21 février 2009

PARENTHÈSE 5. Alain Groux

Dernière page (5)


Conscience, croissance, excroissance et science : ruine de l’innocence
Pour l’heure explore et simultanément découvre, généalogie et chronologie, les deux font la paire. Dans le même temps son paradis qui se disloque, lui ne soupçonne rien.
La généalogie passe encore, rien à dire sur le foliotage. Mais la chronologie, ça, plutôt chaotique et voici pourquoi.
L’adolescente... On l’aurait presque oubliée !
Elle se rappelle à notre souvenir en reprenant l’ouvrage abandonné, ouvrage qui n’est rien moins que l’univers pour Ulysse-Hadrien, pour elle juste un livre, un livre de plus dans sa bibliothèque encombrée, juste un bouquin à l’intrigue embrouillée.


Aléas
Dans le but de la démêler un jour multiplie un autre répète les aller-retours d’un chapitre à l’autre et de l’autre à l’un.
Craignant de s’égarer dans les 700 pages entraîne avec elle Ulysse-Hadrien qui se perd un peu dans ce temps variable, un jour à l’endroit, un autre à l’envers, temps réversible, instable, imprévisible, 700 pages et plus que des poussières.
Néanmoins de vrais bons moments. Au hasard du périple à plusieurs reprises passe au chapitre II. Fait halte à l’occasion chez ses parents, des 46 et 47 par endroits légers, impeccables et fringants, là jaunis, cornés, racornis, selon les caprices d’un temps qui n’est plus ce qu’il était. Bonheur malgré tout de se retrouver tout serré contre eux.


vendredi 20 février 2009

PARENTHÈSE 4. Alain Groux

Dernière page (4)


Conscience et croissance
Le choc eut pour effet d’activer sa conscience. À un moindre degré sa croissance.
Il grandit comme on grandit entre deux pages, apprenant à lire en même temps qu’on apprend à marcher, à voir, à manger, à boire et à rêver, à s’illusionner, ni plus ni moins ce qu’on apprend entre trois arbres, entre quatre murs, passant pour sa part d’un signe, d’une syllabe, d’un mot puis d’une ligne à une autre. Viennent alors les paragraphes et pour finir les pages entières. Ici deux.


Croissance et innocence
Deux pages, on en a vite fait le tour.
Le tour accompli demeure le mystère. Croit-on les tenir dans un sens qu’ils se dérobent dans l'autre et ainsi de suite, les mots jamais ne se livrent. Plusieurs fois Ulysse-Hadrien frôle la noyade page 47, ligne 13, dans cette phrase à la profondeur telle qu’on pouvait la craindre sans fond.


Croissance et excroissance
Un rude châtiment parental ?
En ces deux pages austères, jalouses de leur secret, spontanément Ulysse-Hadrien voit tout d’un bloc ses géniteurs et l’univers.

Ne s’en tient pas là, bientôt pénétré de cette intuition : et si le mystère de ce monde-là trouvait une explication dans le monde qui précède ? et dans celui qui suit ?
Son univers dès lors en expansion passe à la famille élargie, le chapitre II en entier puis l’intégralité de l’ouvrage dans lequel, sans le soupçonner, Ulysse-Hadrien en aventurier plus libre que jamais, Ulysse-Hadrien grisé dans l'inépuisable océan des mots, Ulysse-Hadrien est coincé, bel et bien prisonnier.
732 pages, 216 342 mots, 884 652 signes, grammage et maillage éprouvés : un carcan d’encre et de papier.