vendredi 20 novembre 2009

751.


À venir...

jeudi 19 novembre 2009

750. patraque et tac au tac


La même chanson chaque fois, le cerveau en bouillie le lexique en compote alors sur la semelle de ses pantoufles Damart®, dans la paume de sa main les manches de son peignoir en laine des Pyrénées et son crayon, sur son calepin, dans l'emballage du Tamiflu® Albin contraint forcé de mitonner pompes antisèches copions touilles et tartouilles, pense-couillon et dedans toute une gamme une série de mots, dictons, proverbes et citations, oui, non, pas mal, bientôt, peut-être, un tiens vaut mieux, la valeur n'attend pas, dans son état comment trouverait-il dans la botte le lieu commun ad hoc, celui qui pose son honnête homme aussi sec, tandis que là, après celui qui pose son honnête homme aussi sec il sort du tac au tac de son chapeau comme de garenne pose un lapin, le même chapeau chaque fois qu'il est malade, pas vraiment un chapeau, un bonnet plutôt, un bonnet de nuit blanc classique, deux pompons, un authentique Arthur®.

mercredi 18 novembre 2009

749. albin patraque


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mardi 17 novembre 2009

748. altermondialbiniste


Macache pour trouver mieux, cherchez toujours si ça vous chante, mieux ou pire, allez, aucun espoir d'en dégoter un plus bath, un plus moche, plus ou moins coloré, gai, cruel, grossier, noir, discret, raffiné, avenant ou tragique, attachant, bidonnant, absurde, bienveillant, esthétique, en zigzag, parallèle, éthique, hallucinant, grotesque ou confondant, plus droit, plus de travers, plus pervers, plus naïf, plus vicieux plus hypothétique, plus indifférent sympathique différent, plus cool, n'y comptez pas vous n'en aurez pas d'autre il n'y en a qu'un, il est sera aura toujours été celui qu'il est tout en n'étant jamais le même, rien qu'un, à prendre ou à laisser, unique, impossible d'ajouter, retrancher une virgule, un iota, un seul avec ses émotions ses chagrins ses curés ses bonheurs ses piafs ses maux ses putes ses tortures ses bordeaux ses miettes ses cahors ses souffrances ses humeurs voluptés injustices ses bourreaux ses crimes ses plaisirs ses toutous ses mémères ses victimes ses jouissances ses chats ses chattes ses chiures ses fientes ses colombins ses lions ses cafards ses colombes ses paix ses larmes ses margoulins ses argousins ses agneaux ses rats ses marchands ses racailles ses potlatchs ses pots aux roses au feu de vin ses poètes ses assassins ses ciels ses juges ses mers ses flics ses filles ses flops ses pschitt ses pschents ses guerres ses toiles ses marlous ses grands hommes ses garçons ses petits présidents ses révoltes ses orgies ses femmes ses ennemis ses partouzes ses famines ses baisers ses amours ses beautés ses horreurs ses merveilles ses bigotes ses vides ses cassoulets ses illusions ses petites phrases ses dieux ses désespoirs ses hautes ses basses œuvres ses trucs ses déceptions ses charmes ses libertés ses manques ses sensations ses pudeurs ses regards ses chaînes ses zèles ses péchés ses excès ses loukoums ses outrances ses fourmes ses manchegos ses munsters ses brebis Albin en redemande, tel qu'il est il lui plaît il lui fait de l'effet, et il l'aime, il l'aime entier le monde, le monde et son miroir et cet espoir dans le miroir, rêve insensé d'un moins, d'un plus bath.

lundi 16 novembre 2009

747. viralement correct


Hier a fait vacciner son calepin, son stylo le fourbit à l'hydroalcoolique, le garnit d'une recharge aseptique après quoi se lave soigneusement les mains, enfile ses gants, des gants blancs s'il vous plaît, choisit ses mots dans un champ lexical stérile à 100% subventionné idem, ses poncifs, déjà propres sur eux, par précaution les brique, par-ci un coup de lingette anti-virulente, de brosse à reluire par-là, les désinfecte au Tamiflu ® les anesthésie au zanamivir les dope à l'éloge les booste au superlatif, ne tourne plus les pages qu'avec des pincettes et coiffé d'une charlotte fluo, ses trente-six pifs chaussés de chouettes lunettes de protection multicolores modèle cœur Lolita les jours pairs, disco à paillettes les impairs, Albin précautionneux des élégances n'en est pas moins l'arbitre.

dimanche 15 novembre 2009

746. albin ouiquende


pioche dominicale

Ici a commencé pour moi ce que j'appellerai l'épanchement du songe dans la vie réelle. À dater de ce moment, tout prenait parfois un aspect double, -et cela, sans que le raisonnement manquât jamais de logique, sans que la mémoire perdît les plus légers détails de ce qui m'arrivait. Seulement mes actions, insensées en apparence, étaient soumises à ce que l'on appelle illusion, selon la raison humaine...

Cette idée m'est revenue bien des fois que dans certains moments graves de la vie, tel Esprit du monde extérieur s'incarnait tout à coup en la forme d'une personne ordinaire, et agissait ou tentait d'agir sur nous, sans que cette personne en eût la connaissance ou en gardât le souvenir.

vendredi 13 novembre 2009

745. minute papillon


Électronique, nanosecondes, plus on le tronçonne plus le temps passe vite, ailes, antennes, numéroter fissa ses abattis, pièces buccales, cerques et top, fini pour l'éphémère.

jeudi 12 novembre 2009

744. cyprinus carpio


ses nuits sans sommeil elle les passe à fouiller, fouiner, remuer, éplucher, fureter, trifouiller, creuser, tourner et retourner, fourgonner, fourrager, passer au crible au peigne fin les profondeurs et qu'est-ce qu'elle en dit qu'est-ce qu'elle en rapporte ?
que dalle

usant et abusant de son droit de réserve
motus
et bouche pas si cousue pourtant

elle pioche et pas question d'introspection mais d'intériorité, de bouffetance : elle s'en met plein la lampe, escargots, larves et crustacés, gammares, vers petits et gros, végétaux de tout poil, poissons écrevisses et moules d'eau, tout ce qui se boulotte

motus
et bouche pas si cousue pourtant
une sacrée grande gueule
la carpe

c'est pour mieux roter
mon petit loup

mercredi 11 novembre 2009

743. définitions


IDENTITÉ n.f. Convention à la carte (carte ou papiers, noir sur blanc). Ces petites notes de la main d'Albin disséminées dans le dictionnaire ou ailleurs, semées un peu partout, pages arrachées qu'il perd, retrouve, reperd, petits papiers froissés, déchirés, griffonnés, éparpillés et lui avec, papiers en vrac d'identité idem. Débat sur l'identité. Vos papiers ! (Variante : Poète, vos papiers !)Perte d'identité. Où sont passés mes p'tits papiers...

MÉTAMORPHOSE n.f. Changement de forme, de nature ou de structure, si considérable que l'être ou la chose qui en est l'objet n'est plus reconnaissable, ou, ce qui revient au même, l'est uniquement par convention. Identité d'Albin. Albin demeure fidèle à ses métamorphoses.

ANACOLUTHE n.f. Discontinuité dans la construction d'une phrase. Insulte dans la bouche du capitaine Haddock il pourrait l'adresser à Albin qui de sujet dans la première proposition se retrouve complément dans la seconde. Se métamorphosant plus vite que son ombre, allez suivre Albin du début à la fin de la phrase et son identité.

mardi 10 novembre 2009

742. retour au dictionnaire


des chiffres et des lettres
Les mots on leur fait dire ce qu'on veut.

genèse et dictionnaire
Au Commencement Dieu, puis le Ciel, la Terre et la Verdure, les Arbres immédiatement suivis des Luminaires, des Oiseaux, des Poissons, des Bestiaux, de l'Homme, de la Femme enfin,
ou plutôt l'Arbre (p. 94) et successivement les Bestiaux (p. 178), le Ciel (p. 314), le Commencement (p. 342), Dieu (p. 538), la Femme (p. 768), l'Homme (p. 934) qui a changé de position, derrière elle maintenant, le Luminaire (p. 1138), le Poisson (p. 1472), Poisson qui entre parenthèses vient après le Fromage (p. 831) qui lui-même vient après le Dessert (p.519), la Terre (p. 1947), la Verdure (p. 2077) pour finir, quel ordre adopter, celui de la Bible, celui du Robert ?

signes et sens
Les mots nous font ce qu'ils veulent dire.

lundi 9 novembre 2009

741. retour progressif au dictionnaire


Sans plus tarder sans trop flâner revenir à ces billets de la semaine passée sur le dictionnaire.
Sans rien brusquer non plus d'où le titre.

1. Larousse Classique Illustré 1940 :
retour : action de revenir à un endroit d'où on était parti.
progressif : qui avance ; qui suit une voie d'amélioration croissante.
au : article contracté pour à le.
dictionnaire : recueil, par ordre alphabétique ou autre, des mots d'une langue, avec leur explication.

2. Nouveau Petit Larousse Illustré 1952 :
retour : action de revenir à un endroit d'où on était parti.
progressif : qui avance ; qui suit une voie d'amélioration croissante.
au : article contracté pour à le.
dictionnaire : recueil, par ordre alphabétique ou autre, des mots d'une langue, avec leur explication.

3. Petit Larousse en couleurs 1972
retour : action de revenir.
progressif : qui avance, qui se développe par degrés.
au : article contracté pour à le.
dictionnaire : recueil des mots d'une langue rangés par ordre alphabétique et suivis de leur définition ou de leur traduction dans une autre langue.

4. Petit Robert 1. 1992
retour : mouvement en arrière, déplacement vers le point de départ ou changement de direction.
progressif : qui s'effectue d'une manière régulière et continue.
au : voir À et Le
dictionnaire : recueil de mots rangés dans un ordre convenu qui donne une définition ou des informations sur les signes.

5. Le Nouveau Petit Robert 1993
retour : mouvement en arrière, déplacement vers le point de départ.
progressif : qui suit une progression, un mouvement par degrés.
au : -> À et 1. LE
dictionnaire : recueil d'unités signifiantes de la langue (mots, termes, éléments...) rangées dans un ordre convenu, qui donne des définitions, des informations sur les signes.

dimanche 8 novembre 2009

740. albin dimanche


pioche dominicale

En dehors de quelques amitiés et d'un grand nombre d'habitudes, c'était l'exercice problématique de la littérature qui faisait toute sa vie ; comme tout écrivain, il mesurait les vertus des autres à ce qu'ils réalisaient et demandait aux autres de le mesurer à ce qu'il entrevoyait ou projetait.

samedi 7 novembre 2009

739. du mou dans le bit


N'est pas exclusivement manichéen qui veut, certains jours gris propices au relâchement son univers purement binaire, Albin qui creuse Albin qui tient le pistolet, s'embarrasse s'alourdit d'une troisième composante, Albin pusillanime drôle de pistolet, où cela va-t-il s'arrêter ?

vendredi 6 novembre 2009

738. sound system


son et contrefaçon
veiller dans les billets d'Albin à trier
ne pas tout mélanger
du faux démêler le vrai
le vrai le faux d'Albin
séparer dans le tas de billets
le vrai le faux talbin

son et début d'adresse
Huns de Troyes, quatre seins, si cette ouïe neuve...

son et petit creux anacréontique
boire kas ou lait
il faut choisir
ou à tout prendre
bulles et colostrum
lingots
pour finir vesses
boum badaboum
et grosse caisse
en tous genres sons

jeudi 5 novembre 2009

737. entre les pages du dictionnaire


Pas de recueil précis essai traité, pas d'univers ronflant, juste ces petites notes, disséminées, dans le dictionnaire ou ailleurs, semées un peu partout, pages arrachées qu'il perd, retrouve, reperd, petits papiers froissés, déchirés, griffonnés, éparpillés et lui avec, papiers en vrac d'identité idem.

mercredi 4 novembre 2009

736. autoportrait au dictionnaire ouvert


Recueils traités précis essais tout ces bouquins qu'il n'a jamais écrits Albin mille ans se dit j'aurais pu je pourrais me bâtir un royaume un empire un État par avec grâce à tous ces recueils traités précis s'ils étaient s'ils avaient s'ils se concrétisaient s'ils se réalisaient et qu'il pourrait ainsi se concocter se mijoter se mitonner un monde, rien moins qu'un monde aux petits oignons, un univers commaque à sa mesure son goût son aune dans lequel cocooner cézigue, peinard au cœur tout miel d'un bureau tapissé de ses choses ses trucs ses machins chouettes à lui marquant comme un chien pisse un monde à lui, lui au chaud lui douillet dans le septième bonnard, monde achevé fini monde accompli parfait tout cuit tout chaud dans lequel lui n'aurait lui n'aurait qu'à quoi, laisser pisser, n'aurait qu'à se laisser, se laisser quoi, s'en fout l'éternité dans lequel lui n'aurait qu'à se laisser porter tassé au creux du vieux fauteuil, Albin, sur le bureau le dictionnaire ouvert, Albin sourit Albin cossard somnole, un dernier regard avant de sombrer, Albin cossard Albin bienheureux s'assoupit, un dernier regard pour ses rayonnages, d'autres ont bossé pour lui Albin sourit Albin s'abandonne, à petits tout petits ronflements réguliers ça y est, Albin dort.

mardi 3 novembre 2009

735. entre les pages du dictionnaire


Entre les pages 2048-2049 du dictionnaire ces feuillets cette ébauche et tout qui s'enchaîne, souvenirs, un début de monographie, la pêche au chalut, son déclin, la graine ailée et ce précis de botanique inabouti, lui reviennent en mémoire un brouillon de recueil, poétique et taxinomie, les premières pages d'un traité de métaphysique, divers projets d'essais divers, anthropologie, mécanique et coprologie, ethnologie, arts plastoques et tautologie, tous ces genres tous ces thèmes il y excelle, même si en fin de compte il a opté, question de temps, pour le roman, question de temps et souci d'unité, ne pas se disperser, à ces genres s'ajoute le théâtre, cette ébauche en trois actes dit ses dispositions pour la dramaturgie, Albin sourit, tend à Bob le dictionnaire ouvert, Bob lit machinalement à l'article uni, unité d'action, de lieu, de temps d'une pièce, règle des trois unités tirée d'Aristote, non pas ça l'interrompt Albin, les feuillets, Bob les parcourt, trouve là l'illustration de la règle d'Aristote, Albin se rengorge, Bob précise, un personnage qui parle à peine dans un non-lieu où le temps se traîne, nullité de lieu, d'action, de temps, Albin ne relève pas, n'entend pas, ne veut pas entendre, préfère saisir la balle au bond, à propos de temps vient de lire dans un magazine qu'on gagne trois mois de vie en un an, 1/4 de rab soit 90 jours auxquels naturellement s'ajoutent 1/4 de ces 90 jours soit 22,5 jours auxquels s'ajoutent 1/4 de ces 22, 5 jours soit 5, 625 jours auxquels s'ajoutent 1/4 de ces 5, 625 jours et ainsi de suite, sa conclusion c'est qu'au bout de compte il n'y en a pas, de bout, puisqu'on aurait toujours 1/4 de temps à vivre, 1/4 d'heure après sa mort on serait encore en vie, risque Albin et prend le dictionnaire, l'ouvre aux pages 1938-39, lit tout haut, temps : milieu indéfini où paraissent se dérouler les existences dans leur changement, les événements et les phénomènes dans leur succession, arrache les feuillets des mains de Bob, les place entre les pages 1938-39, referme le dictionnaire.
D'un geste sec.

lundi 2 novembre 2009

734. le dictionnaire (4)


le père
1. ne sait pas très bien ce qu'est le langage, connaît pourtant le dictionnaire sur le bout des doigts.
2. ne termine jamais les mots croisés de son quotidien.
3. dit LE dictionnaire pour un exemplaire usagé autant qu'inattendu du Nouveau Petit Larousse Illustré, 1952, 131° édition.


le fils
1. du langage ne sait rien ou presque, pratique pourtant quotidiennement le dictionnaire.
2. monte à l'étage, le prend, le descend, le remonte après usage.
3. attentif à l'hésitation du père sur tel mot, prêt à bondir dans l'escalier quand il dira : va me chercher LE dictionnaire.


le dictionnaire
1. un seul livre dans la maison : Larousse Illustré 52 d'origine inconnue.
2. lourd, compact, peu maniable : avant tout un objet.
3. un pavé ; dans quelle mare jeté ?

dimanche 1 novembre 2009

733. albin ouiquende


pioche n° 1.

Je viens d'écrire infinie. Je n'ai pas intercalé cet adjectif par entraînement rhétorique ; je dis qu'il n'est pas illogique de penser que le monde est infini. Le juger limité, c'est postuler qu'en quelque endroit les couloirs, les escaliers, les hexagones peuvent disparaître -ce qui est inconcevable, absurde. L'imaginer sans limites, c'est oublier que n'est point sans limites le nombre de livres possibles. Antique problème où j'insinue cette solution : la Bibliothèque est illimitée et périodique.

pioche n°2.
Car on était dans l'époque où la croyance littéraire commençait à évincer l'autre croyance, la vieille et grande, à la reléguer dans son petit moment historique et son petit espace, le règne de Tibère, les oliveraies du Jourdain, et à prétendre que c'était dans son espace à elle, les pages de roman, les bouts-rimés anacréontiques, que daignait apparaître l'universel.

vendredi 30 octobre 2009

732. entre les pages du dictionnaire


Entre les pages du dictionnaire, vieilles photos, vieux tickets de métro, de cinéma, d'entrée à Charléty et au Musée Bonnat, plus une page de calepin sur laquelle on a griffonné :


Albin reste fidèle à ses métamorphoses.


Albin, deux définitions parmi d'autres :

1. Enchevêtrement de présupposés.

2. Entrelacs de préjugés.


Quoi qu'il fasse, métamorphose, repas, prise de notes ou jogging, Albin toujours ce faisant se demande s'il pourra en venir à bout car il viendra, inévitable, le quoi qu'il n'achèvera pas ; alors, plus que finitude, plus et mieux, infinitude lui paraît définir sa condition.


jeudi 29 octobre 2009

731. le dictionnaire (3)


La figue sèche est le modèle ou l'exemple d'une de nos savoureuses difficultés d'ici-bas.

Mon but est de sortir la figue du monde des paroles et de la rejeter dans le paradis de l'existence.

J'avoue ne pas trop savoir ce qu'est la poésie
Et comment donc m'en consoler
Sinon en parlant d'une figue
Dont nous savons tous ce que c'est ?

Le poète va le poète vient
de la figue à la poésie
et vice-versa
Le poète vient le poète va
des mots à l'existence
et vice-versa
le poète vient le poète va
d'un monde à l'autre

Tel autre évoque ...ceux qui de la sorte ont rassemblé le monde
dans sa recension exhaustive
et sont du monde pourtant...

Dire le dictionnaire
le redire
et ne le comparer
à rien

mercredi 28 octobre 2009

730. le dictionnaire (2)


Donc l’enfance.

Pour autant ni chronologie ni même anecdote. Aucune tentation de cet ordre, au contraire. L'enfance au goût d’éternité, imperméable à l’histoire et au temps.

L’enfance, sa Trinité : le Père, le Fils, le Dictionnaire.


Le Père sait. Celui d’Albin saurait tout des oiseaux. Enfant il les persécute, les traque et les chasse, les déniche.

La pulsion funeste insensiblement vire à l’observation bienveillante. Il leur confectionnera des abris, les nourrira, des heures durant s’oubliera en silence immobile, attentif à leurs gestes, à leur moindre habitude, à leurs goûts leur comportement, querelles, approches, effrois.

Apprend à distinguer de chacun le chant. À le reproduire à la perfection.


Et puis surtout, il connaît leur nom. Le nom familier, certes, pas le nom savant. Un nom parfois marmonné dans un sabir inaccessible, mais tout de même, il connaît leur nom lui qui par ailleurs ne sait rien des mots, si peu. Il n’a pas fréquenté l’école ou pas longtemps, pas régulièrement.


Pourtant les mots, il les aime. Autant que les oiseaux peut-être davantage. Mais ils lui sont d'un autre monde, insaisissables, plus que le merle, que le loriot.

Il les approche avec prudence, respect, presque déférence. Se méfie de lui, de sa maladresse. De son ignorance. En aucun cas ne voudrait les trahir.

Alors le dictionnaire.


(À suivre...)


mardi 27 octobre 2009

729. le dictionnaire (1)

Préambule

Bref exercice d'admiration soit de démarcation autant.
Copier fidèlement le modèle ou l'heureuse trahison.
Répéter : la seule manière d'être singulier.

J'avoue ne pas trop savoir ce qu'est la poésie, interrogez-moi plutôt sur la figue.

Le dictionnaire, Albin connaît.

Je ne sais pas trop ce qu'est la poésie, mais assez bien ce que c'est qu'une figue.

Par contre Albin connaît le dictionnaire.

Pour ne savoir pas trop ce qu'est la poésie (nos rapports avec elle sont incertains), cette figue sèche, en revanche (tout le monde voit cela), qu'on nous sert, depuis notre enfance, ordinairement aplatie et tassée parmi d'autres hors de quelque boîte, comme je la remodèle entre le pouce et l'index avant de la croquer...

...L'idée que je m'en fais
me semble de nature
se trouve aussitôt prête
Souple et rude à la fois, formelle mais plastique
À vous être d'urgence livrée
aussitôt quittée
communiquée

...je m'en forme une idée aussitôt toute bonne à vous être d'urgence quittée.

Depuis l'enfance Albin tour à tour le prend, l'apporte, le rapporte, le monte et le descend, le parcourt, le feuillette, s'assoit dessus.

(À suivre...)

lundi 26 octobre 2009

728. albin à la corrida (6)


Suite et fin


Résumé des chapitres précédents en bref inventaire : une corrida, des revues sportives, un article sur une corrida, dans l'armoire vitrée une photographie de corrida.


Fin du chapitre précédent : L’habit se fait gênant, le corps transi s’en désolidarise. On sent l’humidité, on sent l’humanité. On se retourne.



La mèche aussi s'est retournée. Exclue du camp rouge elle adhère au front, désormais, tombée bien bas. Hors de la capuche du K-Way pendouille jusqu’au nez et même frôle la bouche, sa mèche à elle, elle à la droite d'Albin dans un K-Way rouge détrempé, elle qui en douceur, ou brutalement, c'est selon, tire après sa manche à lui.


Elle mouillée de partout le sourire aux lèvres, quel spectacle n'est-ce pas, encore émerveillée.


Ou bien.

Elle colère et dépit prend conscience ici sous la pluie qu’elle n’a jamais vraiment aimé la corrida, pourquoi l’avoir accompagné encore une fois ne comprend pas, qu’est-ce qui lui a pris ne le sait pas.

On attend quoi, pour sortir ? Tu as vu mes cheveux? Et dire qu’il reste encore deux heures de route.


Deux heures ? Plutôt le double, avec ces trombes. Sur la nationale ça ne s’arrange pas alors on bifurque, la D 123, pour voir, ce n’est pas mieux. Histoire de couper, quoi on ne sait pas trop, le temps, l’ennui, autre chose insécable autant, on s’arrête chez Bob, à l’improviste. Accueil chaleureux comme toujours, je vais chercher une bonne bouteille.


Luminoso, Lastimado, lui raconter tout avec enthousiasme, tout jusqu’à de ce cercle, invisible, ni Lastimado ni Jose Tomas ne le mordraient, ne le mordront, ne l'auraient mordu, dans l'empressement s'y perdre, se perdre dans les temps, le lui dire avant même que Francis Marmande ne le fasse (Le Monde est un journal du soir, il faut attendre ici le matin du surlendemain pour prendre connaissance des événements du jour).


Oh moi tu sais, fait Bob négligemment, suggérant par là qu'il n'est pas aficionado. Son commentaire, très peu technique, on pouvait s’y attendre, c’est qu’en retour le cercle ne les mordra pas non plus, du moins c’est son avis conclut-il et sourit, montre d’un signe de tête la bouteille et les verres, sur la table basse :

- Tu veux bien servir, tu le fais mieux que moi.


Albin se retourne, deux verres ? pourquoi deux? regarde autour de lui, personne, Bob et lui, personne d'autre, où sera-t-elle passée ? Albin cherche, l'œil bientôt distrait par ces collections, dépareillées, Miroir du Football, du Rugby, du Cyclisme, Bob le remarque, se sent obligé d'expliquer, l'air gêné, qu'il tient ces magazines de son père, passionné de sport.


Sur une pile, Albin surpris découvre un vieil exemplaire du journal Le Monde et cet article, de Francis Marmande, qu'accompagne une photo de Bernard Hirribaren.


Son regard va et vient de la pile à Bob, de Bob à l'article, Albin s'interroge, Bob en silence le suit des yeux avec cette expression, toujours la même, à la fois malicieuse, embarrassée.


Fin



dimanche 25 octobre 2009

727. albin dimanche


pioche dominicale

Je savais qu'il y avait sans doute une réalité objective des faits -ce qui s'est réellement passé cette nuit-là dans l'appartement de la rue de la Vrillière-, mais que cette réalité me resterait toujours étrangère, je pourrais seulement tourner autour, l'aborder sous différents angles, la contourner et revenir à l'assaut, mais je buterais toujours dessus, comme si ce qui s'était réellement passé cette nuit-là m'était par essence inatteignable, hors de portée de mon imagination et irréductible au langage. J'aurais beau reconstruire cette nuit en images mentales qui auraient la précision du rêve, j'aurais beau l'ensevelir de mots qui auraient une puissance d'évocation diabolique, je savais que je n'atteindrais jamais ce qui avait été pendant quelques instants la vie même, mais il m'apparut alors que je pourrais peut-être atteindre une vérité nouvelle, qui s'inspirerait de ce qui avait été la vie et la transcenderait, sans se soucier de vraisemblance ou de véracité, et ne viserait qu'à la quintessence du réel, sa moelle sensible, vivante et sensuelle, une vérité proche de l'invention, ou jumelle du mensonge, la vérité idéale.

samedi 24 octobre 2009

726. variations et contrepoint


Sur Variations et contrepoint

Variation 55.

Un somptueux hommage de


au Lafayette Studio.

vendredi 23 octobre 2009

725. albin à la corrida (5)


Obtenir le duplicata d'un cliché paru dans un quotidien, quel qu'il soit, sur papier mat, brillant, comme on préfère, au format voulu, rien de plus facile, il suffit de passer commande, d’acquitter les frais afférents et d'attendre, le délai dépasse rarement un mois. Et nul besoin d’être aficionado pour apprécier les images de taureaux, de matadors, de corrida. En principe. Dans les faits, seul lui s’en montrera friand et dès réception scotche, encadre, placarde et punaise, d’une manière ou d’une autre expose.


Près du cheval de cristal bleu, au-dessus du service de vaisselle Luminarc, signée Bernard Hiribarren elle est là, cadre vieux rose incrusté de nacre, aux motifs incertains plus ou moins fleuris, format A4, papier glacé, à l'intérieur de l’armoire vitrée la photo, la même qui accompagnait l'article de Francis Marmande, dans ce vieux numéro du journal Le Monde, un bel article, une belle photo, on s’y croirait, qui n’a jamais vu de corrida en lisant l'un, en voyant l'autre, s’imaginerait dans les gradins, c’est le cas d'Albin.


En voyant l'une en lisant l'autre il entendrait la pluie, dans le lointain, elle redouble. Tout est terminé. Il faut partir, on reste, on reste là, assis, sourire aux lèvres, œil dans le vague, insoucieux du ciel, d'une veste et d'un pantalon plus lourds qu’un habit de lumière, gonflés, raidis, qui dégoulinent, avec lesquels il faudra marcher du même pas, tout à l’heure, pactiser. On n'y pense pas, encore au paradis avec Lastimado, Jose Tomas, de la pluie diluvienne seul parvient le chant, le rythme, l'un s'amplifie, l'autre s'accélère, l’arène n'est plus l'arène mais une conga, la pluie bat la samba, Dax a pris des couleurs, du piquant, de l’ampleur, l’Adour du volume et danse, roule, tonne, charrie, pas trop charrier quand même, doucement les basses.


Au paradis on ne sent pas son corps, ou à peine. Juste un peu le bras, dans un rêve, le bras droit. Un bras droit maintenant secoué ferme, de plus en plus ferme. L’onde gagne l’épaule, fait vibrer le dos, le cou, la tête. L’habit se fait gênant, le corps transi s’en désolidarise. On sent l’humidité, on sent l’humanité. On se retourne.


(À suivre...)



jeudi 22 octobre 2009

724. albin à la corrida (4)


Des collections dépareillées de Miroir du Football, du Rugby, du Cyclisme, de l'Athlétisme, plus loin, en tas épars, L'Équipe et Midi Olympique, France Football, Planète corrida, Toros, sur une pile désordonnée de revues, magazines et journaux sportifs, un exemplaire du quotidien Le Monde daté du 13 septembre 2002 et cet article, Francis Marmande y raconte la course, quelques jours plus tôt, à Dax, un mano a mano, deux matadors affrontent six taureaux, lui réunit pêle-mêle dans le temps zélé du récit des naturelles idéales, le poignet qui aimante un taureau venu de loin pour s’enrouler autour de l’homme à le toucher, une grande estocade, l'unique oreille accordée par une présidence souvent trop généreuse par ailleurs et ce cercle, invisible, ni l'un ni l'autre, matador et taureau, ne le mordront.


Signée Bernard Hiribarren, une photographie accompagne l’article, on en retrouverait la copie sur l'étagère, dans l'armoire vitrée, grand format, papier glacé. Cadrage plutôt classique. Premier plan équilibré, homme et taureau pendant la faena. Par contre, l'arrière-plan surprend et même choque, et le talent d’Hiribarren n’est pas en cause, le public au premier rang oui, ce parapluie multicolore, ces K-Way, surtout les K-Ways, certes il pleut, pour pleuvoir il pleut mais le parapluie, déjà le parapluie, alors le K-Way, le K-Way ici (Albin voit furtivement sur la photographie un matador en K-Way de lumière et casquette de base-ball).


Heureusement les couleurs, de plain-pied dans un film de John Ford on en oublierait les K-Ways, John Ford ou Howard Hawks, un de ces décors en Eastmancolor et le sable entre l’ocre et le bistre, le jaune d’argent des vitraux, le safran moulu du bas des façades, d’autour les portes et les fenêtres d’une Lisbonne suave, décadente, et des barrières grenat, un grenat lourd, compact, coagulé, qui sans les bandes au blanc de chaux serait irrespirable, barrières comme des limites horizontales entre ici et là-bas, là-bas les K-Ways, ici l'habit de lumière or et gris, pourpre cardinalice, sur lequel l’eau, l’instant, tout glisse, imperméable à la circonstance, ici la muleta aux plis épais, brun figé, un bout d’épée qui apparaît sans luire, heureusement les couleurs, des couleurs peut-être pas fidèles, peut-être pas réalistes pour un sou, rien à voir peut-être avec celles de Dax, ce jour-là, qui restituent la grâce mieux que les vraies.


Le geste, enfin. Pas le mouvement, il n’y en a pas. L’homme et le taureau ? des statues. Juste quelques paquets de sable en suspension, poisseux, piégés par la pluie, juste la patte avant gauche à peine floue, parallèle à la patte arrière, parallèle au bras de José, parallèle à l’encolure.

Parallèle au museau de Lastimado, au torse incliné de José Tomas, l’étoffe au bout du bras droit tendu, déployée sous la lame, elle retombe sans hâte, par coulées à peine empesées, un drapé sanglant, Francis Marmande en cinq mots résume le tableau, une passe limpide, parfaitement templée, des mots d'aficionado.


(À suivre...)



mercredi 21 octobre 2009

723. albin à la corrida (3)


Les prévisions sont des prévisions, elles valent ce qu’elles valent dans l'attente et seulement dans l'attente, on ne se mesure pas au réel. Quand il s’alourdit, c’est son mystère, en fait, qui s’épaissit : le ciel reste à jamais imprévisible.


La preuve. L’après-midi semblait devoir finir comme il avait commencé, ennui, encore et toujours ennui, et voilà, Luminoso fait son entrée. Déjà le nom, Luminoso, Lumineux, tout un programme dans la nuit précoce. Pas de mauvais cinquième, dit l’adage, Lumineux porte le numéro 77, il est noir (avec de-ci de-là quelques traces claires), il pénètre en cinquième position dans l’arène, sur la bascule il affichait 482 kilos, sans doute un peu moins à cette heure, la météo, le stress, les conditions en général, les amateurs dont le regard redescend du ciel sur la terre, du noir sans espoir au ruedo boueux où se pétrit le petit miracle, boueux car il pleut, les prévisions n’étaient pas si fausses, il pleut des cordes mais les prévisions, la boue, les cordes, Lumineux les fait oublier, à défaut de mater l'émotion ils maîtrisent le jargon les amateurs diront de lui qu’il est sérieux, d’une grande noblesse, noteront qu'il est né un mois de mars de l'année 1998, le vendredi 13, son jour de chance à lui Ponce le tient, là, aujourd'hui, par quatre fois le genou à terre, doblones de rêve pour certains, de haute facture pour d'autres, mais pas seulement, ça, le reste, tout vaut, le grand jeu, Enrique pour certains, Ponce pour d'autres, le matador finit par un travail de maître à la muleta, une estocade nette, droit au coeur. Deux oreilles.


Le meilleur est à venir, il sera pour José Tomas. Lastimado est noir (sans traces claires), il a vu le jour le 14 avril de la même année, la même année que Luminoso, exactement un mois et vingt-quatre heures après, son nom signifierait Blessé, au propre ou au figuré, qui pourrait le dire, on n'en sait pas davantage et qu'importe. Lui et Jose Tomas seront parfaits sous le déluge.


(À suivre...)



mardi 20 octobre 2009

722. albin à la corrida (2)


Dax, et en bout de Parc Théodore Denis, les arènes. À proximité de l’Adour, donc. De l’Adour et du Parc des Sports. Pas si loin de l’Hôtel de ville, des Thermes, du Centre commercial Carrefour, sa galerie marchande, cinquante-sept boutiques sans compter les bars et les restaurants, la cafétéria. Pas loin non plus de l’hôpital.


L’Adour, le Parc des Sports, l'Hôtel de ville et Carrefour, le matador ne leur accorde pas un regard avant, pas une pensée pendant la corrida, il s’en bat l’œil le matador. Les Thermes à la rigueur, couloir de marche, bains de boue, douche en immersion, jet, vapeur, régime et repos, remise en forme, l'automne ici est hospitalier, dit-on, pourquoi pas quelques jours de farniente, les Thermes on verra plus tard. Mais l’hôpital, aïe.


Hôpital est un mot que par superstition il évite, persuadé en l’ignorant d’échapper aux couloirs sinistres, au gerflex, au chariot grinçant, à la civière d'acier inoxydable, au plafond blafard, le rayonnement captieux de cette insidieuse lumière scialytique qui enveloppe, adoucit, atténue, entortille, s'en prend pour commencer à l'ombre et l'escamote, histoire de lui mâcher le travail, à l'autre, en chien fidèle, fidèle complice du trou noir qui engloutit, goulûment dévore l'univers spectral, impitoyablement avale le monde et soi, en sortir ? qui sait où et comment, quand (si dans sa mansuétude Dieu veut bien qu'on s'en sorte), le matador n’en démordra pas, catégorique refuse de distinguer la chose du mot, pas question de nommer, prête à bondir la chose n’attend que ça, tapie, redoutable, plus qu'un Miura. L’hôpital, motus.


Pourquoi est-ce qu'on en parle, d’ailleurs. Ah oui, les arènes. Les situer. En vérité toute cette histoire de voisinage ne présente aucun intérêt. C’est simplement parler pour ne rien dire étant donné que les arènes sont à proximité de tout. À Dax, tout est à proximité de tout. Bayonne n’est pas si grande, mais les Arènes dominent, un site privilégié au coeur d’un quartier chic retiré, portant leur nom, et dont le jour venu on interdit l’accès, comme on le fait ailleurs pour un sanctuaire. À Dax, rien de tout ça. Des arènes à un jet de pierre de tout, à plat et proches, trop proches. Inutile, alors, de faire mention comme d'une information cruciale de la présence ici ou à côté de ceci, de cela.


Dans la semi-obscurité des arènes de Dax il est sept heures, et on en est réduit à ça : parler pour ne rien dire, lever les yeux au ciel, un ciel noir couvert, menaçant, se résigner à voir les prévisions réalisées.


(À suivre...)


lundi 19 octobre 2009

721. albin à la corrida (1)


Bayonne on en viendrait. Après Saint-Jean-de-Luz, Biarritz. Quelques jours de congé sur la Côte à l’occasion des courses de septembre, une habitude, quatre ans déjà, peut-être cinq, Dax sur le chemin du retour ou tout comme et les mois en r, r comme rien, zéro corrida pour les quatre à venir alors on se dit, une dernière avant le désert pourquoi pas, d'autant que deux grands noms pour un défi, sur le papier c'est alléchant, on se laisse tenter.


Et puis on regrette. Un mano a mano ? Pas forcément une mauvaise idée. En fin d’une saison chargée ça se discute. La proximité de la trêve attise la peur, la cornada de la dernière ligne droite c’est peu dire qu’il la craint, le matador, peu dire qu’ils y vont prudemment, Ponce et Tomas, face à des Zalduendo conciliants, d'humeur désespérément nonchalante. Tout se traîne ici. À deux pas l'Adour, presque un lac.

Donc Dax, six heures et des poussières, des regrets.



(À suivre...)


dimanche 18 octobre 2009

720. albin dimanche


pioche dominicale

pioche n° 1
Albin médita quelques instants sur sa date de naissance qui lui parut soudain très lointaine, enfoncée dans le passé, déjà lourdement enfouie dans un XX° siècle lointain, brumeux et achevé, qui paraîtrait d'un autre temps aux générations futures, plus encore que pour nous le XIX° siècle, à cause de ces deux chiffres saugrenus au début de chaque date, ce 1 et ce 9 bizarres et désuets, qui rappelaient ces Turbigo ou ces Alma irréels qui commençaient jadis les numéros de téléphone parisiens.

pioche n°2
...il regardait la ville qui disparaissait entièrement sous une brume pluvieuse, les yeux perdus au loin, avec cette mélancolie rêveuse qui nous étreint quand on se rend compte que le temps a passé, que quelque chose s'achève, et que, chaque fois, un peu plus, nous nous approchons de la fin, de nos amours et de nos vies.

samedi 17 octobre 2009

719. l'aventure de l'écriture


Chaque ligne chaque mot était pour Albin une remise en question plus ou moins longue et douloureuse, apprivoiser le stylo, le crayon, ajuster sa pensée à la page du calepin, chaque rature chaque griffonnage.

vendredi 16 octobre 2009

718. littérature et plan


Il était impossible à l'observateur de déterminer si Albin et la mouche produisaient aléatoirement ou selon un ordre et un plan précis tour à tour sur la feuille, sur l'écran de l'ordinateur, l'un ses gribouillis, l'autre ses chiures.

jeudi 15 octobre 2009

717. présence automnale


vu mais pas pris
Des témoins dignes de foi l'ont vu femme ici, là enfant, ailleurs escargot, sapin, caillou, poussière, figue ou ver de terre, feuille morte, Albin en passe et rassuré sourit, conforté dans son doute.

à peu près
Impressions, émotions, sensations réputées indicibles, les traduire par des mots ? rien à faire, macache -espaces, blancs, silences, passagers clandestins du langage, suspens, attente, intonation, malgré tout exprimées, à peu près nommées.

plus ou moins
L'automne, feuilles rouges et souvenirs, il y a cent ans, cent cinquante ans peut-être, Albin disait non à un mort.

mercredi 14 octobre 2009

716. c'est l'automne


Hier encore il y en avait quoi, trente-six, tente-huit, Albin n'en tient pas le compte à l'unité près disons une petite quarantaine, toutes ont leur place leur utilité bien sûr on peut dire ça, on peut le dire, d'un autre côté rien n'est éternel, personne irremplaçable, d'ailleurs celle-là ne tenait plus qu'à un cheveu, ce pédoncule ténu tout rabougri, et puis elle avait pris ces derniers temps un teint cireux qui ne laissait plus aucun doute, chacune s'y attendait, la trente-quatrième le rappelle la bouche pleine, les autres aussi sont là, la philosophe et la craintive, la frileuse, la manuelle, la naïve, la scientifique, les quarante au complet réunies autour d'un repas, tradition oblige, cervelle pour qui aime le fondant, cartilage craquant des oreilles, morceaux là en vinaigrette, ici gribiche, plus loin poulette, sauce ravigote, en fromage persillé, hachés fin en pâté, la joue enfin, morceau de choix, tout le monde en veut en redemande, tout le monde ? résolument végétarienne la vingt-deuxième n'y touchera pas, carnivore forcenée la trentième moque son humanisme, ou son nombrilisme, c'est selon, identifier la bidoche à soi pour apaiser sa conscience chacune ici connaît le refrain et même la réplique au refrain, toujours les mêmes, rodés, répétitifs, et au dessert, réconciliées, un peu pompettes, le bourgueil a coulé à flots, la larme à l'œil et congestionnées les quarante rendront à l'absente un bruyant hommage en polyphonie, c'est la saison, dès les premières fraîcheurs nocturnes chaque automne Albin perd une tête, une nouvelle lui repousse au printemps.

mardi 13 octobre 2009

715. le diable est dans les détails (variante)


Au retour de la boulangerie Albin croise une vague connaissance, alors ce roman, tu en es où ? les mots s’alignent explique Albin, le premier paragraphe prend forme, d’ici vingt à trente ans je ne désespère pas d'en venir à bout, le lot de l'écrivain, quoi, tu n'as pas ce genre de souci heureux homme, figure-toi fait l'autre (Albin a égaré son nom), figure-toi qu’il m’arrive une de ces aventures (Pierre? Paul ? John ? Albin a beau chercher ne retrouve plus, regarde à deux reprises sa montre), sur les conseils de notre ami commun, Paul-Ba bien sûr, précieux Paul-Ba, j’ai travaillé un mois d’arrache-pied, j'ai rencontré mais bref, je te passe les détails, mon premier roman sort lundi, chez Millot, une autofiction.

Albin se demande ce Paul-Ba, qui peut-il bien être ? ne voit pas et s'inquiète, perdrait-il la mémoire comme se perd la littérature ? ce type pond un roman je parie qu'il n'a jamais lu un manga jusqu'au bout pauvre siècle, plus d’écrivains que de lecteurs, de livres que d’auteurs, de couvertures que de feuillets, de blancs que d'encre d’interlignes que de lignes interlopes d’alphabets que de lettres de lettres que de caractères de voyelles sourdes que de consonnes muettes, mmm, s’interrompt-il, il a croqué dans la baguette, mmmm, les nouveaux boulangers font une pâte, mmmmm, encore plus savoureuse que les anciens, finalement j'avais tort d'avoir peur du changement de propriétaires.

Plus tard, à son bureau, calé dans son fauteuil, promenant distraitement sur les dents le bout de la langue, retrouve le goût du pain et sa réflexion sur le goût du pain, écrivain chevronné sent immédiatement le parti qu'il peut en tirer, décide de l’intégrer au présent billet mais donnez-lui ci elle veut ça la remarque prend fissa toute la place, noircit la page entière du calepin pendant que dans la bouche se mêlent feu de bois patiemment activé, farine interminablement broyée, levain délicatement tiédi, forêts dressées, champs de blé par le vent balayés, sifflet joyeux du mitron ses mains sans relâche à pétrir, la campagne s’ébroue, la ville bâille et s’étire, la petite boulangère bien cuite votre baguette Monsieur Albin ? un monde entier dans son palais, le monde, le vrai, goût d’authentique plein les papilles linguales comme on est loin grands dieux des mots et de leur artifice, de leur vanité, des méchants clichés délétères, respirer, enfin respirer...

Exaltation. L’haleine purifiée Albin retranscrit tout, tout au détail près. Écrit inspire, écrit expire, écrit respire à pleins poumons, écrit écrit écrit... un souffle neuf anime la littérature.

(Au détail près ? Seul point noir le nom du bonhomme, ce type, croisé près de la boulangerie : rien aux quatre coins de la caboche, que dalle au fond du carafon et sur sur le bout de la langue, des clous.)

lundi 12 octobre 2009

714. le chat et les rats (fable)


Évolution,
d'evolutio, action de dérouler, de volvere, rouler,

s'ensuit incontestée pour les uns vu son inclination naturelle à la roue la supériorité du paon sur toute autre espèce de bestiole.

D'autres rappellent les inventions simultanées de la roue et de l'écriture, en déduisent le primat de l'homme, plus que tous dilué dévidé délocalisé toujours plus toujours mieux et loin par la technique et la technique du gribouillis.

À l'évolution qui projette hors de, éloigne de soi, eux préfèrent le rester soi-même ici à jamais ; le colimaçon qui conjugue hélice et bouger minimal à ce titre a leur faveur -sous la forme fossile pour les plus radicaux, soit l'ammonite planispiralé, dont le tube ne se déroule pas mais s'enroule autour de lui-même et sur un même plan, double économie de mouvement).

Pierre qui roule, objectent ceux-là et prennent le parti de la mousse, de la bulle par extension, version sophistiquée de la roue.

Sophistiquée donc sophistique, brisent les empêcheurs d'évoluer en rond.

Qui mieux que lui aurait pu :
1. trancher (de trinicare couper en trois)
2. écarter ( d'exquartare couper en quatre)
3. esquinter (de exquintare couper en cinq)
Qui moins que lui se laisse embobiner ?

Ventre rond, Raminagrobis dans un ronron s'enroule, rats de bibliothèque tout cru croqués.

dimanche 11 octobre 2009

713. albin dimanche


pioche dominicale

En art on peut tout essayer. On a le droit.

Mais à
condition de ne jamais

recommencer.



samedi 10 octobre 2009

712. contrefaçon


Maladresse, gribouillis, défauts, hésitations, ratures, ostentation, bévues, imperfections, surcharge, imprécision, goût douteux, erreurs, malfaçons, contresens, approximations, bégaiements, ratages et ce grand miroir en façade vers lequel d'un pas incertain... sur le chemin de la boulangerie Albin ouvre les yeux, les oreilles, mesure à quel point la réalité peine à imiter l'art.

vendredi 9 octobre 2009

711. dans la cafetière


Elle de retour des courses en a durablement après Madame Derdu qui sans effort enchaîne ineptie sur sottise a sur tout le pire des avis la langue bien pendue et rien dans la tête, rien dans la tête, rien, lui à ces mots tend l'oreille, in petto estime que tss tss l'expression n'est pas à propos que si Madame Derdu a un avis sur tout elle n'a pas la tête vide mais au contraire trop pleine, Madame Derdu aurait plutôt une personnalité, soit les méninges embouteillées, opinions préjugés idées reçues toutes faites préconçues fausses et fixes, chez le sage tout circule, le sage, oui, a la tête vide, lui, la tête vide et pas d'opinion, mais Madame Derdu... Albin qui vient de mettre à mal une évidence, une de plus, fier de lui, paume de la main ouverte, bras tendu dans sa direction arrête Madame Marcel pour lui faire, elle s'interrompt, pour lui faire la brillante démonstration, elle le regarde, dit oui ?..., attend, pour lui faire lui refaire la brillante démonstration, elle attend, elle dit oui...?, brillante démonstration mais de quoi ? Albin silencieux cherche, en vain creuse sa cervelle et rien, tout enfui oublié disparu envolé, tout passé sans laisser la plus petite trace dans la cafetière, Madame Marcel soudain se précipite vers la cuisine, mince et zut ! le café ! Albin la suit des yeux, se gratte la tête, dit à mi-voix café bouillu... sifflote à petits pas pressés dans le couloir. Vers le bureau.

jeudi 8 octobre 2009

710. rhétorique


décidément
se dit Albin le sens constipe encombre parasite la pensée obstrue ralentit freine expression transit persuadé d'avoir quelque chose à dire on se perd sinuosités replis d'un improbable sens méandres alors que

convaincu de ce que rien pas ça à révéler libre enfin on se consacre on peut à l'essentiel forme et composition couleur rythme cadence euphonie
mais les tenants du sens à qui objectent écrire ainsi comme ça parler c'est déjà avancer une idée on ne la fait jamais

eh bien non justement que nenni se faire des idées c'est
c'est croire cela se faire des idées que l'on a pas n'importe quoi quelque chose pas n'importe quoi non quelque chose venu d'où du fond de soi des tripes
venu de soi des tripes
personnel singulier original
venu de soi
à dire

au contraire
au contraire rien à signifier circulez c'est vouloir c'est aimer répéter de bonne grâce ânonner
le lieu commun
ânonner
le lieu commun
le rien l'épure appelle et clairement s'énonce légèrement quand le sens épaissit le brouet décidément

se dit Albin

mercredi 7 octobre 2009

709. autoportrait au bolet (2)


Le bolet réenchante le bois, tu es fatigué bonhomme assieds-toi sur la souche attends-moi, la forêt au bolet repeuplée, je vais juste jeter un œil dans la fougère, l'effort la marche un capiteux parfum de moisissure, à mon retour on casse la croûte tu veux, les mânes ont repris possession des lieux forêt bois boqueteaux des épiphytes à la cime du chêne pédonculé des mousses à la canopée les strates au grand complet, j'en ai pour cinq minutes, ailleurs et hors du temps profane on accomplit le geste primordial, il y a une omelette dans le panier, le geste du Héros fondateur, le père sans se retourner s'éloigne dit qu'elle aura imprégné la baguette à cette heure conseille à l'enfant de boire un peu de vin à peine coupé de limonade en attendant, ailleurs on le vénère et rituellement consomme le champignon pour une vision plus acérée, le père écarte la fougère de la pointe du bâton, Bémbé créa la terre et la forêt, dans la fougère le père se baisse, les mânes prodiguent aux hommes la subsistance, le père se baisse en silence exulte, ici un temps un seul et dans ce temps le geste un geste un seul le père se baisse Albin se baisse en silence exulte il a appris du père le placement la lumière le discernement comment apprivoiser le champignon, le père se baisse Albin se baisse le père se baisse Albin se baisse ici un temps un seul et le geste un seul geste, la fatigue le parfum le vin, dans le brun repérer le brun entre le bon le mauvais distinguer séparer le grain de l'ivraie dans le sombre chaos du sous-bois que jaillisse un éclair la forme cueillir ou retrouver le geste fondateur et le temps dans le temps Albin se baisse et dans Albin le père se baisse et dans le père le bolet réenchante le bois la cueillette anime le pas cueillir ou recréer le monde et cette voix venue de la cuisine, on entend tous les jours tellement de choses à ce sujet vos bolets machins choses vous êtes sûr qu'ils étaient tous comestibles parce que moi les champignons croyez-moi je m'en méfie.

mardi 6 octobre 2009

708. autoportrait au bolet (1)


Le bolet réenchante le bois.

Pousser comme des champignons... instantanéité, soudaineté vraiment ? ou n'est-ce pas tout le contraire, le bolet se hâtant lentement, fruit hasardeux d'un réseau touffu, thalle, fouillis de synapses, mycélium et miscellanées, hasardeux, souvent tardif, parfois carrément absent.

En amont longuement mûri mais sans y penser.
Et puis le temps, les conditions, la conjoncture : l'occasion fait le champignon.

Pourriture ou magma un instant prend forme, en un clin d'œil un rien de temps spores et poussière y retourne, poussière ou bouillie.

Réfléchi comme l'est un rituel.

Des nouvelles du dessous ; signe, offrande : libations à rebours.

Au hasard Balthazar : cela pouvait-il être autre chose pourtant ?

Ceci cela spontané, plus que jamais sous influence, champignon ou pensée.

lundi 5 octobre 2009

707. en vitesse (notule apéritive)


Albin lit sur son calepin Le poète ne doit jamais proposer une pensée mais un objet, c'est à dire que même à la pensée il doit faire prendre une pose d'objet.

Pioche dans le Robert :
Objet :
* toute chose qui affecte les sens
* tout ce qui est matière pour l'activité de l'esprit
* chose solide ayant unité et indépendance (voir Chose, fam. machin)
* forme, matière, grandeur d'un objet
ANT. Sujet.

Un temps, puis ajoute :
se déploie dans l'espace : dimensions, surface et profondeur, placement et déplacement de l'objet.
indépendance relative : objet matière en relation avec éléments et autres objets.
objet : mouvement ; variations ; points de vue.
objet matière, volume, relation, mouvement : inépuisable au regard.

Relève la tête, hume en direction du couloir, note exemple : bolet aereus.
Une voix de la cuisine : vos bolets machins choses... ils sont prêts... à table !


dimanche 4 octobre 2009

706. albin dimanche


pioche dominicale

pioche n° 1.
Le poète ne doit jamais proposer une pensée mais un objet, c'est à dire que même à la pensée il doit faire prendre une pose d'objet.

Le poème est un objet de jouissance proposé à l'homme, fait et posé spécialement pour lui. Cette intention ne doit pas faillir au poète.


pioche n° 2.
Il en est des poètes comme des champignons : pour un bon, dix mille mauvais.


samedi 3 octobre 2009

705. ésotérisme et bolet bronzé


De tradition le lieu du bolet ne se révèle pas, excepté aux rares initiés ; subtil équilibre entre rétention et nécessaire transmission du secret.

À chacun de faire ou de ne pas faire la découverte de son propre lieu.

Toute forêt est un écosystème et Brocéliande.

Le lieu du cryptogame restera cryptique.

vendredi 2 octobre 2009

704. des deux manières


Il y a deux manières d'être au monde, 1. l'immersion dans le lieu commun 2. cette épiphanie d'automne : brun dans le brun des feuilles l'aereus soudain, boletus aereus, miraculeux bolet d'airain, de bronze, également dit bolet tête de nègre, bolet tête noire ou encore cèpe bronzé -pourquoi pas présence ? pourquoi pas mystère ou clarté ? joie ? pourquoi pas oubli ?

jeudi 1 octobre 2009

703. du rab de devise


féminité : ils étaient convenus de se retrouver Aux Trois Gaules, au menu ce soir Caviar d'aubergine et son sorbet au poivron rouge suivi d'un Poisson rôti à l'unilatéral et son anchoïade il avait déjà fait son choix mais voilà, aujourd'hui matin elle succombe à Albin ne sait plus quel mal foudroyant, tout court elle succombe alors lui se dit si besoin était ne voit-on pas là une preuve supplémentaire de l'imprévisibilité féminine, ou de son inconstance, peut-être bien de son inconstance, Albin hésite.

paternité : ce sont ses créatures, à son image etc., ses petits ses bébés, chair de sa chair façonnée pétrie bichonnée, à son image mais la meilleure des poses quand il regarde en face la postérité ce sont ses loupiots pourtant, ses mioches, dans leur fraîcheur leur innocence il entreverrait un peu du secret du monde, ses propres enfants malgré tout, et quand il voit le résultat, à son image ces chiards ? leur babil confus ? ces mots prétentieux et ce baragouin, charabia geignard ? il a beau faire il ne les comprend pas, des étrangers, Albin les renie les barre les noircit, déchire rageusement les deux pages du calepin les trois paragraphes avec en mille morceaux, hop, dans la corbeille.

mercredi 30 septembre 2009

702. autoportrait à la devise


1.liberté : à l'élasticité de çui-ci certes il boulonne, certes à toujours repousser ctelles-ci Albin bosse, n'empêche : sa liberté toujours piétine aux bornes du langage.

2.égalité : d'une heure d'une circonstance d'une métamorphose à l'autre Albin serait bien en peine de rester égal à soi-même.

3. fraternité : on dirait que tous seraient frères et de tous le commerce équitable.

mardi 29 septembre 2009

701. autoportrait chiffré à la 6-4-2


nom : 2 noms (Albin, Albin bis)
âge : mille ans
taille : 701 billets
poids : des kilooctets en trop ou en moins
mémoire : 0 bit
papier : sans
lexique : 20 000 mots combinables-renouvelables
transit : 1000 mots/jour (bien chié, Albin ? s'enquiert sa mère chaque matin)
pointure : à l'huile

lundi 28 septembre 2009

700. repères


Qu'est-ce qu'il vous arrive et cet air marri au retour des courses Madame Marcel, c'est le Moppy, eh bien quoi le Moppy, samedi nous fêtons l'anniversaire du petit, ah bon comme le temps passe, Moppy c'est fini, vous voulez dire fini-fini ? en fait le vrai jour c'est jeudi mais on a préféré faire ça le samedi pour nous et pour le petit, vous voulez dire qu'il n'y aura plus de supérette dans le quartier ? le samedi tout le monde est tranquille, plus de magasin du tout? grands dieux comme vous y allez, alors dites-moi quoi? le samedi le petit peut veiller, dites-moi ce qui se passe avec Moppy, il n'a pas école le lendemain vous comprenez, bien sûr je comprends, Moppy va se transformer en Crossroads Market, ça lui fait quel âge maintenant à votre petit fils, huit ans, un changement d'enseigne qu'est ce que ça peut faire puisque le magasin reste ouvert, huit ans et vous pouvez y aller il connaît toutes les dates importantes, un nom différent qu'est-ce que ça change dans le fond ? qu'est-ce que ça change non mais vous plaisantez, vraiment il les connaît par cœur ? 1515-1918-732 j'en passe, extraordinaire vraiment extraordinaire! vous me demandez sérieusement ce que ça change ? il connaît déjà toutes les dates par cœur c'est extraordinaire moi je ne les ai jamais sues je ne les saurai jamais, il ne vont plus faire les produits Big Top voilà ce que ça change.

dimanche 27 septembre 2009

699. albin dimanche


À défaut de transparence Albin qui ne s'appelle pas Claire vise à une écriture translucide et pioche.

pioche dominicale
Aujourd'hui, Albin se sent aussi lucide que s'il n'avait pas existé.

samedi 26 septembre 2009

698. albin est


un double sans originalité.

Albin est une doublure sans étoffe.

vendredi 25 septembre 2009

697. albin est-il


un double ? une doublure ?

un double sans original ?
une doublure sans étoile sans étole ?

jeudi 24 septembre 2009

696. chambre claire


Lui devant, moustache noire épaisse, cheveu noir dru, regard habit chaussures noir du haut jusqu'en bas, l'autre suit, sortie du vieux bâtiment gris, ouvertures chiches, mur décrépi, franchie la porte étroite lui déjà en bas souple et assuré sur ses jambes le pas de l'autre comme hésitant, à jamais suspendu entre les deux marches du bref escalier, l'autre derrière, derrière lui qui regarde hautain malgré la plongée, direct et droit, dominateur, air dur contrarié d'être pris, surpris, la menace pas si loin, l'autre suit, uniforme étoilé mais rien du général, sous la casquette soumise l'œil rivé sur le bout des pieds, lui c'est Mesrine l'autre le gardien à l'heure de la sortie quotidienne photographiés par Jean Kern en 1978 vraisemblablement au téléobjectif d'un immeuble surplombant la Santé, sur la version papier un cadrage différent du cliché affiché dans Variations (54. Chambre claire), centrée sur les deux hommes elle montre peu du mur, en prison on ne dit pas sortie mais promenade.

mercredi 23 septembre 2009

695. droits d'auteur


Droit de Tromper sa Femme sans être Photographié dans les Journaux Droit de Coucher avec une Prostituée Droit de Faire l'Amour sans Préservatif avec des Personnes Acceptant de Courir ce Risque Droit de Grignoter entre les Repas Droit de Fumer une Cigarette en Avion Droit de Mourir dans la Dignité Quand on est Atteint d'une Maladie Douloureusement Incurable Droit de ne Pas Manger Cinq Fruits et Légumes par Jour... en entendant à la radio l'auteur en vogue, sa litanie des Droits qui selon lui vaudraient de figurer dans le Préambule de la Constitution dans cette attente patientent page 97 de son dernier livre, Albin sent monter ces saveurs mêlées, douceur du secret, âpre du clandestin, délicieux douloureux tragique capiteux tourmenté du pêché et conventions pour conventions rêve interdits, prohibition.


mardi 22 septembre 2009

694. albin fait son critique


Bouche pâteuse, sueurs froides, remontées acides, ce poids dans l'estomac et la nausée, l'indispensable nausée dans un vertige où la table et le plat le décor au complet les voix les autres autour tout a perdu son sens, privé des habituels repères un présent douloureusement insupportable...
Par ses vertus dyspeptiques, flatulentes, aérophagiques, le cassoulet n'a pas d'égal pour faire l'expérience du vide, veiller toutefois à le servir avec un bon vin et en quantité suffisante encore pour ne pas en rester à la peur d'en manquer, la simple peur s'arrête au moindre objet, visons plus haut, plus fort et radical, ravageur, extrême, ce spectateur de la table garnie, cassoulet et bouteilles, ce spectateur craignant le manque, manque de quelque chose, nécessairement, ce spectateur faisons qu'il soit lui-même manque, manque de rien de précis, faisons qu'il soit seulement, totalement manque, dans le plan serré atteindre à l'angoisse soit l'oubli total, soit l'effondrement, Madame Marcel vous n'oublierez pas le cahors, faites-en livrer une caisse entière demain c'est décidé on retourne la séquence.

lundi 21 septembre 2009

693. albin se fait son cinéma...


...en plans fixes uniquement.

1. Plan général
La salle à manger.
Bob et Albin attablés.

2. Plan américain
Albin de dos, Bob à sa gauche, de profil.
La table, un plat de cassoulet entamé, des bouteilles.

3. Plan rapproché sur Bob qui mange, se ressert, tend le bras vers la bouteille.

4. Plan serré sur la main de Bob qui empoigne la bouteille.
Main hors champ. Deux bouteilles vides sur la table.
Voix d'Albin : Madame Marcel, vous avez pensé à prendre du cahors tout à l'heure.
Voix de Madame Marcel : Zut j'ai oublié !

5. Plan serré sur la bouteille à moitié vide que Bob repose près des deux bouteilles vides.
Voix émue d'Albin : Alors c'est la dernière.
Le plan se prolonge sur la bouteille prise et reposée à plusieurs reprises par la main de Bob.
Dans la bouteille aux trois-quarts vide apparaît progressivement le visage d'Albin. Des gouttes sur son front.

6. Successivement gros plan sur Bob qui boit, sur Albin très inquiet au spectacle de la bouteille dont le niveau baisse insensiblement.

7. Plan américain
La table.
Bob qui mange.
À sa droite une chaise inoccupée : Albin a disparu.

8. Jusqu'à la fin de la séquence plan serré sur la bouteille qui continue de se vider, lentement, bouteille ou sablier, sablier ou temps brut, temps brut ou Albin, son visage occupe entièrement la bouteille maintenant, noyé de sueur, l'œil hagard.
Voix hors champ venant de la cuisine : Alors, vous le trouvez comment mon cassoulet ?
Voix de Bob déglutissant : Délicieux.
Voix d'Albin dans la bouteille, très faible, chevrotante : Délicieusement angoissant.

dimanche 20 septembre 2009

692. albin dimanche


pioche dominicale

Toute la nuit cent mille réveille-matin ont marmité à gros bouillons dans la tête d'Albin pour mieux l'empêcher de dormir. Au lever, le voici pire qu'une charrette de chiens.
Il se régale de toutes ces choses effroyables et bien atroces qui brinquebalent dans sa caboche, pensant en tirer profit pour une page, un poème, une note...
L'heure de la feuille blanche le trouve le crâne creux, vidé de toute émotion. Il connaît !... Insaisissables, les bandits voleurs de mots sont venus qui ont tout emporté !

samedi 19 septembre 2009

691. Variations et contrepoint


Sur Variations et contrepoint

Variation 54.

Chambre claire

(texte à venir)

vendredi 18 septembre 2009

690. spectacle permanent (de l'impermanence)


Brutalement projeté sur les planches Albin ne connaît pas un traître mot du texte, ne sait rien de son rôle, rien de la pièce, rien de rien, entrailles nouées, angoisse au creux de la poitrine, vertige au bas du ventre et la trouille partout cherche autour de lui, comment sortir de ce cauchemar ? hélas se réveille.

jeudi 17 septembre 2009

689. Albin in love


Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta : the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo. Lee. Ta.

Rien n'y fait, toujours le même émoi : dans le rayon Littérature étrangère de la Bibliothèque Municipale Albin se frotte à la version originale de Lolita, pour voir.

mercredi 16 septembre 2009

688. Albin amoureux


Il s'en souvient c'était hier il l'avait rencontrée des années plus tôt à la Bibliothèque Municipale. Le coup de foudre. Ne l'avait plus lâchée jusqu'à ce que. Tout a une fin, dit-on.

Voilà-t-il pas qu'il retrouve Lo devinez où ? À la Bibliothèque Municipale et pratiquement à la même place. D'ailleurs rien n'a changé, sentiments, émotion, désir, en dépit du temps il l'aime, il l'aime encore, et follement, Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins, dès la première phrase Albin rend les armes, Mon pêché, mon âme, Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais, pour taper, à trois, contre les dents, Lo-Lii-Ta, dès la première page.

mardi 15 septembre 2009

687. trois petits tours et reste là


Albin ou l'anti-touriste : le cigare cavale, la viande ne décolle pas du septième douillet.

lundi 14 septembre 2009

686. autoportrait en paraphrénique


une histoire qui n'en est pas une, venue on ne sait d'où, hors du temps et du reste, une histoire sans histoire autrement dit un mythe

rien qu'un personnage pas si drôle et poseur, philosophe à la noix, poète du dimanche, écrivaillon pas fichu de boucler son roman, velléitaire sans souffle, trois quatre lectures et se croit inspiré, deux élans, rire forcé, spleen désespoir bidons, lassitude solitude affectées, de ces silences inaboutis et puis

l'ennui de ces conversations autour d'un verre un livre, ersatz d'idée, ces rencontres à la nuit tombée, cinq personnages en quête d'existence, pittoresques et ternes, se regardent et de moins en moins drôles font mine d'y croire et sur le rêve empiètent

tailler dans le vif, réduire, exterminer, épurer personnages déconstruits amalgamés réinventés

rien d'autre que ce patchwork inconsistant, impressions, regards accumulés, addition qui n'ajoute rien à rien

fiction sans queue ni tête, jeu, exercice de style, hybride inconstant monté pièce après pièce et sans plan, bricolé, et par qui ?

par ce philosophe à la noix, poète du dimanche, poseur, joueur pris au jeu qui se rêverait fissa éternel se prendrait vite fait pour un mythe si

rien qu'un personnage, plutôt drôle, c'est vrai, d'accord, mais quand même

plutôt drôle et poète, avec ça, à ses heures philosophe et joueur, tellement joueur

parce qu'il le sait et comment se bâtissent les mythes voleurs de langue sait que rien ni personne n'est à l'abri rien ni personne ni

lui d'ailleurs c'est déjà fait se dit ça y est

une histoire qui n'en est pas une, venue on ne sait d'où, hors du temps, une histoire sans histoire, un mythe, une galéjade

dimanche 13 septembre 2009

685. albin dimanche


pioche dominicale


pioche n° 1.
Si, tandis qu'un Emanglon fête chez lui quelqu'un, une mouche entre dans la pièce où ils se trouvent, l'invité, fût-il son meilleur ami, se lèvera et se retirera aussitôt sans dire un mot, avec cet air froissé et giflé qui est inimitable.

pioche n° 2.
Et si vous vous exercez avec sérieux à cet art : observer l'âme d'un homme à l'instant où elle s'ouvre, vous prolongerez de plus en plus l'instant de cette ouverture et vous la rendrez de plus en plus profonde, de sorte que vous pourrez chasser en lui les yeux ouverts, comme dans l'eau. C'est ainsi qu'on devient chasseur de rêves.

samedi 12 septembre 2009

684. ailleurs (2)


Le fruit vert oblong, sa pulpe blanchâtre, ferme, filandreuse, crémeuse et colorée au cœur, là où plongent quatre, cinq, six, six noyaux bruns, luisants à croquer, cette saveur subtile à la fois douce, amère et légèrement piquante, les mots rien que les mots pour l'évoquer le troublaient : le korgossol, Albin, ah le korgossol...

vendredi 11 septembre 2009

683. ailleurs (1)


Au Djébaglon, au minimum deux fois par jour, Caredda leur donnait des seaux de korgossols coupés en dés, les poules se précipitaient en piaillant.

jeudi 10 septembre 2009

682. identité


Albin chante avec le cygne et à la moindre occase hurle avec les loups ou c'est selon, se tait avec la carpe, autant avec l'image il reste sage autant les jours de tempête, pour le tenir, fier avec le paon dare-dare il détale avec le lapin, rapide avec la gazelle et carrément fidèle avec le clebs il sera mais c'est plutôt rare rusé avec le renard, le plus souvent stupide avec le balai et ses pieds, comment ne le verrait-on pas tout doux avec l'agneau, curieux avec la belette, rose avec le cochon, contemplatif avec la vache et pour le requin requin, fuyant dès qu'il sent l'anguille la mule ne le connaît que têtu, le singe grimaçant, bien entendu Albin est jeune avec les jeunes, femme avec les femmes, chiche avec le pois large avec la corne objectif avec tout objet et forcément complémentaire du complément, une poussière et il est poussière, un souffle et hop, Albin courant d'air, un escargot ? le voilà qui bave, l'un dans l'autre et tout compte fait le mouvant l'accapare tant et tant qu'il n'a pas une minute à lui, le loisir d'être Albin avec Albin.

mercredi 9 septembre 2009

681. amour


Après les poux les puces les morpions, attouchements et baisers, succion, les tiques ont mis le grappin sur sa pomme, chatouilles plein les bras les mouches ont débarqué, des papouilles partout, le nez, les yeux, le visage, le corps entier, le soir tombe et voilà les moustiques, moustiques ô doux amis, moustiques ô tendres cœurs, vos bécots tardifs, la saison des z'a qui n'en finit pas, serait-ce le réchauffement ou quoi?


Ça pour l'apparence. Parce qu'à l'intérieur, du cap aux orteils, du toxoplasma qui lui prend le chou, l'ankylostome lui c'est son pied, ascaris tænia oxyures trichocéphales anguillules schistosome filaires et douves, tous en dépit de son physique ingrat et dans le septième les cafards pullulent, la vermine au complet, comment l'expliquer tous le veulent, tous l'ont dans la peau tous se le disputent, se cramponnent, le collent, pas un qui aurait l'idée de le lâcher, le désirent se l'arrachent, le lèchent le suçonent le savourent le pompent, le dévorent le vident, en redemandent et passionnément l'aiment, l'aiment, l'aiment, ah comme ils l'aiment tous et les bactéries, hyènes de l'amour et pas des moindres.


mardi 8 septembre 2009

680. conditionnellement


Et la médecine abolirait la maladie, le syndicat le salariat, le Coca les bulles, la religion Dieu et l'anse le seau, on ne se moque pas du physique lancerait l'acariâtre acarien à miss Pou, l'idée passerait d'une hiérarchie sociale fondée sur l'humour Albin sourirait, frissonnerait, ensuite enfin et toujours piochant aussi sec se métamorphoserait, comment vivre sans, en inconnu devant soi.

lundi 7 septembre 2009

679. Jedem das Seine


Albin somnole et vaguement s'interroge, ce qui va de soi, ce qui plus ou moins, ce qui pas, note sur son calepin histoire de s'éclaircir les idées,

à chacun sa chacune son chacun :

1. vie
2. castro
3. adiaphorèse
4. mer
5. mort
6. pigeon
7. bidonnage
8. escargot
9. preuve
10. amour

a) bisexuel (le)
b) accidentel (le)
c) ramatuel (le)
d) fidel (le)
e) résiduel (le)
f) conventionnel (le)
g) naturel (le)
h) factuel (le)
i) chatel (le)
j) cruel (le)

dimanche 6 septembre 2009

678. albin dimanche


pioche dominicale et métamorphoses : où la pioche se mue en pêche

Par une journée d'été Albin pêche dans un lac et subit une fascination. Il subit la fascination de l'eau, la grande étendue à la surface miroitante, et les nombres l'envahissent, issus des flots. Les deux poches de la vessie natatoire, les quatorze vessies natatoires...
(... ...) Qu'en augurer ?

(... ...)

(... ...) Et les songeries se mêlent aux soucis. Il énumère.
Les vingt-cinq mille picaillons. Les trois nuages. Les trente-sept vessies. Une brème. Trois vies (une vie, n'est-ce pas trop peu ?). Trois pies et un geai. Un écureuil roux. Une vipère. Les neuf branches principales du chêne au-dessus de sa tête. Onze canetons. Les vingt-cinq mille picaillons m'échappent du fait de la sentence de trois docteurs en philologies diverses. Les trois nuages passent. Les neuf branches bougent. La brème replonge. Que d'agitation dans les nombres. Que de métamorphoses dans les flots. Qu'en augurer ?

samedi 5 septembre 2009

677. pioche et grippe A


Grippe A ou pas un manche est un manche et le restera ministre ou pas rien n'empêchera Albin de cracher dans ses mains avant de l'empoigner.

vendredi 4 septembre 2009

676. in illo tempore : du changement dans la métamorphose


Par mesure d'hygiène de sécurité de quoi d'autre encore elle était désormais sous contrôle et réglementée, encadrée, codes et contraintes, cahier des charges, vérifications, expertises, toutim et compagnie.

Macache pour s'y risquer au dépourvu. D'abord on cogite on se réunit, visite à gauche, à droite, observer, étudier, établir diagnostic chiffré détaillé précis, selon disponibilité stages ou sessions de formation ad hoc plus ou moins longs ensuite, seulement ensuite, selon qu'on penche plutôt vers la poule, plutôt vers la blette et le cornichon, compter de 6 semaines à 2 ans.

La poule est réputée facile. Plus craintifs et sauvages la blette et le cornichon ne se laissent pas singer comme ça par le premier, l'approche exige du temps ; moins que celle de l'âne toutefois ; celle de la pomme n'en parlons pas. En gros 6 semaines pour glousser, 12 mois pour faire l'âne, 3 ans pour fructifier.

Adieu veaux vaches cochons, réversibilité, finie la métamorphose-jeu d'enfant improvisée, instantanée, au gré de sa sensibilité une feuille un souffle un escargot une émotion et hop, d'un coup d'un seul Albin-feuille Albin-souffle Albin-escargot, véritablement feuille souffle ou escargot, empathie ou comme on voudra rien à voir en tout cas avec une laborieuse contrefaçon.

Dès l'annonce officielle de sa démocratisation méthodique plus personne ne parla de métamorphose ; pour ce passage postiche d'un état à un autre, succédané grossier de la métamorphose, on dit conversion, c'est le terme, et faudrait voir à respecter la procédure sans quoi.

6 semaines ou 3 ans ?
davantage ?
se délester de son humanité serait une question de temps
ou d'âge
ou l'essentiel ne se désapprend pas ?
d'un coup d'un seul Albin-envoi

jeudi 3 septembre 2009

675. écrire et puis après


C’est parfait dit le photographe tout sourire en lui remettant les clichés, j'ai travaillé pour vous jusqu'au matin et voilà, vous êtes superbe, Albin les prend, les scrute, les tourne et les retourne, se dit l’homme n’a pas tort, quel talent fait-il à mi-voix, qui devinerait derrière ce sourire tant d'efforts, de travail, d'abnégation, d'ascèse, de courage, et le photographe se rengorge, sourit de plus belle à un Albin plongé dans la contemplation de ses photographies, trop sage pour juger du talent d'autrui.


Ici une précision. La veille, tard dans la nuit, réveil en sursaut, Albin précipitamment fonce chez le photographe le plus proche, tambourine à sa porte, lui fait ouvrir boutique, s'explique, Millot a un catalogue dans lequel figure en marge de la liste des ouvrages édités la photographie des auteurs, enfin des plus grands, dit l'urgence et ce qu’il lui faut, au poil près, dans quel but et à quel usage, dans quel esprit, Studio Harcourt, Richard Avedon, Depardon, Richter, Thomas Ruff, de Vinci, Pierre Besson, par quels moyens, argentique, noir et blanc, colorisation, éclairage et fond, sensibilité, ouverture, aplats, profondeur de champ, dripping, scarifications, avec force détails, l’homme en est sur le cul, littéralement impressionné, les professionnels n'apprécient pas l'indécision, préfèrent que le client soit fixé pense Albin intérieurement et part d’un grand rire, il a pris conscience de ses deux jeux de mots bien involontaires, on ne se refait pas lance-t-il à l'intention du photographe qui le dévisage, sourcils incrédules.


mercredi 2 septembre 2009

674. écrire, dit-il


Devant le septième douillet un de ces véhicules de travaux publics fermement calé le long de la chaussée qui peut, grâce à un ingénieux dispositif, hisser une nacelle à hauteur respectable, ici celle du lampadaire dont il s’agit de remplacer le néon. Sujet au vertige, le bas du ventre ému, parcouru de spasmes, Albin s’irrite de l’inconscience avec laquelle l’employé s’élève en sifflant, stupide confiance en la machine se dit-il in petto.

Il est attaché, le rassure une voix, celle du factotum qui à l'égal de ceux de sa corporation lit dans les pensées et garde en toutes circonstances son sang-froid, attaché, attaché, s’emporte Albin, attaché à quoi, regardez, attaché au bras de la nacelle, un bras mobile et donc fragile, une défaillance et que se passe-t-il je vous le demande, d’après vous que se passe-t-il, non, si on avait un peu de jugeote pour une vraie sécurité on aurait attaché ce pauvre hère à quelque chose qui ne risque évidemment pas de tomber, ni même de bouger, à du solide, du fixe, on l’aurait attaché par terre si on avait un peu de jugeote, le plancher des vaches rien de plus sûr, mais voilà, pour tout pareil, dépit du bon sens, à l’envers et tout à l'avenant, pauvre siècle...

Le factotum approuve, petits hochements de tête, plisse du front, tire longuement sur sa gitane papier maïs.



(Plus tard se relit, note dans son calepin :

Sur la répétition du participe attaché : le contraire d’une inattention, marque de métier. Observer d'abord que 1. c'est le mot du factotum, Albin ne fait que le reprendre, 2. ce mot traduit la réalité suivante, un agent certes maintenu, par sécurité encordé mais lâche, de manière à ne pas gêner ses mouvements, un agent qui quoi qu'il en soit reste en mesure d'accomplir sa tâche. L'écrivain débutant désireux d’éviter coûte que coûte l’inconvénient mineur d’une redite n’hésitait pas, ipso facto voilà le technicien des T.P. ligoté, soit immobilisé, s'ensuit l’impossibilité de changer le néon déficient, de là, la nuit venue, immanquablement l'accident dû à l’obscurité, pourquoi pas un crime dans ce quartier d’ordinaire paisible mais bien éclairé, qui plus est cela va sans dire faute professionnelle, employé licencié et au final infirmité, mort d’homme, famille éplorée, famille endeuillée, couple brisé, enfants placés, drame social, Albin n’écrit pas pour la midinette et souffle d’aise, le travail quotidien n'aura pas été vain, on ne la lui fait plus désormais au fil des billets métamorphosé, aujourd'hui romancier chevronné.)


mardi 1 septembre 2009

673. autoportrait en double


Il aime la griserie des hauteurs les cieux tourmentés les gouffres sans fond les échos la mer en furie les sommets brumeux les passions les manques autant que les excès la poésie les mirages les questions sans réponse la souffrance tout ce qui exagérément fait saillie ou creux les étendues sans fin et Dieu, Albin du haut est grave et romantique.

N'allez pas croire a contrario que celui du bas en pince pour la steppe le désert la toundra, non, même pas, les landes à la rigueur, le geste élégant des pins jouant légers à taquiner la verticale mais plus encore la glèbe et son petit jardin, la sieste, une caresse, les mots simples, un baiser volé, la lumière du matin, les sentiers battus, le parfum du soir, l'écureuil furtif qui traverse la route, le cassoulet de Rose-Marie Marcel accompagné d'un bon cahors.

lundi 31 août 2009

672. autoportrait en puzzle


1. rendre l'âme, billet 660

Rendre l’âme, l’expression qui spontanément lui vient à l’esprit Albin la trouve ambiguë : s’agit-il à la fin du bail de la restituer mais à qui la remettre en ce cas ? De la vomir comme un plat indigeste, enfin libre, aérien, léger ? À cette idée Albin pris d’une irrépressible envie de danser enfonce deux doigts profond dans sa bouche se racle la gorge éructe. En vain. L’heure n’est pas venue. Se résigne à verser dans un verre d’eau gazeuse deux capsules Rennie effervescentes.


2. son armure en dedans, billet 648
Des fêlures rien que des encore des fêlures et dessous mise à nu la chair souffrante, larmes et sang, suintements, ruissellements, morceaux, éclats de chairs en miettes, bribes et dessous, mise à nu qui souffre et se lézarde, l'âme en vrac, l'âme qui se délite, molle et plus encore, bulles et vapeurs, éther, et dessous...

...fait des rêves de fêlures, doux rêves de plaies de bosses de déchirures et de douleurs, blessures, lambeaux, mise à nu mise en pièces, c'est là, dites, c'est là où ça fait mal ? ah déliquescence, rêve une existence sous l'armure brisée l'armure qui grince l'armure sonne creux Albin porte la sienne à l'intérieur.

3. rien du tout
dans la poubelle une prison molle et respirer, sentir, toucher, voir, goûter, il s'est débarrassé de l'âme, enfin, d'Albin il reste l'essentiel c'est à dire rien du tout, rien de ferme et définitif, d'immuable, rien de solide, des sensations mouvantes et toujours neuves, une peau toujours renouvelée, l'une et les autres se titillent se taquinent ; l'âme est la prison du corps, Albin un puzzle dont les pièces changent de forme à chaque instant et jouent.

dimanche 30 août 2009

671. albin dimanche


pioche dominicale

Il y a des jours

où l'absence

d'
ogres

se fait cruellement sentir.

samedi 29 août 2009

670. absence 7.


avant-pioche à trous

Le petit Poucet, qui avait remarqué que les filles de l’ avaient des couronnes d’or sur la tête, et qui craignait qu’il ne prît à l’ quelques remords de ne les avoir pas égorgés dès le soir même, se leva vers le milieu de la nuit, et prenant les bonnets de ses frères et le sien, il alla tout doucement les mettre sur la tête des sept filles de l’ , après leur avoir ôté leurs couronnes d’or, qu’il mit sur la tête de ses frères, et sur la sienne afin que l’ les prît pour ses filles, et ses filles pour les garçons qu’il voulait égorger.

La chose réussit comme il l’avait pensé ; car l’ , s’étant éveillé sur le minuit, eut regret d’avoir différé au lendemain ce qu’il pouvait exécuter la veille. Il se jeta donc brusquement hors du lit, et prenant son grand couteau : « Allons voir, dit-il, comment se portent nos petits drôles ; n’en faisons pas à deux fois. » Il monta donc à tâtons à la chambre de ses filles, et s’approcha du lit où étaient les petits garçons, qui dormaient tous, excepté le petit Poucet, qui eut bien peur lorsqu’il sentit la main de l’ qui lui tâtait la tête, comme il avait tâté celles de tous ses frères. L’ , qui sentit les couronnes d’or: « Vraiment, dit-il, j’allais faire là un bel ouvrage ; je vois bien que je bus trop hier au soir. » Il alla ensuite au lit de ses filles, où ayant senti les petits bonnets des garçons : « Ah ! les voilà, dit-il, nos gaillards ; travaillons hardiment. » En disant ces mots, il coupa, sans balancer, la gorge à ses sept filles. Fort content de cette expédition, il alla se recoucher auprès de sa femme. Aussitôt que le petit Poucet entendit ronfler l’ , il réveilla ses frères, et leur dit de s’habiller promptement et de le suivre. Ils descendirent doucement dans le jardin et sautèrent par-dessus les murailles. Ils coururent presque toute la nuit, toujours en tremblant, et sans savoir où ils allaient.

L’ , s’étant éveillé, dit à sa femme : « Va-t’en là-haut habiller ces petits drôles d’hier au soir. » L’ fut fort étonnée de la bonté de son mari, ne se doutant point de la manière qu’il entendait qu’elle les habillât, et croyant qu’il lui ordonnait de les aller vêtir, elle monta en haut, où elle fut bien surprise, lorsqu’elle aperçut ses sept filles égorgées et nageant dans leur sang. Elle commença par s’évanouir, car c’est le premier expédient que trouvent presque toutes les femmes en pareilles rencontres.

L’ , craignant que sa femme ne fût trop longtemps à faire la besogne dont il l’avait chargée, monta en haut pour lui aider. Il ne fut pas moins étonné que sa femme lorsqu’il vit cet affreux spectacle. « Ah ! qu’ai-je fait là ? s’écria-t-il. Ils me le payeront, les malheureux, et tout à l’heure. » Il jeta aussitôt une potée d’eau dans le nez de sa femme et l’ayant fait revenir : « Donne-moi vite mes bottes de sept lieues, lui dit-il, afin que j’aille les attraper. »


vendredi 28 août 2009

669. absence 6.


absensie afwesigheid mungesë Absenze Abwesenheit

Nichtvorhandensein absence fraværelse ausencia foresto

poissaolo ôfwêzigens absenteso absensi assenza absentie


uitsedigheit mangel verstek verzuim ousensia ausëncia falta

bulunmays yokluk gloutyfx

mercredi 26 août 2009

668. absence 5.


Albin es-tu là ?
Si tu es là écris une ligne.
Si tu n'y es pas écris-en trois.

mardi 25 août 2009

667. absence 4.


1. L'absence se définit par la négative, comme une non-présence ; la présence serait la norme, l'absence un défaut de, où comment le langage console.

2. L'absence, en droit, est l'état d'une personne dont on ne sait pas ce qu'elle est devenue.

3. On parle de l'absence d'une personne ou d'une chose quand elles ne se trouvent pas à l'endroit où l'on voudrait qu'elle soit.

lundi 24 août 2009

666. six versions


1. apocalyptique
Je vis ensuite surgir de la terre une autre Bête portant deux cornes comme un agneau, mais parlant comme un dragon.
(... ...)
Elle accomplit des prodiges étonnants : jusqu'à faire descendre aux yeux de tous, le feu du ciel sur la terre ; et, par ces prodiges qu'il lui a été donné d'accomplir au service de la Bête, leur conseillant de dresser une image en l'honneur de cette Bête qui, frappée du glaive, a repris vie.
(... ...)
Par ses manœuvres, tous, petits et grands, riches ou pauvres, libres et esclaves, se feront marquer sur la main droite ou sur le front, et nul ne pourra rien acheter ni vendre s'il n'est marqué au nom de la Bête ou au chiffre de son nom.
C'est ici qu'il faut de la finesse ! Que l'homme doué d'esprit calcule le chiffre de la Bête, c'est un chiffre d'homme : son chiffre, c'est 666.

2. mathématique
La somme de tous les nombres de 1 à 36 (1 + 2 + 3 + ... + 35 + 36) donne 666.
On peut donc écrire que
\sum_{i=1}^{36} i = 666 ;
et en remarquant que 36 est la somme des nombres de 1 à 8:
{\sum_{i=1}^{\sum\limits_{k=1}^8k}} i = 666

3. romantique
la somme des chiffres romains (M excepté) :
(I + V + X + L + D + C ou 1 + 5 + 10 + 50 + 100 + 500 = 666)

4. smithique
la somme des chiffres décimaux qui composent 666 (6 + 6 + 6 = 18) est égale à la somme des chiffres décimaux de sa factorisation en produit de nombres premiers (666=2 x 3 x 3 x 37 : 2 + 3 + 3 + 3 + 7 = 18)

5. motocyclique
De Ploërmel à Vannes face au vent s'il vous plaît un vent à décorner, oui da, sur la nationale Albin fonce comme une bête, une bête une vraie, vouais, besoin de rien de personne sur sa moto OK ?, une Susuki qui crache le feu, vingt dieux, sur sa Susuki 666 droit devant, à lui la RN 166, mais si, 166.


6. métamorphique
Deux petites cornes comme un doux agneau, la langue bifide, la langue ambiguë du dragon, Albin rase les murs la queue entre les jambes et fourchue mais on le voit venir avec ses gros sabots : pas si terrible et même pas terrible du tout sa 666 ième métamorphose.

dimanche 23 août 2009

665. albin dimanche


pioche dominicale

où il se confirme qu'on ne peut démontrer que ce qu'on sait déjà.

sachant

d'une part que :
absence = ab sans ce
absence = ab - ce

d'autre part que :
ab = albin sans lin
ab = albin - lin

absence = ab - ce = (albin - lin) - ce
= albin - (lin - ce)

ou
albin = absence + (lin - ce)
albin = absence et lin sans ce

soit :
albin = absence et l'insense

samedi 22 août 2009

664. absence 3.


,

,
;
!


?

vendredi 21 août 2009

663. absence 2.


...





...

jeudi 20 août 2009

662. absence 1.

































.

mercredi 19 août 2009

661. ah si vous connaissiez ma poule


coq

Familier des cloaques en sait-il pour autant davantage sur la poule que par exemple le pot.

œuf
La poule, il la connaît de l'intérieur, qui n'est rien d'autre que l'intérieur de l'œuf.

cocotte
La poule d'Albin ? Une cocotte de papier.

qui de l'œuf ou de la poule
Est-ce parce qu'il l'appelle ma poulette ma cocotte qu'elle glousse et piaille ou parce qu'elle glousse et piaille qu'il a une tête d'œuf.


ps
On ne fait pas d'homélie sans casser les burettes.

mardi 18 août 2009

660. le travail c'est la santé


Albin désœuvré feuillette un magazine et trouve à la rubrique Santé trouve ou tombe sur une vague douleur tellement diffuse qu’il ne saurait dire où dans quelle partie de lui de lui ou d’ailleurs et se demande si c’est son genre de rester là à conjuguer souffrance et oisiveté.

Un instant pense à consulter mais le médecin médicalise et la médecine Albin n’y a jamais cru. Le psychologue le psychiatre le curé ? Psychologie, psychiatrie, morale et bondieuseries.

De toutes façons médicaliser qui ? moraliser quoi ?

Que faire, alors ? Albiniser Albin, Albin et le reste. Pas une mince affaire, certes. Sinon quoi ?


Rendre l’âme, l’expression qui spontanément lui vient à l’esprit Albin la trouve ambiguë : s’agit-il à la fin du bail de la restituer mais à qui la remettre en ce cas ? De la vomir comme un plat indigeste, enfin libre, aérien, léger ? À cette idée Albin pris d’une irrépressible envie de danser enfonce deux doigts profond dans sa bouche se racle la gorge éructe. En vain. L’heure n’est pas venue. Se résigne à verser dans un verre d’eau gazeuse deux capsules Rennie effervescentes.


En aucun cas Albin ne prendrait ses capsules Rennie dans une eau non-gazeuse.

À quoi bon redoubler, s’étonne son ami Hans, l’eau plate sous l’effet des capsules effervescentes serait déjà gazeuse.

Hans commence à lui courir le haricot avec ses remarques.


Qu’est-ce que ça peut lui foutre à Hans, bordel, que je prenne mes capsules Rennie dans un verre d’eau gazeuse ? Contrarié, Albin devient grossier.

Est-ce que je lui demande, moi... Là Albin s’interrompt, part d’un grand rire et tousse, manque de s’étouffer, tousse et rit en même temps, tousse et rit de plus belle, n’arrête pas de rire, de tousser, rire, tousser, avec quelle facilité Albin passe d’un état à son contraire, déconcertant, non ? maintenant grimace.


lundi 17 août 2009

659. capri c'est fini


le temps présentement
Vivre dans le souvenir en ce que le présent à l'instant même où il se vit est déjà souvenir, présent et souvenir se confondent ; présent, souvenir, mais également futur et Albin soi-même, ne font qu'une seule et même inclusion dans le temps, l'espace d'une bulle.


la foi pédestrement
À la télévision en ce jour d'Assomption l'ecclésiastique de blanc vêtu donne sa définition du pélerinage : le pélerinage c'est la foi avec les pieds.


l'ordre éternellement
Un célèbre architecte du début du XX° livre à ses riches clients la maison qu'il a conçue pour eux, le contrat à la clef stipule l'interdiction formelle de déplacer quelque élément du mobilier que ce soit, jusqu'au moindre objet décoratif tout doit impérativement rester à sa place, sa place première, celle de la création.


le tohu-bohu chroniquement
Oublié le big-bang unique à l'origine de notre univers, on en est à la théorie des grands boums multiples et des sous-univers dans un monde éternel avec ses régulières auto-reproductions ; on finira bien par admettre un jour qu'on vit depuis toujours dans le tohu-bohu.


la création grammaticalement
Être est le verbe le plus utile qui soit : que l'illusion soit et le réel fut.
Ou ce sera l'inverse.

dimanche 16 août 2009

658. albin dimanche


pioche dominicale
où Broutin prend la place de la Lorpailleur et de Louise Bottu et Albin celle de Monsieur Songe.

(... ...)
Et le voilà parti dans un exposé où il n'est question pêle-mêle que de signifiant, de signifié, de référent, de métaphore, métonymie, morphème, phonème syntagme, algorithme, mise en abîme, métalangage, connotation, structuralité, sémanticité, poéticité. Puis avec un faux sourire il demande à Albin s'il taquine toujours la muse. Albin rougit et répond que non. Il aurait même eu honte d'avouer qu'il rédigeait encore son journal car ce doit être un genre bien périmé.
Ah ce Broutin, pense-t-il en rentrant chez lui, il n'a pas fini de nous étonner ! Toujours à l'avant-garde du progrès...
Et il est sur le point de mettre ses notes au feu.

Variante.
Albin au cours de sa promenade du matin rencontre un jour Broutin le poète. Broutin est tout déjeté, boiteux et tremblotant. Mais sitôt qu'il reconnaît Albin il a un sourire de petit garçon et leur conversation, qu'ils ont interrompue depuis des lustres, est la même qu'autrefois. C'est ainsi qu'Albin apprend que Broutin va mettre sous presse un nouveau recueil de poésie. Il en parle comme de sa première communion, avec des accents pathétiques. Il n'y est question que de levers de soleil, d'oiseaux bleus, de fleurs et d'amourettes. Et à mesure qu'il en parle il prend des couleurs, il en oublie de trembler, il se redresse, regarde autour de lui, bref ressuscite.
Et Albin en rentrant chez lui pense ah ce Broutin n'a pas fini de nous étonner.

samedi 15 août 2009

657. que como cuando y donde


Réveil tardif, septième silencieux, pénombre, de la chambre au salon du salon au bureau aspirateur en main, lumineuse, hier encore elle apparaissait dans un septième radieux, Albin ensommeillé se demande quel mot convient le mieux à son absence, il a retenu la leçon, la leçon de la veille, ordre et rigueur, méthode, discernement surtout, ne pas confondre haut et bas, gauche et droite, terre et ciel, vitesse et dormition, glaise et assomption, miracle et maldonne, madone et jour chômé, soudain du dessous, l'appartement dessous, la voix monte d'un Dario Moreno sûr de lui et de Brigitte Bardot, aucune fille au monde n'est plus sympa que toi B.B., dans celui du dessus The Clash plus mesurés s'interrogent, shoud I stay ? should I go ? Albin ne saisit pas vraiment, lui propose-t-on quelque chose et quoi ? clamer des préférences dont il ignore tout ? qu'attendrait-on qu'il fût qu'il fît? rester ? partir ? Albin hésitant un instant balance entre deux airs connus deux nostalgies deux jeunesses qu'il n'a pas vécues se dit pourquoi choisir je peux bien les faire miennes toutes les deux, toutes les deux et bien d'autres, bien d'autres encore, dans la rue passe une grosse moto et vrombit, Albin se rendort.

vendredi 14 août 2009

656. lucidus ordo


Tout et en premier lieu le langage tout absolument tout doit y tendre y aspirer c'est ce qu'il est venu lui rappeler et lui dire si du souk du binz du boxon il ne trouve pas qu'il y en a bien assez comme ça, bazar, fouillis, fatras, chaos, confusion, il connaît, le jour et la nuit il connaît aussi, ciel et mer, haut et bas, gauche et droite, tous ses efforts toujours recommencés pour qu'on en sorte alors par pitié ne pas rajouter du trouble à la pagaille il est venu le lui rappeler plus ou moins masqué comme à l'habitude, ange en songe ou dans le buisson, Fatima, Lourdes et La Salette, Akita, Betania, et elle, chaque fois elle qui vient apporter la même bonne parole, répéter le seul ordre possible à Banneux Rome ou Kibeho aujourd'hui dans le septième douillet, le bureau plus précisément, Albin assoupi à même le parquet au cœur du fouillis, livres ouverts, fermés, entassés, en piles affaissées, calepins, papiers noircis, feuilles roulées en boule, ratures sans tête ni queue, elle sa silhouette qui flotte, lumineuse, tant de clarté dans l'embrasure de la porte du couloir, elle sourire bienveillant qui murmure dans un souffle permettez que je mette un peu d'ordre dans ce capharnaüm, réveillé en sursaut, aveuglé, Albin sur le cul écarquille les yeux dans sa direction, aspirateur en main elle aurait ce matin l'apparence de Madame Marcel; tout simplement.

jeudi 13 août 2009

655. langage en vrac et en couleurs


mythe 1. Mythe, ah devenir mythe, petit Albin en rêve.


incorrigible Broutin

En quête de psychologie là où rien d'autre que des situations de langage.

racines d'Albin
Moitié en l'air moitié à la surface du langage : dans le cliché, le lieu commun.

lexique et paradoxe
Change tellement vite, pas le temps de le voir vieillir.

tenir sa langue
Tiens bien ta langue dans ta bouche petit Albin ou le mythe te la volera.

mythe 2. Devenir mythe petit Albin craint de.


mercredi 12 août 2009

654. incomplétude


1. E = {n ∈ N; T ⊣ φ(n)} = {n ∈ N; (m, n) ∈ D(T)} = D(T)

2. D'Albin fleur indifféremment dépourvu de corolle étamines ou calice ou pistil on dit qu'il est incomplet ; mais attention, un Albin fleur toujours en cache un autre, doté de la partie qui fait défaut à l'un.

3. Métaphores catachrèses et autres ornements qui voilà peu le constituaient, il en manquerait Albin jardin de Tarbes qui a insensiblement viré japonais ? Pourtant les fleurs sont toujours là, non ?


mardi 11 août 2009

653. tautologie


((P \to Q) \to P) \to P


lundi 10 août 2009

652. paradoxe


y
= {x | xx}

dimanche 9 août 2009

651. albin dimanche


pioche dominicale
(trois quatre arguments en faveur de l'autoportrait ou bien c'est le contraire)

1. Le thème littéraire du double apparaît avec une insistance particulière au XIX° siècle (Hoffmann, Chamisso, Poe, Maupassant, Dostoïevski en sont les illustrateurs les plus célèbres) ; mais son origine est évidemment très ancienne, puisque les personnages de Sosie ou de frère jumeau indiscernable tiennent une place importante dans le théâtre antique, comme dans l'Amphytrion ou Les Ménechmes de Plaute. Le double -au sens de dédoublement de la personnalité- n'est d'ailleurs pas lié à la seule expression littéraire : il est aussi à son affaire dans la peinture, dont il constitue même un thème essentiel et décisif du point de vue psychologique, s'il est vrai, comme on a pu le soutenir, que tout peintre a pour mission fondamentale de réussir ou de manquer son "autoportrait" (cela à l'occasion de n'importe quel genre de peinture, et en l'absence même de toute tentative de se faire figurer lui-même sur la toile).

2. Et vous avez le même caractère et les mêmes manies. Amour des phrases, désamour des gens.
Pourquoi dites-vous ça Sosie ? dit Siso.
Parce que c'est la vérité dit Sosie.
Et elle ajoute vous serez comme votre oncle, vous deviendrez laide et méchante.
On n'est pas plus aimable dit Siso.
Je ne suis plus d'âge à flatter les gens dit Sosie.

3. Albin ou ce que pourrait être l'autofiction si l'on n'y parlait pas de soi.

4. Car Albin est poète. Il n'abuse pas du je, sa figure pâlie sur la photo de famille ne lui inspirant qu'une confiance médiocre.

samedi 8 août 2009

650. langage...


...et bornes
Il parlait du temps et de sport, de politique, de son travail, avec les mots qu'il faut, cohérence et logique, le ton juste, bref tout roulait jusqu'à ce que pppfffttt, dérapage, patatras tout par terre d'un seul coup, écroulé, lui dessous.
Qu'est-ce qui lui a pris on se demande d'essayer de faire de l'humour ?

...et couverture
Le titre du livre c'est Manuscrits à la recherche d'un éditeur, la maison d'édition MRE -Manuscrits à la Recherche d'un Éditeur.


...et définition
... : des mots qu'avec plaisir ou dans l'effort c'est selon il aligne et plus ou moins prennent à ses yeux un sens jusqu'à ce que

vendredi 7 août 2009

649. rêve quantique


Q
uelle que soit la distance qui les sépare deux particules corrélées forment un tout la connaissance de l'une influant sur l'autre instantanément sans transmission d'informations résultant d'une action physique, le phénomène de non-séparabilité l'occupe pendant son repas solitaire Albin se lève, emprunte à petits pas le couloir, dans le bureau ouvre au hasard le Robert édition 1992, arracher une page ? plus facile à dire ou à penser qu'à faire, forcément on hésite, le Robert tout de même, la main glisse et voilà, en guise de page on se retrouve avec un ridicule coin de la 313 entre les doigts, hop dans la poche et le dictionnaire sur la haute étagère, bureau fermé revient à la cuisine, en finir avec cassoulet et cahors, mais là, chaque bouchée chaque gorgée tomberait comme une pierre dans l'estomac, Albin grimacerait, fouillerait dans sa poche, lirait sur le minuscule bout de page chylifère adj. et n. m. Qui transporte le chyle. Vaisseaux chylifères ou (subst.) chylifères, vaisseaux lymphatiques des villosités intestinales qui absorbent le chyle et dessous chyme n.m. Bouillie formée par la masse alimentaire au moment où elle passe dans l'intestin après avoir subi l'action de la salive et du suc gastrique, inquiet tâterait prudemment en douceur caresserait son ventre jusqu'à se calmer, 2. reprendre du cassoulet, délicieux cassoulet de Madame Marcel, 3. se servir un verre de cahors, 4. se raisonner, la non-séparabilité qui l'occupe pendant son repas solitaire la mécanique quantique en général s'appliquent au petit, rien qu'à l'infiniment petit, Albin n'est pas si grand d'accord mais enfin, de là à.

jeudi 6 août 2009

648. rêve et grincements


Des fêlures rien que des encore des fêlures et dessous mise à nu la chair souffrante, larmes et sang, suintements, ruissellements, morceaux, éclats de chairs en miettes, bribes et dessous, mise à nu qui souffre et se lézarde, l'âme en vrac, l'âme qui se délite, molle et plus encore, bulles et vapeurs, éther, et dessous...

...fait des rêves de fêlures, doux rêves de plaies de bosses de déchirures et de douleurs, blessures, lambeaux, mise à nu mise en pièces, c'est là, dites, c'est là où ça fait mal ? ah déliquescence, rêve une existence sous l'armure brisée l'armure qui grince l'armure sonne creux Albin porte la sienne à l'intérieur.

mercredi 5 août 2009

647. rêve d'ailleurs


Lui couché dans l'herbe et les yeux au ciel lui rêve à des êtres étranges, mystérieux, rêve à des univers lointains, rêve et oublie son corps, la tête ailleurs et sur sa tête un pou, sur son pubis un pou là une tique ici une drosophila melanogaster plus loin la puce et le moustique s'arriment une fourmi trébuche dans les poils du bras le scarabée cetonia aurata lentement remonte le mollet un tas de bactéries méthodiquement colonisent sa surface, les recoins secrets de son intérieur, tout son corps jusqu'à ses pensées, jusqu'aux rêves d'Albin.

mardi 4 août 2009

646. au pilon


10 tonnes d'un coup d'un seul balancées du camion sur le béton et dans l'immense dépôt le bulldozer, l'élévateur, le broyeur, la larme à l'œil Albin qui plus qu'Albin est livre, Albin n'est plus Albin mais un livre oublié qui découvre attristé les 100 millions de livres qui finissent au pilon 100 millions chaque année par camions de 10 tonnes et souffre en parcourant le magazine, dans sa tête la scène la même scène se répète, Albin se lève et le camion balance 10 tonnes que le bull pousse, massacre et pousse vers l'élévateur, direction le broyeur, Albin ému pose le magazine et 10 tonnes se déversent, là, à ses pieds, sur le béton, livrées au bull, à l'élévateur, au broyeur, à petits pas pressés dans le couloir encombré de bouquins la scène n'en finit pas et pourtant, Albin sèche ses larmes, zoom sur les couvertures, 10 tonnes sur le béton le bull l'élévateur et ce sourire sur le visage d'Albin, Albin qui plus qu'Albin est bulldozer, élévateur, broyeur, zoom sur les couvertures, Albin n'est plus Albin mais pilon, 10 tonnes de livres signés Broutin.

lundi 3 août 2009

645. les bornes du langage


Vous n'auriez pas une aspirine, Madame Marcel ?
Dans la poche intérieure du cabas posé dans l'entrée, non, accroché à la patère plutôt, qu'est-ce qui vous arrive ? vous n'êtes pas dans votre assiette ?
Ma tête, aïe ma pauvre tête...
Attendez, ne bougez pas je vous les apporte. Voilà, je vous en donne quatre, prenez-en deux tout de suite et deux autres dans une heure... vous avez une bien petite mine, vous êtes sorti hier soir ?
Je n'ai pas quitté le bureau, aïe ma tête...
Vous vous serez frappé le front aux bornes du langage, fait Madame Marcel du couloir et s'éloigne à grands pas décidés vers la cuisine, en chantonnant.

dimanche 2 août 2009

644. albin dimanche


pioche dominicale

Albin tout seul, le degré zéro d'Albin, ça n'existe pas. Il n'y a que des Albin-adjectifs : des Albin-Poésie Pure, des Albin-Langouste (Montherlant), des Albin-Bible (celui de Mme Véra Korène), des Albin-Passion, des Albin-peint-les-hommes-tels-qu'ils-sont, etc. Bref, Albin est toujours quelque chose d'autre qu'Albin, et voilà qui rend la tautologie albinienne bien illusoire.

(... ... ...)

Albin, c'est Albin : sécurité admirable du néant.

samedi 1 août 2009

643. la télé d'albin


structure du récit
Hercule Poirot plusieurs semaines Albin pratiquement deux heures c'est le temps qu'ils consacrent l'un et l'autre qu'ils consacrent l'un et l'autre à quoi ? à passer d'une situation initiale où un homme va être pendu pour crime à une situation finale où un homme va être pendu pour crime ; autant dire qu'ils le consacrent à rien.
Il s'agit du même crime, certes, pas du même homme précisera-t-on et ce prétexte futile justifierait l'agitation, tout ce temps perdu : l'un aurait commis le meurtre, l'autre non.

deus ex machina
Poirot
qui affirme, ce sont ses mots, ne pas tourmenter le réel pour le faire coller à sa théorie. Facile de jouer les purs quand un autre se charge des basses œuvres, en l'occurrence une autre, Agatha Christie qui s'y colle, à la machinerie.

contradictions
Quand le coupable, le plus important banquier du pays, dit en désignant le chômeur pas futé qu'il pensait envoyer à sa place à la potence, pourquoi me préoccuperais-je de gens comme lui ? Poirot répond la différence entre vous et moi c'est que pour moi la vie de cet homme-là compte autant que la vôtre.
Vraiment ? Pourquoi alors épargner l'un.

jouer à chat
Lui si malin
saurait-il dire qui l'un qui l'autre, s'ils ne font qu'un, qui de l'un qui de l'autre donne forme à l'autre à l'un, tourmente le réel ou s'y plie, de ce côté-ci de l'écran Poirot saurait-il démêler le chaton, Albin, Albin le chaton
dans le même ronronnement confondus ?

vendredi 31 juillet 2009

642. cool metamorphosis


métamorphose d'été
Trouve qu'il y a du mou et même sacrément, Bob mouche du coche, tu te relâches, tu ne te métamorphoses plus ; pour toute réponse Albin lézard paresseusement le gobe.

pas de zèle
En matière de métamorphose désormais ce serait le minimum, non content de le faire commencer dix minutes avant 0 heure on l'aurait volontiers culpabilisé d'arrêter dix minutes après 24 heures alors ça va déciderait Albin escargot une bonne fois pour toutes.

métamorphose et spécialisation
On l'oublie trop vite la métamorphose est l'état de nature mais on apprend si tôt dans l'existence à être armoire normande, chat, sapin, cafard, Broutin, caillou, poète, et l'habitude on sait ce que c'est.

albin nu
Quand est-il lui-même, Albin ? Sous le feu de ces mille regards ou lorsqu'il est seul, sous son seul regard dans lequel se concentrent tous les autres, et le sien.

jeudi 30 juillet 2009

641. éric ou luc


Elle ne sait plus si c'est Éric aussitôt Albin se récite en silence Éric notre valet alla te laver ton ciré il ne crache pas comme il a été dit sur l'anagramme l'allitération le virelangue les jeux de langue en général et donc le palindrome à petits pas pressés, ne sait plus ne se rappelle plus, c'est Éric c'est Luc le deuxième prénom de Monsieur Broutin ? ça marche indifféremment avec l'un ou l'autre fait Albin à voix haute dans le couloir Madame Marcel hausse les sourcils ne répond pas et cherche heureusement pour elle elle ne comptait pas sur Albin déjà dans le bureau qui sifflote.

mercredi 29 juillet 2009

640. et encore pas toujours


Il lui en a accordé la primeur elle n'en est pas peu fière Madame Marcel de retour ému du marché Monsieur Broutin ça fait quoi cinq minutes à peine lui a confié l'anecdote qui suit à découvrir dans ses Mémoires Souvenirs Carnets Chroniques ne sait plus trop comment il pense les appeler qu'il envisage de publier très prochainement, le Collège, Broutin adolescent, la professeur une certaine Madame Latapie il se souvient encore du nom détail qui touche Madame Marcel donc Madame Latapie professeur de physique et chimie rend les copies avec ce commentaire pour atténuer la mauvaise note de l'élève Broutin, vous êtes un poète Monsieur Broutin, compréhensif et bienveillant, le commentaire, et même admiratif si l'on en croit Madame Marcel, poète le jeune Broutin pour la raison qu'il prête aux molécules atomes et particules en des termes inappropriés sentiments, émotions, une âme un destin Dieu sait quoi encore quoi qu'il en soit poète le mot lâché voilà Broutin flatté conforté dans sa vocation, c'est tout pour l'anecdote Madame Marcel se tait, son œil humide sur l'œil transparent d'Albin, Madame Marcel qui guette, attend une réaction, une impression, un avis, quelque chose, Albin songe in petto ça ne m'étonne pas, ce regard froid, la rigueur nécessaire et le lexique précis, le minimum requis pour faire poète ni Madame Marcel ni Broutin ne les ont du moins Madame Marcel ne se pique pas d'écrire des vers et réussit le cassoulet mieux que personne, Albin s'interroge, la mauvaise note voulait-elle l'atténuer vraiment, la souligner ? à voix haute à peine agacée demande ce professeur qui pour sa part maîtrisait le cliché romantique et l'ironie comment l'appelez-vous, déjà, Madame Aplatie ? qui connaît tant soit peu Albin ne l'ignore pas il n'a jamais craché sur l'anagramme dans le couloir, anagramme allitération contrepèterie virelangue à petits pas pressés, les jeux de langue le jeu en général vers le bureau, ni cuisinier hélas ni poète Dieu merci oublie tout confond tout le Collège son commentaire à elle sa copie à lui ni poète Dieu merci ni cuisinier hélas à peine joueur et encore pas toujours en sifflotant.

mardi 28 juillet 2009

639. autoportrait à la fenêtre ouverte


Inattendu et vif. Bien que de même nature il en émerge par le mouvement, se distingue ainsi d'un environnement vaporeux diffus. Certes il est invisible, sa masse à coup sûr avoisine le zéro il n'en a pas moins force, énergie, vitesse et des effets palpables, reste à définir une identité pas le plus facile, le paquet de feuilles bruisse et se disperse, pas facile de cerner des contours mouvants et lui tellement vivace qu'il les a tous qu'il n'en a pas le lion de bois peint bondit de l'étagère sur le parquet bâtons rompus, la définir ou la construire en un éclair les pages du calepin défilent, définir construire décrire inventer le crayon roule sur le bureau, décrire ou inventer voilà qu'on est pris de court très vite les pages reviennent en arrière le crayon par terre roule vers le lion s'en éloigne hésite recommence prend son élan le percute brutal avec lui ne faire qu'un, un même bois ou des éclats, se briser, on ne sait pas ou bien c'est pareil, s'éloigne à nouveau, en a-t-on le temps et surtout le peut-on la chose est-elle vraiment possible, bien que de même nature il en émerge, par le mouvement se distingue d'un environnement vaporeux diffus, il est environnement, mouvement, mouvement et pris de court, mouvement? bien plus encore et rien, bientôt plus rien, vite vite fermez la baie vitrée fait très fort une voix contrariée venue de la cuisine mes recettes se sont envolées mais qu'est-ce qui vous prend d'ouvrir la fenêtre par un temps pareil, contrariée ? presque hystérique.

lundi 27 juillet 2009

638. géographie d'albin


tour de france et tour du monde
Plus de couillons que d'hommes par le monde dit Rabelais qui certes a parcouru la France séjourné à Rome à plusieurs reprises mais le monde on est loin du compte, le monde, là il extrapole, plus humaniste que voyageur donc optimiste, forcément optimiste.

faire-part (décès)
Et hop Albin : saut dans le vide sans élastique.

voyage 1
Albin aime la littérature qui le surprend dans ces régions d'Albin inexplorées.

distance
À quelque moment que ce soit on serait à égale distance de la mort, le poète l'affirme ; Albin songeur, il aurait plutôt dit de la vie, à égale distance de la vie, finalement pense sans doute cela revient au même.

voyage 2
Un mot serait une île une phrase un archipel un livre un continent...
Ces blancs troubles et pelucheux l'incommensurable océan de l'ennui.

faire-part (naissance)
Et hop : Albin saut dans le vide sans élastique.

information
Le nouveau Carrefour de Moissac (82200) a ouvert ses portes.


adresse
Le plus souvent le septième douillet dans lequel il perdait le plus clair de son temps était sis rue de la Convention.


dimanche 26 juillet 2009

637. albin dimanche


(pioche dominicale Saumur-
Champs-Élysées)

à Saumur à Saumur à Saumur à Saumur à Saumur Albin jouissait
Albin jouissait à Saumur
Albin jouissait à Saumur
Albin jouissait à Saumur d'une réputation dont les causes et les effets ne seront pas entièrement compris par les personnes qui n'ont point peu ou prou vécu en province aujourd'hui c'est dimanche Albin pioche dès que la République française mit en vente dans l'arrondissement de Saumur les biens du clergé le tonnelier venait d'épouser la fille d'un riche marchand de planches pioche et grimace sous le soleil Albin alla muni de sa fortune liquide et de la dot muni de deux mille louis d'or au district où moyennant deux cents doubles louis offerts par son beau-père au farouche républicain qui surveillait la vente des domaines nationaux il eut pour un morceau de pain légalement sinon légitimement les plus beaux vignobles de l'arrondissement une vieille abbaye et quelques métairies c'est la dernière étape les habitants de Saumur étant peu révolutionnaires Albin passa pour un homme hardi un républicain un patriote pour un esprit qui donnait dans les nouvelles idées tandis que le tonnelier donnait tout bonnement dans les vignes son coup de pédale est saccadé il fut nommé membre de l'administration du district de Saumur et son influence pacifique s'y fit sentir politiquement et commercialement Albin accompagne son effort d'un mouvement du corps et de la tête politiquement il protégea les ci-devant et empêcha de tout son pouvoir la vente des biens des émigrés commercialement il fournit aux armées républicaines un ou deux milliers de pièces de vin blanc accompagne son effort d'un mouvement du corps et de la tête en fléchissant les bras et se fit payer en superbes prairies dépendant d'une communauté de femmes que l'on avait réservée pour un dernier lot en petit forme Albin fait des efforts pour garder le contact sous le Consulat le bonhomme Albin devint maire administra sagement vendangea mieux encore pioche dans ses réserves sous l'Empire il fut Monsieur Albin aujourd'hui dernière étape du Tour Albin pi